Nicotine

La nicotine est un alcaloïde toxique issu principalement de la plante de tabac (Nicotiana tabacum) utilisé comme stimulant, particulièrement lors de l’inhalation de la fumée du tabac. Cette molécule est en partie responsable de la dépendance tabagique. La nicotine provoque l’augmentation de la pression artérielle et de la fréquence cardiaque, entraîne une libération d’adrénaline, de dopamine et réduit l’appétit, augmentant par conséquent le métabolisme. Elle a également pour effet d’améliorer la concentration et la mémoire.

“La nicotine contenue dans la fumée de tabac peut être à l’origine d’une petite partie de l’augmentation des maladies cardiovasculaires, mais pas ou presque pas de l’augmentation du risque de maladie respiratoire ou de cancer. Ce sont les autres composants de la fumée de cigarette qui causent presque tous les dommages. Sur la base d’études portant sur d’autres espèces, il a été proposé que la nicotine endommage le cerveau des adolescents, mais il n’existe aucune preuve de déficits cliniquement significatifs en matière de cognition ou d’émotion chez les adultes qui ont fumé pendant l’adolescence et ont ensuite arrêté. L’exposition au tabagisme passif comporte un risque important pour les enfants et les adultes. Ainsi, les non-fumeurs qui sont exposés à un environnement enfumé ont un risque accru de cancer, de maladies cardiaques et de maladies respiratoires.”

West, R. (2017). Tobacco smoking: Health impact, prevalence, correlates and interventions. Psychology & health, 32(8), 1018-1036.

Effets
Inhalation
Buccal
Légers
0.2 - 0.8 mg
0.5 - 2 mg
Moyens
0.8 - 1.5 mg
2 - 4 mg
Forts
1.5 - 3.5 mg
4 - 6 mg
Très forts
3.5 + mg
6 + mg
Phases
Inhalation
Buccal
Début
20 - 30 scd
30 min
Effets principaux
2 - 5 min
5 - 20 min
Descente
1 - 2 h
1 - 2 h
Effets résiduels
1 - 3 h
2 - 6 h

France Info a publié un article, la loi Evin a 30 ans : retour sur la politique de lutte contre le tabac en France en quatre actes, qui permet d’avoir une idée de l’évolution du regard porté sur le tabac par la société. Cela permet de remettre certaines choses en perspective et de voir que l’on vient de loin sur cette affaire. On ne peut qu’imaginer les dégâts que cela aurait causé de ne pas restreindre la publicité et la consommation dans l’espace publique, ne serait-ce qu’au niveau du tabagisme passif (une rapide recherche de “passive smoking” sur Google Scholar vous permettra de voir qu’il n’est pas vain de lutter contre celui-ci).

En 2015, 75 320 décès ont été estimés attribuables au tabagisme sur les 580 000 décès enregistrés en France métropolitaine la même année. Ces estimations se répartissaient entre 55 420 décès attribuables chez les hommes et 19 900 décès attribuables chez les femmes, ce qui représentait 19,3% et 6,9% respectivement de l’ensemble des décès. La cause de décès attribuables au tabagisme était un cancer pour 61,7% des personnes (hommes : 36 577, 66% ; femmes : 9 868, 49%), une maladie cardio-vasculaire pour 22,1% (hommes : 11 135, 20% ; femmes : 5 526, 28%) et une pathologie respiratoire pour 16,2% (hommes : 7 675, 14%, femmes : 4 492, 23%).

Bonaldi C, Boussac M, Nguyen-Thanh V. Estimation du nombre de décès attribuables au tabagisme, en France de 2000 à 2015. Bull Epidémiol Hebd. 2019;(15):278-84.

Chiffres clés liés au Tabac, de l’OFDT, 2022.

Le tabac se place donc en première place en terme de mortalité, et il n’a pas à rougir non plus du point de vue de l’addiction. La nicotine, principal composant renforçateur de la fumée du tabac, agit dans le cerveau par l’intermédiaire des récepteurs nicotiniques neuronaux de l’acétylcholine (nAChR). Outre les propriétés de renforcement de la nicotine, ses effets sur l’appétit, l’attention et l’humeur contribueraient également à l’établissement et au maintien de l’habitude du tabagisme.

