La pharmacosexualité
Un concept plus large d'usage sexualisé des drogues
La pharmacosexualité est la pratique de la sexualité sous l’influence de drogues. Elle peut impliquer la consommation de drogues avant ou pendant les rapports sexuels, dans le but d’améliorer les sensations, de réduire les inhibitions ou d’explorer de nouvelles expériences sexuelles.
Toute personne peut faire un usage sexualisé de la plupart des drogues. Le sexe des personnes et les produits consommés n’ont pas d’importance particulière pour parler de ce concept, pas plus que le nombre de partenaires ou la manière de les avoir rencontrés.
Dans leur étude qualitative, Moyle et ses collègues (2020) s'appuient sur une ethnographie virtuelle et 45 entretiens. Les récits recueillis décrivent des motivations variées : plaisir, proximité émotionnelle, désinhibition ou exploration de la sexualité, mais aussi des difficultés et des risques. Ils concernent plusieurs identités de genre et orientations sexuelles, ainsi qu'une gamme de produits plus large que ceux habituellement associés au chemsex. Ces entretiens éclairent les expériences vécues ; ils ne permettent pas d'estimer la fréquence de ces pratiques dans la population.
Chemsex
Définition
Le terme « chemsex » vient de chemical et de sex en anglais. La pratique du chemsex est la recherche d’une expérience sexuelle améliorée grâce aux drogues consommées. Historiquement, c’est une pratique issue des communautés gays et bisexuelles, étudiée surtout chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes. Les définitions varient selon les études, les produits et les contextes : le chemsex ne désigne pas automatiquement tout rapport sexuel sous l'effet d'une substance. La notion d'usage sexualisé de drogues est plus large et peut concerner toute personne. La revue de Maxwell et ses collègues (2019) décrit cette diversité et les limites des comparaisons entre études.
Drogues associées
Plusieurs drogues peuvent être associées au chemsex, notamment les cathinones et certains stimulants :
En France, la note de l'OFDT (2024) replace les cathinones et le GHB/GBL dans l'évolution des pratiques sur quinze ans, avec une place croissante de la kétamine et des modes de consommation variés, dont l'injection appelée « slam ». Ce suivi de terrain ne constitue pas une enquête représentative de l'ensemble de la population.
Revendication communautaire
Le concept du chemsex fait l'objet d'une revendication communautaire ce qui peut provoquer de longs débats sur la nature même de la pratique et l'identité des pratiquant.es. De plus, c'est une pratique fortement stigmatisée, pointée du doigt régulièrement par les médias et observée quasi exclusivement sous le prisme de la santé publique, des risques encourrus et des drames survenus.
Les risques liés au chemsex
Le chemsex rassemble les risques liés aux drogues, et les risques liés à la sexualité. De manière générale, les stimulants utilisés peuvent avoir des effets importants sur le système cardiovasculaire et favorisent le risque de psychose. Les consommations répétées durant une même session, et de manière fréquente sur plusieurs jours/semaines/mois, favorisent le risque d’addiction et de problèmes physiques à long terme.
Au niveau de la sexualité, le VIH, les hépatites et d'autres infections sexuellement transmissibles peuvent être transmis selon les expositions. La revue systématique de Maxwell et ses collègues rapporte notamment des associations avec les rapports anaux sans préservatif et des pratiques d'injection à risque. Les études sont hétérogènes : ces associations ne prouvent pas à elles seules que le chemsex cause une infection, et ne décrivent pas toutes les personnes qui le pratiquent.
Les tableaux ci-dessous vous permettent de voir les risques d'infections en fonction des fluides corporels et en fonction des pratiques.
