2,5-diméthoxy-4-bromophénéthylamine
Le 2C-B est un psychédélique synthétique de la famille des phénéthylamines, synthétisé par Alexander Shulgin en 1974. Les études humaines, encore peu nombreuses, décrivent un profil dose-dépendant mêlant altérations perceptives, stimulation modérée et, dans certaines conditions, effets entactogènes.
Les effets
Le 2C-B est structurellement apparenté à la mescaline, mais ses effets ne se résument pas à ceux d'une « mescaline synthétique ». Les données humaines montrent surtout une relation nette entre la dose et l'intensité : dans un essai randomisé en double aveugle, 10 mg par voie orale ont produit des effets très légers, 20 mg des altérations psychédéliques modérées, et 30 mg des changements plus marqués de la vision, de l'audition, du temps et du sentiment de soi.
La composante dite entactogène doit rester nuancée. Une étude observationnelle à 20 mg a relevé euphorie, bien-être et expression émotionnelle accrue ; un essai contrôlé à 20 mg n'a pas retrouvé d'augmentation de l'empathie sur une tâche standardisée, tandis que l'essai de 2026 en a observé une à 30 mg. Les effets varient donc selon la dose, la mesure utilisée, les personnes et le contexte.
Le Set & Setting peut fortement moduler l'expérience : pour une première prise, privilégier un lieu familier, un état psychologique stable et un entourage de confiance réduit les facteurs de stress, sans supprimer le risque d'une expérience difficile.
Donnée récente : chez 24 adultes en bonne santé et expérimentés avec les psychédéliques, les effets du 2C-B ont augmenté avec la dose. À 30 mg, leur durée subjective moyenne était de 4,9 heures. Aucun événement indésirable grave n'a été observé dans ce cadre médicalement surveillé — ce qui ne permet pas d'extrapoler la même sécurité à un contexte récréatif ou à des produits de composition inconnue.
Les dosages
Le 2C-B présente une relation dose–effet marquée : quelques milligrammes peuvent modifier nettement l'intensité ressentie. La précision du dosage est donc essentielle.
Dosages indicatifs
Les plages ci-dessous sont des repères de réduction des risques, pas des posologies médicales. Les études humaines contrôlées ont uniquement évalué la voie orale — 20 mg dans l'essai de 2023, puis 10, 20 et 30 mg dans celui de 2026. Les valeurs nasales et rectales proviennent de données communautaires et n'ont pas été validées dans un essai clinique.
Dosages par voie
| Effets | Oral | Nasal | Rectal |
|---|---|---|---|
| Légers | 5 – 15 mg | 3 – 10 mg | 3 – 10 mg |
| Moyens | 15 – 25 mg | 10 – 15 mg | 10 – 15 mg |
| Forts | 25 – 45 mg | 15 – 30 mg | 15 – 30 mg |
| Très forts | 45+ mg | 30+ mg | 30+ mg |
Valeurs indicatives — les effets dépendent notamment de l'identité du produit, de sa teneur, de la sensibilité individuelle et de la voie. Au-delà de 30 mg par voie orale, les effets n'ont pas été étudiés dans un essai contrôlé.
Durée / Phases
| Phase | Oral | Nasal | Rectal |
|---|---|---|---|
| Début | 0.5 – 2 h | 10 – 40 min | 15 – 60 min |
| Effets principaux | 2 – 4 h | 1 – 2 h | 2 – 3 h |
| Descente | 1 – 3 h | 0.5 – 2 h | 0.5 – 3 h |
| Effets résiduels | 5 h | 3 h | 4.5 h |
Durées approximatives — dans les essais oraux, les effets étaient en grande partie résolus en moins de 6 h et duraient en moyenne 4,9 h à 30 mg. Les durées nasales et rectales ne reposent pas sur des essais cliniques.
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La pharmacologie
Le 2C-B appartient à la famille des phénéthylamines, dont fait aussi partie la mescaline. C'est une molécule de synthèse créée en laboratoire ; sa structure découle directement de celle des phénéthylamines naturelles, à laquelle Shulgin a ajouté deux groupes méthoxy et un atome de brome.
Profil pharmacologique
CID 98527 · DB01537
Mode d'action Agoniste sérotoninergique, principalement au récepteur 5-HT₂A ; profil fonctionnel variable selon les modèles.
Mécanisme d'action
Le 2C-B agit avant tout sur le système sérotoninergique. Les données récentes convergent vers une activation du récepteur 5-HT₂A, cible centrale des effets psychédéliques, avec des interactions supplémentaires aux récepteurs 5-HT₂C et 5-HT₂B. Une caractérisation sur des récepteurs humains confirme cette polypharmacologie.