“Environ 33 à 50 % des fumeurs quotidiens vont devenir
dépendants au tabac. D’après les données de l’étude
National Epidemiological Survey on Alcohol and Related
Conditions (NESARC), la probabilité cumulée de transition
de l’usage à la dépendance à la nicotine après dix ans est
de 15,6 % chez les usagers. Sur la vie entière, elle est de
67,5 %. Concernant la cocaïne, le cannabis, ces données
sont respectivement de 20,9 et 8,9 %.”

Source : Karila, L., Petit, A., Zarmdini, R., Coscas, S., Lowenstein, W., & Reynaud, M. (2013). Consommation de tabac et trouble lié à l’usage de substances illicites: que devrions-nous faire ? La Presse Médicale, 42(5), 795-805.

“Le tabagisme est un déterminant majeur de la morbidité et de la mortalité évitables dans le monde. Plus d’un milliard de personnes fument, et si l’on n’augmente pas considérablement le nombre d’abandons, au moins la moitié d’entre elles mourront prématurément de complications liées au tabac. En outre, les personnes qui fument voient leur qualité de vie considérablement réduite. Les découvertes neurobiologiques ont permis d’identifier les mécanismes par lesquels la nicotine contenue dans le tabac affecte le système de récompense du cerveau et provoque la dépendance.”

Source : Le Foll, B., Piper, M. E., Fowler, C. D., Tonstad, S., Bierut, L., Lu, L., … & Hall, W. D. (2022). Tobacco and nicotine use. Nature Reviews Disease Primers, 8(1), 19.

Les dispositifs d’e-cigarettes non réglementés et leur teneur en nicotine ont amplifié le potentiel des e-cigarettes en tant qu’agents de dépendance. Plusieurs paramètres liés à l’e-cigarette ont été identifiés comme modifiant le profil d’absorption de la nicotine, de sorte que leurs effets potentiels sur la dépendance doivent être pris en compte. Parmi ces facteurs, les formes de nicotine (protonée et base libre) jouent un rôle important dans le potentiel de dépendance, mais leur impact sur l’absorption de la nicotine a fait l’objet de recherches limitées.

Source : Gholap, V. V., Kosmider, L., Golshahi, L., & Halquist, M. S. (2020).
Nicotine forms: why and how do they matter in nicotine delivery from electronic cigarettes?. Expert opinion on drug delivery, 17(12), 1727-1736.

La nicotine est une drogue hautement addictive que l’on trouve dans le tabac et qui pousse à continuer à l’utiliser malgré ses conséquences néfastes. L’initiation de l’abus de nicotine implique le système dopaminergique mésolimbique, qui contribue aux stimuli sensoriels gratifiants et aux processus d’apprentissage associatif dans les premiers stades de la dépendance. La nicotine se lie aux récepteurs neuronaux nicotiniques de l’acétylcholine (nAChR), qui se déclinent en une série de sous-types.

Source : Wittenberg, R. E., Wolfman, S. L., De Biasi, M., & Dani, J. A. (2020). Nicotinic acetylcholine receptors and nicotine addiction: A brief introduction. Neuropharmacology, 177, 108256.

“Les méfaits du tabagisme avec combustion sur la santé sont indéniables. Avec les pressions du marché et de la réglementation visant à réduire les méfaits de l’apport de nicotine par combustion, le paysage des produits du tabac s’est diversifié pour inclure des produits sans fumée, chauffés et des produits électroniques de vapotage à la nicotine. Les produits de la combustion du tabac sont la principale cause des maladies liées au tabagisme, et la dépendance à la nicotine entretient le tabagisme. Il est important de comprendre la biologie et les caractéristiques cliniques de la dépendance à la nicotine et le conditionnement du comportement qui se produit par le biais de stimuli associés à des doses fréquentes de nicotine, comme dans le cas d’une cigarette fumée, afin de définir des cibles de traitement pharmacologique et comportemental.”

