Les empathogènes

Les empathogènes (qu’on retrouve parfois sous le nom d’entactogènes) sont une famille de substances qui regroupe un grand nombre de familles différentes. Il est toujours compliqué de faire des catégories objectivement et franchement différentes des autres, et il n’existe pas une seule manière de catégoriser. Cela dit, une catégorie composée d’empathogènes permet d’étudier un certain nombre de drogues consommées pour ces effets particuliers, que ce soit dans le cadre de la fête avec par exemple la MDMA, ou dans le cadre du chemsex avec les cathinones (3-MMC, 3-CMC…) ou même le GHB.

Les fiches drogues disponibles.

Les types d'empathogènes.

Voici une liste de plusieurs familles d’empathogènes :

• Stimulants : cathinonesamphétamines

• Psychédéliques : phénéthylamines, tryptamines…

• Dépresseurs : GHB (et donc GBL, 1,4-Butanediol)

La notion d’empathogène signifie que les effets poussent les consommateurs à ressentir une proximité émotionnelle avec les personnes avec qui ils consomment. Cela améliore la sensation de toucher entre individus, et cela a tendance à permettre l’ouverture et la parole, notamment sur des sujets qui sont difficiles à aborder en étant sobre. La MDMA est par exemple utilisée dans le cadre de psychothérapies visant à soigner le trouble de stress post-traumatique, avec une efficacité avérée. Dans les psychothérapies assistées par la MDMA, celle-ci sert notamment à améliorer l’alliance thérapeutique, entre le patient et le psychothérapeute. Ainsi, les empathogènes ont tendance à améliorer la confiance envers les autres et permettent parfois de régler des différents ou simplement de sortir enfin quelque chose qui pesait sur le cœur.

Le syndrome sérotoninergique.

Les empathogènes sérotoninergiques comme la MDMA, ou les drogues sérotoninergiques en général comportent un risque lorsque la dose est trop élevée ou que deux drogues avec la même action sur la sérotonine sont mélangées.

Sur la figure qui suit, nous pouvons voir une liste de drogues et leur rapport sérotonine/dopamine. C’est-à-dire que la drogue tout en haut a une action surtout sérotoninergique, tandis que celle tout en bas a une activité surtout dopaminergique. Les drogues les plus hautes sont donc celles avec lesquelles il faut faire le plus attention au syndrome sérotoninergique.

Le syndrome sérotoninergique survient lorsqu’il y a une libération trop importante de sérotonine dans le cerveau, ce qui induit un certain nombre de symptômes qu’il est important de savoir repérer :

Signes digestifs : nausées, diarrhées

Signes psychiatriques : agitation, hypomanie, hallucinations, confusion, nervosité importante, insomnie

Signes neurologiques : tremblements, rigidité musculaire, hyperréflexie

Signes du système nerveux autonome : tachycardie, baisse ou élévation de la pression artérielle, sueurs importantes, hyperthermie

Luethi, D., Liechti, M.E. Designer drugs: mechanism of action and adverse effects. Arch Toxicol 94, 1085–1133 (2020). https://doi.org/10.1007/s00204-020-02693-7  Sélectivité dopaminergique (DAT) vs sérotoninergique (SERT) d’une variété de stimulants. Les stimulants dont le rapport DAT/SERT est faible (< 0,1) sont susceptibles d’induire des effets entactogènes semblables à ceux de la MDMA, tandis que les substances dont le rapport DAT/SERT est élevé (> 10) sont associées à des effets psychostimulants distincts et à un potentiel d’abus élevé. Le rapport DAT/SERT est exprimé comme suit : 1/CIC50 DAT : 1/CIC50 SERT.

Une étude permet de simplifier les symptômes ainsi : neuro-musculaires, système nerveux autonome, état mental. Une autre étude permet de hiérarchiser les symptômes en fonction de leur sévérité (figure suivante). En cas de syndrome sérotoninergique, il est primordial d’alerter les services d’urgence et d’être parfaitement honnête avec eux en ce qui concerne les produits consommés afin qu’ils vous aident au mieux à sauver vos proches et/ou vous-mêmes.