Le profil fonctionnel n'est toutefois pas identique dans tous les systèmes expérimentaux : une étude plus ancienne sur des ovocytes de xénope observait une faible efficacité agoniste, voire un antagonisme 5-HT₂A. Cette divergence ne signifie pas que le 2C-B est « antagoniste » chez l'humain ; elle montre que le résultat dépend du modèle, de la voie de signalisation et de la méthode de mesure.
Le 2C-B inhibe aussi les transporteurs SERT, NET et DAT dans des essais in vitro, mais à une puissance faible. On ne peut donc pas lui attribuer une libération massive de monoamines comparable à la MDMA, ni relier directement cette interaction à un effet subjectif précis.
Les récepteurs-clés
C'est la cible la mieux étayée pour expliquer les effets psychédéliques. Les données in vitro et animales, cohérentes avec les effets perceptifs humains, soutiennent son rôle central sans expliquer à elles seules toute l'expérience.
Visuels · Perception · PenséeLe 2C-B se lie également au 5-HT₂C et peut l'activer in vitro. Ce récepteur participe normalement à la régulation de l'humeur, de l'anxiété et de l'appétit, mais sa contribution exacte aux effets subjectifs du 2C-B chez l'humain n'est pas établie.
Humeur · Anxiété · AppétitLe 2C-B freine la recapture de monoamines dans des modèles cellulaires, mais à faible puissance. La pertinence de cette interaction aux concentrations atteintes chez l'humain reste incertaine ; elle ne suffit pas à expliquer les effets stimulants ou cardiovasculaires.
Interaction in vitro · Portée incertaineAu-delà des cibles principales
Le 2C-B ne se limite pas à ces récepteurs. D'autres interactions modulent l'expérience et orientent les conseils de réduction des risques.
Une activité agoniste 5-HT₂B est observée in vitro. L'activation chronique de ce récepteur est associée, pour d'autres molécules, aux valvulopathies ; il s'agit ici d'un risque théorique, car aucune étude n'a évalué le cœur après des usages répétés de 2C-B.
Une étude humaine de 2025 identifie MAO-A, MAO-B et des enzymes cytosoliques comme voies majeures, avec une voie CYP2D6 mineure. Cela rend l'association avec un IMAO préoccupante, mais son ampleur clinique n'a pas été mesurée directement.
Avec des doses actives de l'ordre de la dizaine de milligrammes, le 2C-B est bien plus puissant que la mescaline (active à plusieurs centaines de mg) mais moins que le LSD. D'où l'importance d'une pesée précise.
Les essais humains restent petits et les valeurs d'affinité varient selon les modèles. Les largeurs de barres ci-dessus reflètent une importance relative indicative, et non une proportion d'effet mesurée chez l'humain.
L'addictivité
Un potentiel addictif mal documenté
Aucune étude humaine n'a spécifiquement évalué l'auto-administration répétée, le sevrage, la tolérance ou l'incidence d'un trouble de l'usage lié au 2C-B. Les petits essais aigus disponibles ne peuvent donc pas démontrer que son potentiel addictif est « très faible ». Une revue récente des 2C et NBOMe souligne précisément ce manque de données.
L'affirmation selon laquelle le 2C-B n'induirait pas de tolérance immédiate et pourrait être repris plusieurs jours sans diminution d'effet ne repose pas sur un essai contrôlé. Il est plus rigoureux de considérer la tolérance et les conséquences d'usages répétés comme inconnues.
Comme pour toute substance, l'addiction résulte d'un ensemble de facteurs biologiques, environnementaux et propres au produit, et ne se résume jamais à la seule pharmacologie. Une consommation répétée ou difficile à contrôler mérite attention même en l'absence de dépendance physique documentée.
Évaluez vos consommations — DUDIT
Le Drug Use Disorder Identification Test Ce questionnaire est réadapté du DUDIT, utilisé par de nombreux professionnels de santé en addictologie. [source du questionnaire], ou DUDIT, est un test que vous pouvez faire si vous avez un doute sur votre consommation. Seul·e vous pourrez voir le résultat.
Le questionnaire s'affiche une question à la fois.
Les risques sur la santé
Effets cardiovasculaires & thermorégulation
Dans les essais contrôlés chez des adultes en bonne santé, le 2C-B a augmenté la pression artérielle de façon transitoire et dépendante de la dose ; à 30 mg, il a aussi augmenté la fréquence cardiaque. Les doses de 20 et 30 mg ont entraîné une petite hausse de la température corporelle. Ces effets sont restés modérés sous surveillance médicale, mais les participant·es étaient sélectionné·es et les personnes avec des pathologies cardiovasculaires étaient exclues.
