Drogues et sexualité

Les drogues et la sexualité ont une histoire commune qu’il serait difficile de résumer ici en quelques mots. Ce qui est sûr, c’est que de nombreuses personnes mélangent régulièrement les produits psychoactifs et les pratiques sexuelles dans une recherche de sensations et d’expériences intimes. Sur cette page, nous parlerons surtout de Chemsex.

Le chemsex démarre le plus souvent via des applications de rencontre et se déroule entre hommes avec la consommation de drogues améliorant les performances et les sensations sexuelles.

Le chemsex comporte des risques, d'une part avec la consommation de drogues, d'autre part avec les risques d'infection liés à la sexualité et au partage de matériel.

Il est possible de prévenir les risques et de les réduire avec plusieurs outils, comme la PreP, les préservatifs, et le matériel à usage unique !

L'usage sexualisé de drogues : tout ce qui ne correspond pas au chemsex et qui concerne drogues et sexe, ça rentre là-dedans !

Le Chemsex

Le terme “chemsex” vient de chemical et de sex en anglais. La pratique du chemsex est la recherche d’une expérience sexuelle améliorée grâce aux drogues consommées. Historiquement, c’est une pratique venant de la communauté gay, mais nous parlons plutôt aujourd’hui d’hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes. Le Chemsex se pratique aujourd’hui d’une manière assez spécifique. Les personnes qui le pratiquent se rencontrent principalement via des applications de rencontre et consomment généralement des cathinones. Lorsque les personnes sont hétérosexuelles, il est plutôt question d’usage sexualisé des drogues.

La définition du chemsex évolue depuis son apparition, et toutes les drogues ne sont pas considérées comme étant des moyens de pratiquer le Chemsex. Vous pouvez en apprendre plus sur celles-ci en cliquant sur les bouton ci-dessous.

Le concept de chemsex fait l’objet d’une revendication communautaire et il peut s’avérer périlleux de l’utiliser dans un contexte plus large que celui duquel il a émergé à l’origine.

Les risques liés au chemsex

Le chemsex rassemble les risques liés aux drogues, et les risques liés à la sexualité. De manière générale, les stimulants utilisés peuvent avoir des effets importants sur le système cardiovasculaire et favorisent le risque de psychose. Les consommations répétées durant une même session, et de manière fréquente sur plusieurs jours/semaines/mois, favorisent le risque d’addiction et de problèmes physiques à long terme.

Au niveau de la sexualité, de nombreuses infections et maladies peuvent être rencontrées suite à la pratique du chemsex. VIH, hépatites, syphilis…

Pratiques et risques de transmission des IST

Pénétration vaginale et anale
Fellation
Anulingus
Caresse sexuelle
S'embrasser
Partage de seringue
Partage de paille
VIH
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Hépatite A
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Hépatite B
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Hépatite C
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Syphilis
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Herpès et HPV
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Chlamydia et gonocoque
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Fluides corporels et risques de transmission des IST

Sperme
Liquide pré séminal
Sang
Salive
Urine
Selles
VIH
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Hépatite A
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Hépatite B
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Hépatite C
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Syphilis
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Herpès et HPV
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Chlamydia et gonocoque
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Les outils de prévention

La PreP permet d’éviter de se contaminer avec le VIH.

En France, depuis janvier 2016, la PrEP orale à base de fumarate de ténofovir disoproxil et d’emtricitabine est autorisée et remboursée spécifiquement pour une utilisation chez les adultes à haut risque d’infection par le VIH. Au 30 juin 2020, 32 042 personnes avaient commencé la PrEP, principalement des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) et vivant dans de grandes zones urbaines. Le schéma recommandé est la PrEP quotidienne ou à la demande. Parmi plus de 3000 HSH à haut risque dans l’étude ANRS-Prevenir réalisée en région parisienne, environ la moitié a opté pour un schéma à la demande. Quel que soit le schéma, la PrEP comprend des dépistages trimestriels du VIH et des IST ainsi que la promotion de l’utilisation du préservatif. Initialement réservée aux praticiens hospitaliers spécialisés, l’initiation à la PrEP a été étendue à l’ensemble des prescripteurs le 1er juin 2021, afin d’en élargir l’usage et de diversifier les profils des bénéficiaires.

Jourdain, H., de Gage, S. B., Desplas, D., & Dray-Spira, R. (2022). Real-world effectiveness of pre-exposure prophylaxis in men at high risk of HIV infection in France: a nested case-control study. The Lancet Public Health, 7(6), e529-e536.

Il est possible d’obtenir un traitement d’urgence après une prise de risque exposant au VIH. Vous pouvez aller aux urgences et l’obtenir rapidement. Le plus efficace est d’y aller dans les 4h après l’exposition et ne surtout pas attendre au-delà de 48h !

Aujourd’hui, on peut vivre avec le VIH. Prendre le traitement permet d’avoir une charge virale indétectable et donc non transmissible.

Il existe de nombreux moyens de prévention, comme les préservatifs ou encore le matériel à usage unique que vous pouvez retrouver en CAARUD, en CSAPA, ou à distance grâce à SAFE !

Un concept plus général : l'usage sexualisé de drogues

Toute personne peut faire un usage sexualisé de la plupart des drogues. Le sexe des personnes et les produits consommés n’ont pas d’importance particulière pour parler de ce concept, pas plus que le nombre de partenaires ou la manière de les avoir rencontrés.

Dans cet article, nous avons démontré que le fait de se concentrer sur les récits de risques et de dommages ne permet pas de rendre compte de l’ensemble de l’expérience vécue par les participants en matière d’usage de drogues à des fins sexuelles, mais qu’il est également insuffisant de se concentrer uniquement sur le plaisir. En élargissant notre champ d’action au-delà de l’usage de drogues sexuelles par des groupes sociaux spécifiques, notre analyse a révélé ce que les individus, quels que soient leur sexe et leur sexualité, peuvent tirer d’expériences sexuelles améliorées par des produits chimiques, et que cela ne peut être réduit à un choix entre la réparation de problèmes sexuels et l’hédonisme. Nous avons démontré que la consommation de drogues à des fins sexuelles n’est pas confinée à diverses « scènes » ou sous-cultures sexuelles, mais que l’utilisation intentionnelle de drogues dans le cadre de rapports sexuels s’inscrit également dans des schémas normalisés ou « récréatifs » de consommation de drogues, au-delà des populations LGBTQ. Alors que les recherches existantes ont eu tendance à se concentrer sur les drogues qui ont été culturellement établies comme « améliorateurs sexuels », telles que le GHB/GBL, la méphédrone, la méthamphétamine et la cocaïne, nos données corroborent les recherches récentes indiquant qu’une gamme beaucoup plus large de substances, y compris la MDMA/Ecstasy, le LSD et le cannabis, sont également choisies à dessein pour être expérimentées dans des contextes sexuels.

Moyle, L., Dymock, A., Aldridge, A., & Mechen, B. (2020). Pharmacosex: Reimagining sex, drugs and enhancement. International Journal of Drug Policy, 86, 102943.