4-phosphoryloxy-N,N-diméthyltryptamine
La psilocybine est un psychédélique classique de la famille des tryptamines.
Les effets
La psilocybine est un psychédélique classique de la famille des tryptamines. Elle n'est pas active en elle-même : une fois ingérée, elle est transformée par l'organisme en psilocine, la molécule réellement responsable de l'expérience. On la retrouve dans plus de 200 espèces de champignons, dont les plus puissantes appartiennent au genre Psilocybe.
Comparée à des psychédéliques plus stimulants comme le LSD ou le 2C-B, l'expérience aux champignons est souvent décrite comme plus corporelle, introspective et « enveloppante ». Elle est aussi réputée moins lucide que d'autres tryptamines comme le 4-AcO-DMT ou le DMT. Les effets dépendent énormément de la dose, du contexte et de l'état d'esprit du moment (le fameux set & setting).
Les dosages
Dosages indicatifs
Dosages (par voie)
| Effets | Oral |
|---|---|
| Légers | 2.5 - 10 mg |
| Moyens | 10 - 25 mg |
| Forts | 25 - 50 mg |
| Très forts | 50 + mg |
Valeurs indicatives — dépendant de la pureté, tolérance et méthode d'administration.
Durée / Phases
| Phases | Oral |
|---|---|
| Début | 0.5 - 1.5 h |
| Effets principaux | 2 - 2.5 h |
| Descente | 2.5 - 3.5 h |
| Effets résiduels | 4 - 24 h |
Durées approximatives — sujettes à variation suivant la dose, voie et métabolisme individuel.
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La pharmacologie
Profil pharmacologique
CID 10624 · DB11664
Mode d'action Prodrogue déphosphorylée en psilocine, agoniste des récepteurs sérotoninergiques 5-HT₂A, 5-HT₁A et 5-HT₂C.
Mécanisme d'action
La psilocybine est une prodrogue : elle est inactive tant qu'elle n'a pas été transformée. Peu après l'ingestion, elle est déphosphorylée La phosphatase alcaline retire le groupement phosphate de la psilocybine, ce qui la rend plus liposoluble et lui permet de franchir la barrière hémato-encéphalique. Rakoczy, R. J., et al. (2024). Pharmacological and behavioural effects of tryptamines present in psilocybin-containing mushrooms. British Journal of Pharmacology, 181(19), 3627-3641. DOI: 10.1111/bph.16466 par la phosphatase alcaline en psilocine. C'est cette psilocine, plus liposoluble, qui traverse la barrière hémato-encéphalique et se fixe sur les récepteurs de la sérotonine pour produire les effets psychoactifs. Elle est ensuite dégradée par la monoamine oxydase A (MAO-A) et par glucuronidation en métabolites inactifs.
Les récepteurs-clés
Contrairement à la MDMA, la psilocine ne « vide » pas les réserves de neurotransmetteurs : elle agit comme agoniste, c'est-à-dire qu'elle imite la sérotonine en venant directement activer ses récepteurs. L'effet psychédélique repose principalement sur le récepteur 5-HT2A.
C'est la cible du voyage psychédélique. Son activation déclenche les visuels, la distorsion du temps et de l'espace, et la modification profonde de la pensée. Bloquer ce récepteur (avec de la kétansérine) supprime l'essentiel des effets.
Visuels · Pensée · DistorsionsLa psilocine a une forte affinité pour ce récepteur. Il participe à la coloration émotionnelle de l'expérience et intervient dans la régulation de l'humeur et de l'appétit.
Humeur · ÉmotionsSon activation a plutôt un effet « régulateur » et anxiolytique. Elle pourrait tempérer l'intensité de l'expérience et participe à l'intérêt thérapeutique étudié de la molécule.
Apaisement · RégulationAu-delà des récepteurs principaux
La pharmacologie de la psilocine ne se résume pas à ces trois cibles : elle module plusieurs systèmes qui nuancent l'expérience.
La stimulation répétée des récepteurs 5-HT2A provoque leur « désensibilisation ». Une tolérance très rapide s'installe : reprendre des champignons le lendemain n'aura quasiment aucun effet. Cette tolérance est croisée avec le LSD et les autres psychédéliques classiques.
La teneur en psilocybine varie fortement d'une espèce, d'une culture et même d'un champignon à l'autre. Impossible de l'estimer « à l'œil » : à poids égal, deux récoltes peuvent donner des effets radicalement différents. D'où l'importance de commencer bas.
La psilocine est dégradée par la MAO-A : associée à un IMAO (ou à l'ayahuasca), sa durée et son intensité augmentent. Au niveau du 5-HT2A, elle peut activer préférentiellement certaines voies de signalisation (Gαq, β-arrestine), un sujet encore en cours de recherche.
Des affinités plus faibles pour d'autres récepteurs sérotoninergiques (5-HT2B, 5-HT6, 5-HT7) et dopaminergiques ont été décrites. Leur rôle exact dans l'expérience reste mal connu.
L'addictivité
Potentiel addictif
Le potentiel addictif de la psilocybine est considéré comme très faible. Il n'a pas été démontré qu'elle entraîne une dépendance physique ou qu'elle soit physiologiquement toxique, et elle ne provoque pas de syndrome de sevrage caractéristique. La tolérance qui s'installe presque immédiatement constitue d'ailleurs un frein naturel : enchaîner les prises n'a tout simplement pas d'intérêt, l'effet disparaissant.
Loin de créer une addiction, la psilocybine est même étudiée comme outil thérapeutique pour aider à en sortir. En France, des résultats récents illustrent son potentiel dans la prise en charge du trouble de l'usage d'alcool. Cela ne signifie pas qu'elle est « sans risque » — les risques sont surtout psychologiques (voir la section suivante) — mais le risque de dépendance, lui, est minime.
