Les cannabinoïdes

Aujourd’hui, le terme cannabinoïde peut comprendre tous les produits psychoactifs mimant en grande partie l’action des endocannabinoïdes. Le système endocannabinoïde est donc largement impliqué lors d’une consommation de cannabis ou d’un cannabinoïde de synthèse comme le JWH-018. Les cannabinoïdes ont pour effet de favoriser la créativité, les pensées conceptuelles, un regard «en dehors de la boîte». Ils ont aussi tendance à influencer l’humeur et l’appétit.

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Les types de cannabinoïdes.

Il existe trois types de cannabinoïdes :

végétaux comme le cannabis : de nombreux phytocannabinoïdes ont été identifiés, la plupart d’entre eux appartenant à plusieurs sous-classes ou types : cannabigérol (CBG), cannabichromène (CBC), cannabidiol (CBD), ∆9 -THC, ∆8-THC, cannabicyclol (CBL), cannabielsoin (CBE), cannabinol (CBN), cannabinodiol (CBDL) et cannabitriol (CBTL).

endogènes, produits par le corps : les endocannabinoïdes sont des molécules dérivées d’acides gras, jouant des rôles importants dans une grande variété de processus biologiques. Par définition, le terme endocannabinoïde se limite aux composés présentant une affinité significative pour les récepteurs CB1 et CB2. Ces récepteurs, dont il a été démontré qu’ils se lient au Δ-9-tétrahydrocannabinol de la plante Cannabis sativa, ont été découverts à la fin des années 1980. A ce jour, neuf “vrais” endocannabinoïdes ont été décrits, notamment l’anandamide, et le 2-AG.

• les cannabinoïdes synthétiques : comme on peut facilement le deviner, ici c’est des cannabinoïdes fabriqués par l’homme dont il est question. Certains se rappellent peut-être du « Buddha Blue, ou autre K2 et Spice ». Les cannabinoïdes de synthèse ont été développés à l’origine dans les années 70 pour la recherche sur les ligands et l’exploration de leurs actions pharmacologique sur le système endocannabinoïde ainsi que pour d’éventuels traitements thérapeutiques. C’est a priori à la fin des années 2000 que les autorités sanitaires allemandes auraient découvert un usage récréatif de ces cannabinoïdes dans leur population.

Un peu d'histoire...

Le cannabis, comme les autres drogues, n’a pas échappé à la “War on Drugs”, bien que de plus en plus de pays changent leur législation sur la question.

En France la loi est claire, la consommation de cannabis, la culture, la possession, c’est interdit. Dans les produits CBD la limite du taux de THC est de 0,2% (ce qui peut poser quelques soucis).

Malgré la quasi-invisibilité des toxicomanes, la presse et les politiciens continuent d’utiliser la peur populaire des drogues pour mobiliser la chasse aux sorcières contre les personnes jugées indésirables. “Les lois anti-marijuana ont été adoptées pendant la Grande Dépression, lorsqu’une énorme sécheresse dans les États du dustbowl a provoqué une migration interne vers la Californie”, m’a expliqué Eric Sterling, ancien conseiller juridique du Congrès. “La Californie avait été espagnole du XVIe siècle jusqu’aux années 1840, lorsque les États-Unis l’ont effectivement prise après la découverte d’or. Un nouveau récit a été construit, dans lequel les Californiens étaient en quelque sorte des étrangers, utilisant une drogue étrangère qui les rendait meurtriers.” Les journaux ont répété des affirmations non fondées selon lesquelles “l’herbe qui tue” conduisait les utilisateurs, en particulier les Mexicains, à commettre de terribles actes de violence, notamment contre les femmes anglo-saxonnes. Harry J. Anslinger, le premier chef du Bureau américain des stupéfiants, a déclaré que “le reefer fait croire aux Noirs qu’ils sont aussi bons que les Blancs”. Dans un contexte de faim de terre, la diabolisation des consommateurs de marijuana par la presse a servi à justifier le vol et l’emprisonnement des hispanophones dans toute la Californie. Comme l’a souligné Eric Sterling, il était jugé “préférable d’employer les bons Blancs chrétiens qui ont fui la Grande Dépression pour la Californie, qui ont besoin d’emplois.

Feiling, T. (2009). The candy machine: How cocaine took over the world. Penguin UK, p. 29.

