La pharmacosexualité
Un concept plus large d'usage sexualisé des drogues
La pharmacosexualité est la pratique de la sexualité sous l’influence de drogues. Elle peut impliquer la consommation de drogues avant ou pendant les rapports sexuels, dans le but d’améliorer les sensations, de réduire les inhibitions ou d’explorer de nouvelles expériences sexuelles.
Toute personne peut faire un usage sexualisé de la plupart des drogues. Le sexe des personnes et les produits consommés n’ont pas d’importance particulière pour parler de ce concept, pas plus que le nombre de partenaires ou la manière de les avoir rencontrés.
"Dans cet article, nous avons démontré que le fait de se concentrer sur les récits de risques et de dommages ne permet pas de rendre compte de l’ensemble de l’expérience vécue par les participants en matière d’usage de drogues à des fins sexuelles, mais qu’il est également insuffisant de se concentrer uniquement sur le plaisir. En élargissant notre champ d’action au-delà de l’usage de drogues sexuelles par des groupes sociaux spécifiques, notre analyse a révélé ce que les individus, quels que soient leur sexe et leur sexualité, peuvent tirer d’expériences sexuelles améliorées par des produits chimiques, et que cela ne peut être réduit à un choix entre la réparation de problèmes sexuels et l’hédonisme. Nous avons démontré que la consommation de drogues à des fins sexuelles n’est pas confinée à diverses « scènes » ou sous-cultures sexuelles, mais que l’utilisation intentionnelle de drogues dans le cadre de rapports sexuels s’inscrit également dans des schémas normalisés ou « récréatifs » de consommation de drogues, au-delà des populations LGBTQ. Alors que les recherches existantes ont eu tendance à se concentrer sur les drogues qui ont été culturellement établies comme « améliorateurs sexuels », telles que le GHB/GBL, la méphédrone, la méthamphétamine et la cocaïne, nos données corroborent les recherches récentes indiquant qu’une gamme beaucoup plus large de substances, y compris la MDMA/Ecstasy, le LSD et le cannabis, sont également choisies à dessein pour être expérimentées dans des contextes sexuels."
Moyle, L., et al. (2020). Pharmacosex: Reimagining sex, drugs and enhancement. International Journal of Drug Policy, 86, 102943.
DOI: 10.1016.j.drugpo.2020.102943
Chemsex
Définition
Le terme « chemsex » vient de chemical et de sex en anglais. La pratique du chemsex est la recherche d’une expérience sexuelle améliorée grâce aux drogues consommées. Historiquement, c’est une pratique venant de la communauté gay, mais nous parlons plutôt aujourd’hui d’hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes. Le chemsex se pratique aujourd’hui d’une manière assez spécifique. Les personnes qui le pratiquent se rencontrent principalement via des applications de rencontre et consomment généralement des cathinones. Lorsque les personnes sont hétérosexuelles, il est plutôt question d’usage sexualisé des drogues.
Drogues associées
Plusieurs drogues peuvent être associées au chemsex, notamment les cathinones et certains stimulants :
Revendication communautaire
Le concept du chemsex fait l'objet d'une revendication communautaire ce qui peut provoquer de longs débats sur la nature même de la pratique et l'identité des pratiquant.es. De plus, c'est une pratique fortement stigmatisée, pointée du doigt régulièrement par les médias et observée quasi exclusivement sous le prisme de la santé publique, des risques encourrus et des drames survenus.
Les risques liés au chemsex
Le chemsex rassemble les risques liés aux drogues, et les risques liés à la sexualité. De manière générale, les stimulants utilisés peuvent avoir des effets importants sur le système cardiovasculaire et favorisent le risque de psychose. Les consommations répétées durant une même session, et de manière fréquente sur plusieurs jours/semaines/mois, favorisent le risque d’addiction et de problèmes physiques à long terme.
Au niveau de la sexualité, de nombreuses infections et maladies peuvent être rencontrées suite à la pratique du chemsex. VIH, hépatites, syphilis…
Les tableaux ci-dessous vous permettent de voir les risques d'infections en fonction des fluides corporels et en fonction des pratiques.
| Sperme | Liquide pré-séminal | Sang | Salive | Urine | Selles | |
|---|---|---|---|---|---|---|
| VIH | + | + | + | − | − | − |
| Hépatite A | − | − | − | − | − | + |
| Hépatite B | + | + | + | + | − | − |
| Hépatite C | − | − | + | − | − | − |
| Syphilis | + | + | + | − | − | − |
| Herpès et HPV | + | + | − | − | − | − |
| Chlamydia et gonocoque | + | + | − | − | + | + |
| Pénétration vaginale et anale | Fellation | Anulingus | Caresse sexuelle | S'embrasser | Partage de seringue | Partage de paille | |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| VIH | + | + | − | − | − | + | − |
| Hépatite A | − | − | + | − | − | − | − |
| Hépatite B | + | + | − | − | + | + | + |
| Hépatite C | + | − | − | − | − | + | + |
| Syphilis | + | + | + | + | − | + | + |
| Herpès et HPV | + | + | + | + | − | − | − |
| Chlamydia et gonocoque | + | + | + | + | − | − | − |
Les outils de prévention
PrEP - Prophylaxie Pré-Exposition
La PreP permet d’éviter de contracter le VIH. C'est donc un médicament préventif, et qui est très utile aux personnes les plus à risque d'exposition au VIH. Si vous le souhaitez, vous pouvez accéder à un mode d'emploi de la PrEP.