Source : Prochaska, J. J., & Benowitz, N. L. (2019). Current advances in research in treatment and recovery: Nicotine addiction. Science advances, 5(10), eaay9763.

“5,4 millions de morts par an, 8 millions d’ici à 2030, 66 000 morts en France par an, 100 millions de morts au XXème siècle, 1 milliard au XXIème, il tue un adulte sur 10, et un consommateur sur deux en meurt… Voilà des chiffres plus qu’effrayants. Pourtant nous ne parlons pas là d’une maladie incurable, mais bien du tabac. Aujourd’hui le tabac est la première cause de mortalité évitable dans le monde.”

Source : Emmeline Zampol. Le rôle du chirurgien-dentiste dans le sevrage tabagique. Sciences du Vivant [q-bio]. 2011. hal-01738814

La cigarette électronique, le bon moyen de limiter les dégâts ?

Depuis quelques années, nous voyons émerger toutes sortes de cigarettes électroniques, parfois d’une absurdité déconcertante. Mais ont-elles globalement un intérêt, au moins d’un point de vue sanitaire ? Les données cliniques et épidémiologiques de qualité sur les effets du vapotage sur la santé sont relativement rares. Il n’existe pas de données sur les effets à long terme sur la santé, ce qui reflète la relative nouveauté du vapotage et l’évolution rapide des produits de vapotage. Il est difficile de déterminer les effets sur la santé, même à court terme, chez les adultes, car la plupart des vapoteurs adultes sont d’anciens ou d’actuels fumeurs.

Certaines études (comme une de 2019 et une de 2021) montrent que le vapotage peut aggraver l’asthme, la bronchite et la toux, y compris chez les jeunes non-fumeurs. En revanche, quelques études (en 2014 et en 2020) montrent que les fumeurs souffrant d’asthme ou de maladies pulmonaires obstructives chroniques voient leurs symptômes s’améliorer après être passés à l’e-cigarette. Des essais randomisés de passage de la cigarette à l’e-cigarette montrent une amélioration des symptômes respiratoires (études de 2016 et de 2020).

Il existe peu de preuves que les e-cigarettes présentent un risque significatif de cancer. Cependant, certaines études soulèvent des inquiétudes qui justifient un suivi à long terme des vapoteurs (études de 2017 et de 2019). Ainsi, de nombreux scientifiques ont conclu que le vapotage est probablement beaucoup moins dangereux que le tabagisme pour les raisons suivantes :

Le nombre de substances chimiques présentes dans la fumée de cigarette, plus de 7000, dépasse de 2 ordres de grandeur celui de l’aérosol de l’e-cigarette. Parmi les substances potentiellement toxiques communes aux deux produits, la fumée de cigarette contient généralement des quantités nettement plus importantes que l’aérosol d’e-cigarette (Plusieurs études l’indiquent : 2014 : 2016 ; 2020). Toutefois, l’aérosol d’e-cigarette contient certaines substances que l’on ne trouve pas dans la fumée de cigarette.

Les biomarqueurs reflétant l’exposition à des substances toxiques sont présents à des niveaux beaucoup plus élevés chez les fumeurs exclusifs de cigarettes que chez les vapoteurs exclusifs, et les études sur les fumeurs qui passent à l’e-cigarette constatent une diminution de l’exposition aux substances toxiques. (Groupe contrôle sur 12 semaines ; réduction des biomarqueurs ; comparaison après passage à l’e-cigarette ; risque de cancer et exposition aux toxines ; exposition aux composés organiques volatils)

Les tests de la fonction pulmonaire et vasculaire indiquent une amélioration chez les fumeurs de cigarettes qui passent à l’e-cigarette. Les utilisateurs exclusifs d’e-cigarettes (la plupart étant d’anciens fumeurs) signalent moins de symptômes respiratoires que les fumeurs de cigarettes et les double-utilisateurs.