Cet article décrit l’histoire du cannabis depuis les premiers contacts de l’espèce humaine avec la plante jusqu’à son expansion mondiale ultérieure, ses utilisations médicinales et la découverte du système endocannabinoïde au XXe siècle. La trace du cannabis a été retrouvée il y a environ 12 000 ans près des montagnes de l’Altaï en Asie centrale et depuis, les graines de cannabis ont suivi la migration des peuples nomades. Son usage médicinal apparaît avant notre ère en Chine, en Égypte et en Grèce (Hérodote), et plus tard dans l’empire romain (Pline l’Ancien, Dioscoride, Galien). Au XIXe siècle, des orientalistes comme Silvestre de Sacy et des médecins occidentaux en contact avec les cultures musulmanes et indiennes, comme O’Shaughnessy et Moreau de Tours, ont introduit son recours à des fins médicales en Europe. En 1964 en Israël, Mechoulam et Gaoni, en identifiant la structure du principal phytocannabinoïde psychoactif, le THC, ouvrent la voie à de nombreux développements dans le domaine de la recherche sur le système endocannabinoïde (SEC). Sur la base de ces progrès, le débat sur la libéralisation du cannabis se poursuit dans un nouveau contexte.

Source : Crocq, M. A. (2020). History of cannabis and the endocannabinoid system. Dialogues in Clinical Neuroscience, 22(3), 223.

Le système endocannabinoïde (ECS) est un vaste réseau neuromodulateur impliqué dans le développement du système nerveux central et jouant un rôle majeur dans l’ajustement de nombreux processus cognitifs et physiologiques. L’ECS est composé de cannabinoïdes endogènes, de récepteurs cannabinoïdes et des enzymes responsables de la synthèse et de la dégradation des endocannabinoïdes. Outre leur rôle endogène, les récepteurs cannabinoïdes sont la cible principale du Δ9-tétrahydrocannabinol, le composant intoxicant du cannabis.

Source : Lu, H. C., & Mackie, K. (2021). Review of the endocannabinoid system. Biological Psychiatry: Cognitive Neuroscience and Neuroimaging, 6(6), 607-615.

“Le système endocannabinoïde (ECS) est un système neuromodulateur très répandu qui joue un rôle important dans le développement du système nerveux central, la plasticité synaptique et la réponse aux agressions endogènes et environnementales. L’ECS comprend des récepteurs cannabinoïdes, des cannabinoïdes endogènes (endocannabinoïdes) et les enzymes responsables de la synthèse et de la dégradation des endocannabinoïdes. Les récepteurs cannabinoïdes les plus abondants sont les récepteurs cannabinoïdes CB1 ; cependant, les récepteurs cannabinoïdes CB2, les canaux potentiels des récepteurs transitoires et les récepteurs activés par les proliférateurs de peroxysomes sont également activés par certains cannabinoïdes. Les cannabinoïdes exogènes, tels que le tétrahydrocannabinol, produisent leurs effets biologiques en interagissant avec les récepteurs cannabinoïdes.”

Source : Lu, H. C., & Mackie, K. (2016). An introduction to the endogenous cannabinoid system. Biological psychiatry, 79(7), 516-525.

Comme le montre cet article de Wikipedia, un certain nombre de pays a décidé depuis peu de décriminaliser/dépénaliser et/ou légaliser. Et comme beaucoup d’entre nous le savons déjà, l’ancien promoteur majeur de la criminalisation de l’usage de cannabis (et d’autres drogues), j’ai nommé les Etats-Unis d’Amérique, commence a faire dans pas mal de ses États un virage à 180°. Fini dans une bonne partie de leur pays de faire passer les “negros” comme des horribles monstres dopés à la Marie-Jeanne qui les rend si féroces qu’il fallait augmenter le calibre de leurs armes. Parce que oui le gros de la politique anti drogue depuis des décennies est basée sur du racisme et permet de légitimer celui-ci, mais ce temps semble de plus en plus révolu et pour une fois on ne peut que souhaiter que la France montre sa capacité à changer d’avis lorsqu’une loi est bel et bien absurde.

Les dégâts potentiels des cannabinoïdes.

Le cannabis et ses analogues n’échapperont pas à notre regard avisé. Il est important, même pour une drogue présentant peu de risques, de se renseigner sur les possibles risques.