Dans une cohorte prospective de consultations toxicologiques, les signes fréquents comprenaient mydriase, agitation, hallucinations, confusion, anxiété, hypertension et tachycardie. La plupart des cas suivis étaient de gravité modérée, mais un cas confirmé par analyse a rapporté un syndrome sérotoninergique, des convulsions et un œdème cérébral. Un cas isolé ne donne pas la fréquence de ce risque, mais montre qu'une complication grave est possible.
Sensibilité au dosage
Le 2C-B est très sensible au dosage : quelques milligrammes séparent un effet léger d'un trip intense. Une balance au centième de gramme affiche des pas de 10 mg : elle n'est pas adaptée. Utiliser au minimum une balance affichant 0,001 g, la calibrer et garder en tête que sa résolution affichée n'est pas sa précision réelle. Ne jamais estimer une dose à l'œil.
Identité du produit : 2C-B ≠ « tusi »
Les appellations tusi, tucibi ou « cocaïne rose » ne garantissent pas la présence de 2C-B. Dans une série toxicologique de 14 poudres colorées, toutes contenaient de la kétamine, la plupart de la MDMA, et aucune du 2C-B. Cette série américaine n'est pas représentative de tous les marchés, mais elle montre qu'un nom, une couleur ou un logo ne permettent pas d'identifier un produit : seule une analyse peut réduire cette incertitude.
Risques psychologiques
Anxiété, confusion et agitation sont documentées dans les intoxications. À 20 mg, un essai contrôlé a aussi observé un ralentissement psychomoteur et une altération de la mémoire spatiale. Les essais ont exclu les personnes présentant des antécédents psychiatriques importants : ils ne permettent donc pas d'estimer le risque dans ces populations. Le Set & Setting peut réduire les facteurs de stress, sans garantir l'absence d'une expérience difficile.
Les mélanges
Interactions dangereuses
Il n'existe pratiquement pas d'étude humaine testant le 2C-B en combinaison avec une autre substance. L'absence de mélange formellement identifié comme dangereux ne doit donc pas être interprétée comme une preuve de sécurité.
La MDMA, les amphétamines et les autres stimulants peuvent, par addition des effets, augmenter la charge cardiovasculaire, la température et l'agitation. Le cannabis peut intensifier ou déstabiliser une expérience psychédélique, mais cette interaction n'a pas été quantifiée spécifiquement avec le 2C-B.
Le mélange avec un IMAO est particulièrement déconseillé : MAO-A et MAO-B participent à l'élimination du 2C-B, de sorte que leur inhibition pourrait augmenter ou prolonger l'exposition. C'est une inférence pharmacocinétique solide, mais aucune étude humaine n'en a mesuré l'ampleur. Ne pas interrompre un traitement prescrit pour consommer ; demander conseil à un·e professionnel·le de santé. Tous les mélanges ne présentent pas les mêmes risques — voir le détail ci-dessous.
Vérifiez vos mélanges
Consultez les interactions recensées par Mixtures.info. Ces données concernent la famille des 2C-x et reposent souvent sur des témoignages plutôt que sur des études cliniques. Elles ne s'appliquent ni aux 2C-T-x ni au 2C-B-FLY, qui ont des profils distincts.
2C-B mélangé avec :
Un niveau « neutre » ne signifie pas « sans risque » : il indique seulement qu'aucune augmentation spécifique du risque n'est établie dans les données recensées. Les entrées marquées comme inconnues ou issues d'un brouillon doivent être interprétées avec une prudence accrue.
Culture, histoire & récits
Origines du 2C-B
Le 2C-B a été synthétisé en 1974 par Alexander Shulgin, puis documenté dans PiHKAL, publié en 1991. Il a ensuite circulé dans certains contextes psychothérapeutiques non autorisés : une publication rétrospective sur une pratique zurichoise décrit notamment l'usage de MDMA, LSD et 2C-B. Ce document n'est pas un essai clinique et ne démontre pas une efficacité thérapeutique.
Sa présence sur le marché récréatif a été documentée par l'analyse de produits et des enquêtes d'usage en Espagne entre 2006 et 2009. Une enquête internationale publiée en 2022 le plaçait parmi les psychédéliques dits « nouveaux » les plus utilisés. Ces données décrivent des échantillons précis et ne permettent pas d'estimer sa prévalence actuelle en France.
Bibliographie
Les études humaines, précliniques et historiques répondent à des questions différentes. Les niveaux et qualités non revérifiés restent non classés ; le raccordement au registre ne vaut pas une réévaluation scientifique complète.