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Le
Drug Use Disorder Identification Test
Le questionnaire que vous pouvez
utiliser sur cette page est réadapté du questionnaire DUDIT, utilisé par de nombreux
professionnels de santé en addictologie.
Hildebrand, M. (2015).
The psychometric properties of the drug use
disorders identification test (DUDIT): a review of recent research. Journal of
substance abuse treatment, 53, 52-59.
DOI:10.1016/j.jsat.2015.01.008,
ou DUDIT, est un test que vous pouvez faire si vous avez un doute sur votre consommation. Seul.e
vous pourrez voir le résultat.
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Les risques sur la santé
Un profil physique très sûr
Sur le plan strictement physiologique, la psilocybine présente l'un des profils les plus sûrs parmi les psychotropes. Les effets indésirables physiques rapportés sont le plus souvent bénins Les effets indésirables documentés sont majoritairement légers et transitoires ; les événements graves restent rares. Yerubandi, A., et al. (2024). Acute adverse effects of therapeutic doses of psilocybin. JAMA Network Open, 7(4). DOI: 10.1001/jamanetworkopen.2024.5960 : maux de tête, nausées, vertiges, légère hausse de la tension et du rythme cardiaque, dilatation des pupilles. Le consensus scientifique la classe parmi les drogues les moins dangereuses.
Le vrai risque est psychologique
C'est là que se concentrent les risques. À forte dose ou dans un mauvais contexte, l'expérience peut basculer vers un « bad trip » : anxiété intense, paranoïa, confusion, sentiment de perte de contrôle, boucles de pensée angoissantes. Ces états sont généralement transitoires et s'estompent avec la redescente, mais ils peuvent être très éprouvants sur le moment. Un environnement rassurant, une personne de confiance sobre (« sitter ») et une dose adaptée réduisent fortement ce risque.
Fragilités psychiatriques
Comme les autres psychédéliques, la psilocybine peut révéler ou précipiter des fragilités psychologiques préexistantes. Un antécédent personnel ou familial de troubles psychotiques (schizophrénie, trouble bipolaire) constitue une contre-indication importante : l'expérience peut alors déclencher un épisode prolongé. Plus rarement, des effets persistants sur la perception visuelle (de type HPPD) ou une anxiété durable ont été décrits. En cas de doute, ou en présence d'un suivi psychiatrique, la prudence est de mise.
Les mélanges
Ce qu'il faut savoir
Il n'existe pas de mélange réputé particulièrement dangereux avec la psilocybine au sens où il y aurait un risque vital immédiat. Le point d'attention est plutôt celui de l'intensité : la psilocybine seule produit déjà des effets puissants, et tout ce qui amplifie l'expérience (autres psychédéliques, cannabis, IMAO) peut la rendre rapidement ingérable. À l'inverse, certains mélanges atténuent ou brouillent les effets. La prudence générale des psychédéliques s'applique : éviter les associations sérotoninergiques lourdes (IMAO, ISRS, lithium) qui modifient le profil de risque.
Histoire et culture
Le teonanácatl, « chair des dieux »
Les champignons à psilocybine accompagnent l'humanité depuis des millénaires. En Mésoamérique, les Aztèques les nommaient teonanácatl, « chair des dieux », et les utilisaient dans un cadre rituel. C'est le franciscain Bernardino de Sahagún Arrivé au Mexique en 1529, Sahagún apprit le nahuatl et consacra plus de 50 ans à documenter la culture aztèque. Son Codex de Florence mentionne à plusieurs reprises le teonanácatl. Nichols, D. E. (2020). Psilocybin: from ancient magic to modern medicine. The Journal of Antibiotics, 73(10), 679-686. DOI: 10.1038/s41429-020-0311-8 qui, au XVIᵉ siècle, en laissa la première trace écrite détaillée. Il faudra attendre les années 1950 pour que ces champignons soient « redécouverts » par l'Occident, puis 1958 pour qu'Albert Hofmann isole et nomme la psilocybine.
Bibliographie
Sources et références
-
Nichols, D. E. (2020). Psilocybin: from ancient magic to modern
medicine. The Journal of Antibiotics, 73(10), 679-686.
DOI: 10.1038/s41429-020-0311-8 -
Rakoczy, R. J., et al. (2024). Pharmacological and behavioural effects of
tryptamines present in psilocybin-containing mushrooms. British Journal of Pharmacology,
181(19), 3627-3641.
DOI: 10.1111/bph.16466 -
Yerubandi, A., et al. (2024). Acute adverse effects of therapeutic doses
of psilocybin: a systematic review and meta-analysis. JAMA Network Open, 7(4),
e245960.
DOI: 10.1001/jamanetworkopen.2024.5960 -
Hildebrand, M. (2015). The psychometric properties of the drug use
disorders identification test (DUDIT): a review of recent research. Journal of Substance
Abuse Treatment, 53, 52-59.
DOI: 10.1016/j.jsat.2015.01.008
Études pour aller plus loin
-
Carhart-Harris, R., et al. (2021). Trial of psilocybin versus escitalopram
for depression. New England Journal of Medicine, 384(15), 1402-1411.
DOI: 10.1056/NEJMoa2032994 -
Bogenschutz, M. P., et al. (2022). Percentage of heavy drinking days
following psilocybin-assisted psychotherapy vs placebo in the treatment of adult patients with
alcohol use disorder. JAMA Psychiatry, 79(10), 953-962.
DOI: 10.1001/jamapsychiatry.2022.2096