“Le trouble de l’usage du cannabis (CUD) est un risque sous-estimé de la consommation de cannabis qui touche environ 10 % des 193 millions de consommateurs de cannabis dans le monde. Les conséquences sur la santé individuelle et publique sont moindres que celles d’autres formes de consommation de drogues, mais le CUD représente une proportion substantielle des personnes demandant un traitement pour des troubles liés à la consommation de drogues, en raison de la forte prévalence mondiale de la consommation de cannabis. La thérapie cognitivo-comportementale, la thérapie d’amélioration de la motivation et la gestion des contingences peuvent réduire considérablement la consommation de cannabis et les problèmes liés au cannabis, mais l’abstinence durable n’est pas un résultat courant. Aucune pharmacothérapie n’a été approuvée pour la consommation de cannabis ou la CUD, bien qu’un certain nombre de classes de médicaments (comme les agonistes cannabinoïdes) se soient révélées prometteuses et nécessitent une évaluation plus rigoureuse.”

Source : Connor, J. P., Stjepanović, D., Le Foll, B., Hoch, E., Budney, A. J.,
& Hall, W. D. (2021). Cannabis use and cannabis use disorder. Nature Reviews Disease Primers, 7(1), 16.

“Les avancées de ces 10 dernières années nous ont permis de mieux comprendre l’action des cannabinoïdes et du système endocannabinoïde dans le processus de récompense et le développement de l’addiction. Le Δ9-tétrahydrocannabinol, comme les autres composés psychoactifs dérivés du cannabis, et les cannabinoïdes synthétiques interagissent directement avec le système de récompense et ont donc des propriétés addictives. La capacité de renforcement des cannabinoïdes s’exerce par un mécanisme dépendant du récepteur cannabinoïde 1 (CB1R) dans la zone tegmentale ventrale qui augmente les taux de dopamine en mode d’activation tonique. La consommation de cannabis entraîne des signaux qui peuvent induire des réactions toxicomaniaques (sensation de manque) en provoquant le mode d’activation phasique dopaminergique.”

Source : Spanagel, R. (2020). Cannabinoids and the endocannabinoid system in reward processing and addiction: From mechanisms to interventions. Dialogues in clinical neuroscience.

Les nouvelles drogues psychoactives apparues au cours de la dernière
décennie sont généralement dominées par les cathinones et les cannabinoïdes synthétiques (CS). Les SC sont devenus des drogues récréatives parce qu’ils imitent l’effet euphorisant du cannabis tout en restant légaux. Pulvérisés sur des mélanges d’herbes naturelles, les SC sont principalement vendus sous forme de “mélanges à fumer à base d’herbes” ou d’”encens à base d’herbes” sous des marques telles que “Spice” ou “K2”. Actuellement, des composés purs de SCs sont disponibles sur des sites web pour la combinaison avec des herbes ou pour l’utilisation dans des e-cigarettes.

Source : Debruyne, D., & Le Boisselier, R. (2015). Emerging drugs of abuse: current perspectives on synthetic cannabinoids. Substance abuse and rehabilitation, 113-129.

Bien que l’interdiction du cannabis a longtemps reposé sur du racisme, des manœuvres politiques motivées par le pouvoir, et des études à charge, il serait malhonnête de prétendre que cette drogue est sans danger. Contrairement aux opioïdes et certaines autres drogues, il n’y a pas de cas déclarés de décès dus à une surdose de THC, probablement parce que les cannabinoïdes n’entravent pas notre système respiratoire, ce qui entraînerait l’asphyxie. Cependant, malgré des études parfois contradictoires, un consensus a pu émerger : plus la consommation est élevée, régulière et débute tôt (avant la maturation du cerveau entre 25-30 ans), plus les dégâts seront importants : attention, problèmes psychiatriques, et tout un tas d’autres impacts sur la cognition, le fonctionnement émotionnel et l’addiction.

D’après les chiffres de l’enquête DRAMES de 2021, le cannabis est impliqué dans 42 décès (cannabis seul 23 décès ; prédominant 9 décès ; co-dominant 10 décès). Le but ici n’est pas d’être alarmiste, puisque si l’on rapporte ce chiffre au nombre de consommateurs de cannabis déclarés en 2021 (pas moins de 18 millions), cela fait au final assez peu d’accidents. De plus, Santé Publique France nous apprend que la moyenne d’âge des consommateurs augmente, ce qui nous permet de voir que les jeunes consomment moins aujourd’hui que dans les générations précédentes.

Le cannabis n’est donc pas sans danger (principalement pour les primo-consommateurs), que ce soit au moment de la consommation (psychoses, stress intense, accident de la route), ou sur le long terme (développement altéré quand la consommation commence à un jeune âge et est régulière). Pour autant on est loin de l’image mise en avant par la propagande américaine du début de 20ème siècle jusqu’à récemment.