"En France, depuis janvier 2016, la PrEP orale à base de fumarate de ténofovir disoproxil et d’emtricitabine est autorisée et remboursée spécifiquement pour une utilisation chez les adultes à haut risque d’infection par le VIH. Au 30 juin 2020, 32 042 personnes avaient commencé la PrEP, principalement des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) et vivant dans de grandes zones urbaines. Le schéma recommandé est la PrEP quotidienne ou à la demande. Parmi plus de 3000 HSH à haut risque dans l’étude ANRS-Prevenir réalisée en région parisienne, environ la moitié a opté pour un schéma à la demande. Quel que soit le schéma, la PrEP comprend des dépistages trimestriels du VIH et des IST ainsi que la promotion de l’utilisation du préservatif. Initialement réservée aux praticiens hospitaliers spécialisés, l’initiation à la PrEP a été étendue à l’ensemble des prescripteurs le 1er juin 2021, afin d’en élargir l’usage et de diversifier les profils des bénéficiaires."
Jourdain, H., et al. (2022). Real-world effectiveness of pre-exposure prophylaxis in men at high risk of HIV infection in France: a nested case-control study. The Lancet Public Health, 7(6), e529-e536.
DOI: 10.1016S2468-2667(22)00106-2
TPE - Traitement Post-Exposition
Le TPE associe trois molécules antirétrovirales pendant une durée de 30 jours et peut être proposé aux personnes qui ont été possiblement exposées au VIH, que ça soit lors d'un acte sexuel, d'un partage de matériel de consos, ou d'un accident d'exposition au sang. Il doit être instauré le plus tôt possible, 4 h après l’exposition est une limite importante à garder en tête. Le traitement n’est efficace que s’il est débuté dans les 48h suivant l’exposition.
C’est désormais l’utilisation de l’association doravirine/ténofovir-disoproxil/lamivudine qui est recommandée en 1ʳᵉ intention, puisqu’elle répond aux critères de coût, de tolérance et d’efficacité: ténofovir-disoproxil (TDF) (245 mg), lamivudine (3TC) (300 mg) ou emtricitabine (FTC) (200 mg) et doravirine (DOR) (100 mg):
- Soit comprimé unique quotidien de TDF/3TC/DOR (245/300/100 mg). Cette option combine l’avantage du comprimé unique et d’un coût réduit.
- Soit 2 comprimés en une prise quotidienne de TDF/FTC (245/200 mg) et DOR (100 mg). Cette option a l’avantage d’un coût encore plus bas que le comprimé unique. Quand cela est souhaité, elle permet d’enchainer sur la PrEP par TDF/FTC en supprimant simplement le comprimé de DOR.
TasP - Treatment as Prevention
Aujourd’hui, on peut vivre avec le VIH. Prendre le TasP permet d’avoir une charge virale indétectable et donc non transmissible. En éliminant les risques de transmission lorsque les personnes séropositives sont sous traitement et ont une charge virale indétectable depuis au moins six mois, les anti-rétroviraux (ARV) deviennent un moyen de prévention efficace.
Le traitement avec les anti-rétroviraux est composé de 3 molécules, et il est recommandé de prendre le traitement tous les jours à la même heure.
Il existe plusieurs combinaisons possibles de médicaments antirétroviraux, vous en trouverez une liste exhaustive (pour la France) sur le site du Vidal.
Matériel à usage unique
Enfin, dès qu'il s'agit de consommations de drogues, il existe du matériel gratuit et stérile permettant d'éviter au maximum les risques d'infections. Il y a même toute une page sur DRUGZ pour vous aider à mieux comprendre le matériel et à le trouver facilement !
C'est par ici !Bibliographie
Sources et références
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Moyle, L., et al. (2020). Pharmacosex: Reimagining sex, drugs and
enhancement. International Journal of Drug Policy, 86, 102943.
DOI: 10.1016.j.drugpo.2020.102943 -
Jourdain, H., et al. (2022). Real-world effectiveness of pre-exposure
prophylaxis in men at high risk of HIV infection in France. The Lancet Public Health,
7(6), e529-e536.
DOI: 10.1016S2468-2667(22)00106-2