“Outre les stimulants et les hallucinogènes, dont les effets psychotropes sont partagés par de nombreuses molécules structurellement apparentées présentant différentes efficacités et puissances chez l’homme, la phénylisopropylamine MDMA (3,4-méthylènedioxyméthamphétamine, XTC, “Ecstasy”) est le représentant prototypique d’une classe distincte de substances psychotropes, capable de provoquer ce que l’on appelle le syndrome entactogène chez l’homme en bonne santé. Cet état de conscience modifié et réversible, généralement décrit comme un “état d’esprit ouvert”, peut avoir des applications thérapeutiques pertinentes, à la fois en psychothérapie et en tant que soutien pharmacologique dans de nombreux troubles neuropsychiatriques dont le taux d’échec thérapeutique est élevé.”

Source : Sáez-Briones, P., & Hernández, A. (2013). MDMA (3,4-methylenedioxymethamphetamine) analogues as tools to characterize MDMA-like effects: an approach to understand entactogen pharmacology. Current neuropharmacology, 11(5), 521-534.

“En 2009 et 2010, le gouvernement britannique a placé les dérivés de la pipérazine, la méphédrone et d’autres cathinones apparentées sous contrôle légal, ce qui a entraîné leur remplacement immédiat par de nouveaux analogues structurels et par une nouvelle classe de NPS : les aminoindanes synthétiques. L’un des premiers a été le 5,6-méthylènedioxy-2-aminoindane (MDAI), qui se présentait comme un analogue “légal” et non neurotoxique de la MDMA, avec de forts effets empathogènes et des effets stimulants plus faibles. Les aminoïdanes tels que le MDAI, le 5,6-méthylènedioxy-N-méthyl-2-aminoindane (MDMAI), le 5-iodo-2-aminoindane (5-IAI), le 2-aminoindane (2-AI), le 5-méthoxy-6-méthyl-2-aminoindane (MMAI) et le 5-méthoxy-2-aminoindane (MEAI) représentent une génération relativement nouvelle de NPS.”

Source : Pinterova, N., Horsley, R. R., & Palenicek, T. (2017). Synthetic aminoindanes: a summary of existing knowledge. Frontiers in psychiatry, 8, 236.

“L’utilité des médicaments classiques utilisés pour traiter les troubles psychiatriques (par exemple, les antidépresseurs, les anxiolytiques) est souvent limitée par des problèmes de manque d’efficacité, d’action tardive ou d’effets secondaires. Les substances psychoactives sont depuis longtemps utilisées comme outils pour modifier la conscience et comme passerelle pour approcher l’inconnu et les divinités. Ces substances étaient initialement obtenues à partir de plantes et d’animaux et, plus récemment, par synthèse chimique. Leur consommation a évolué vers un usage plus récréatif, entraînant des troubles liés à la toxicomanie, le trafic et, par la suite, l’interdiction par les autorités. Cependant, il a été prouvé que ces substances, en modulant certaines voies neurochimiques, ont un effet bénéfique sur certains troubles psychiatriques.”
Source : López-Arnau, R., Camarasa, J., Carbó, M. L., Nadal-Gratacós, N., Puigseslloses, P., Espinosa-Velasco, M., … & Pubill, D. (2022). 3,4-Methylenedioxy methamphetamine, synthetic cathinones and psychedelics: From recreational to novel psychotherapeutic drugs. Frontiers in Psychiatry, 13, 990405.

Francescangeli, J., Karamchandani, K., Powell, M., & Bonavia, A. (2019). The serotonin syndrome: from molecular mechanisms to clinical practice. International journal of molecular sciences, 20(9), 2288. Les signes et les symptômes du syndrome sérotoninergique varient en fonction de leur gravité. Les symptômes légers peuvent facilement passer inaperçus et se manifester par une simple diarrhée et des symptômes pseudo-grippaux. Si la maladie n’est pas reconnue et si les drogues responsables ne sont pas arrêtées, elle peut rapidement évoluer vers une rigidité musculaire, une hyperthermie sévère et la mort.