Chiffres clés du cannabis, de l’OFDT, 2022.

Une revue de la littérature sur les effets des cannabinoïdes sur la cognition humaine nous indique que bien que la plupart des personnes qui essaient le cannabis n’en fassent pas un usage régulier, celles qui le font s’exposent à des effets néfastes sur leur santé physique et mentale. Les séquelles négatives attribuées à une consommation régulière et prolongée de cannabis comprennent des altérations de la morphologie et du fonctionnement du cerveau, un risque de psychose, de mauvais résultats psychosociaux et des troubles cognitifs, en particulier des déficits de l’attention, de l’apprentissage et de la mémoire, ainsi que des fonctions exécutives. Les modifications de la morphologie et de la connectivité dans les structures cérébrales dotées d’un grand nombre de récepteurs cannabinoïdes (hippocampe, cortex préfrontal, cervelet) pourraient être à l’origine des déficits cognitifs observés chez les consommateurs de cannabis, bien que les relations directes entre structure et fonction n’aient pas été facilement démontrées.

Cependant, il est important de garder en tête qu’une étude statistique récente avec comme objectif principal d’examiner l’association entre la consommation de cannabis et l’incidence des troubles psychotiques chez les personnes présentant un risque clinique élevé de psychose, et comme objectifs secondaires d’évaluer les associations entre la consommation de cannabis et la persistance des symptômes psychotiques, a montré que de tels liens sont difficiles à établir et qu’il n’est donc pas scientifiquement établi que consommer du cannabis, même en étant sujet aux psychoses et aux psychopathologies comme la schizophrénie, démarre des troubles psychotiques quelconques. En bref, on ne peut aujourd’hui affirmer que consommer du cannabis augmente bel et bien les chances de développer un état psychotique, durable ou non.

Le mot “cannabinoïde” désigne toute substance chimique, quelle que soit sa structure ou son origine, qui rejoint les récepteurs cannabinoïdes du corps et du cerveau et qui a des effets similaires à ceux produits par la plante de cannabis. En fonction de leur source de production, les cannabinoïdes peuvent être classés en endocannabinoïdes, phytocannabinoïdes et cannabinoïdes synthétiques. Les cannabinoïdes synthétiques représentent la plus grande catégorie de drogues détectées par le système d’alerte précoce de l’UE, avec un total de 190 substances notifiées entre 2008 et 2018, et environ 280 ont été signalées dans le monde à l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime.

Source : Alves, V. L., Gonçalves, J. L., Aguiar, J., Teixeira, H. M., & Câmara, J. S. (2020). The synthetic cannabinoids phenomenon: from structure to toxicological properties. A review. Critical Reviews in Toxicology, 50(5), 359-382.

Le système endocannabinoïde (SEC) se comporte comme un système de signalisation très polyvalent au sein du système nerveux. Il est surprenant d’observer que ses fonctions, s’intégrant dans un cadre de processus neuronaux distincts, sont finalement très perceptibles et spécifiques malgré son étendue et son caractère ubiquitaire et l’on peut s’interroger sur l’origine d’une telle spécificité.

Source : Lutz, B. (2020). Neurobiology of cannabinoid receptor signaling. Dialogues in clinical neuroscience.

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“Les états douloureux chroniques sont très répandus et pourtant mal contrôlés par les analgésiques actuellement disponibles, ce qui représente un énorme fardeau clinique, sociétal et économique. Les analgésiques existants présentent des limites et des effets indésirables importants, notamment la tolérance, la dépendance, le dysfonctionnement gastro-intestinal, les troubles cognitifs et une fenêtre thérapeutique étroite, ce qui rend la recherche de nouveaux analgésiques de plus en plus importante. Dans cet article, nous examinons le rôle d’un important système endogène de contrôle de la douleur, le système endocannabinoïde (ECS), dans les aspects sensoriels, émotionnels et cognitifs de la douleur.”

Source : Woodhams, S. G., Chapman, V., Finn, D. P., Hohmann, A. G., & Neugebauer, V. (2017). The cannabinoid system and pain. Neuropharmacology, 124, 105-120.

Questions-réponses

Réponse courte : oui.
Réponse longue : ouiiiiiiiii.

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Effectivement, la génétique est importante, mais l’environnement aussi puisque c’est une interaction permanente des deux qui donne un comportement particulier.

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