| Sperme | Liquide pré-séminal | Sang | Salive | Urine | Selles | |
|---|---|---|---|---|---|---|
| VIH | + | + | + | − | − | − |
| Hépatite A | − | − | − | − | − | + |
| Hépatite B | + | + | + | + | − | − |
| Hépatite C | − | − | + | − | − | − |
| Syphilis | + | + | + | − | − | − |
| Herpès et HPV | + | + | − | − | − | − |
| Chlamydia et gonocoque | + | + | − | − | + | + |
| Pénétration vaginale et anale | Fellation | Anulingus | Caresse sexuelle | S'embrasser | Partage de seringue | Partage de paille | |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| VIH | + | + | − | − | − | + | − |
| Hépatite A | − | − | + | − | − | − | − |
| Hépatite B | + | + | − | − | + | + | + |
| Hépatite C | + | − | − | − | − | + | + |
| Syphilis | + | + | + | + | − | + | + |
| Herpès et HPV | + | + | + | + | − | − | − |
| Chlamydia et gonocoque | + | + | + | + | − | − | − |
Les outils de prévention
PrEP - Prophylaxie Pré-Exposition
La PrEP est un traitement préventif très efficace contre le VIH lorsqu'il est pris selon le schéma prescrit. Elle ne protège pas des autres IST et s'inscrit dans un suivi médical avec dépistages réguliers. Les recommandations françaises de la HAS préconisent de la proposer aux personnes pratiquant le chemsex dans une démarche globale de réduction des risques. Si vous le souhaitez, vous pouvez accéder à un mode d'emploi de la PrEP.
L'étude française de Jourdain et ses collègues (2022) examine l'efficacité de la PrEP en conditions réelles à partir des données nationales de santé. L'efficacité estimée varie avec les délivrances de traitement et les interruptions : ces résultats soulignent l'importance de l'observance et de l'accompagnement, sans mesurer directement chaque prise.
TPE - Traitement Post-Exposition
Le TPE associe trois molécules antirétrovirales pendant une durée de 30 jours et peut être proposé aux personnes qui ont été possiblement exposées au VIH, que ça soit lors d'un acte sexuel, d'un partage de matériel de consos, ou d'un accident d'exposition au sang. Il doit être instauré le plus tôt possible, idéalement dans les 4 heures et au plus tard dans les 48 heures suivant l'exposition, selon les recommandations françaises. Les 4 heures sont un objectif, pas une limite au-delà de laquelle il serait trop tard : n'attendez pas pour contacter les urgences ou un service habilité à prescrire le TPE.
C’est désormais l’utilisation de l’association doravirine/ténofovir-disoproxil/lamivudine qui est recommandée en 1ʳᵉ intention, puisqu’elle répond aux critères de coût, de tolérance et d’efficacité: ténofovir-disoproxil (TDF) (245 mg), lamivudine (3TC) (300 mg) ou emtricitabine (FTC) (200 mg) et doravirine (DOR) (100 mg):
- Soit comprimé unique quotidien de TDF/3TC/DOR (245/300/100 mg). Cette option combine l’avantage du comprimé unique et d’un coût réduit.
- Soit 2 comprimés en une prise quotidienne de TDF/FTC (245/200 mg) et DOR (100 mg). Cette option a l’avantage d’un coût encore plus bas que le comprimé unique. Quand cela est souhaité, elle permet d’enchainer sur la PrEP par TDF/FTC en supprimant simplement le comprimé de DOR.
TasP - Treatment as Prevention
Aujourd’hui, on peut vivre avec le VIH. Lorsqu'un traitement antirétroviral maintient une charge virale indétectable, contrôlée régulièrement, le VIH ne se transmet pas par voie sexuelle : c'est le principe « indétectable = intransmissible ». Dans l'étude PARTNER2 (Rodger et ses collègues, 2019), aucune transmission liée au sein du couple n'a été observée pendant les périodes étudiées sous suppression virale. Ce résultat porte sur la transmission sexuelle, pas sur le partage de matériel d'injection, et ne protège pas des autres IST.
Les combinaisons d'antirétroviraux et leur rythme de prise dépendent de la situation médicale : il est important de suivre le schéma prescrit et les contrôles de charge virale.
Il existe plusieurs combinaisons possibles de médicaments antirétroviraux, vous en trouverez une liste exhaustive (pour la France) sur le site du Vidal.
Matériel à usage unique
Enfin, dès qu'il s'agit de consommations de drogues, il existe du matériel gratuit et stérile permettant d'éviter au maximum les risques d'infections. Il y a même toute une page sur DRUGZ pour vous aider à mieux comprendre le matériel et à le trouver facilement !