N-méthyl-amphétamine
La méthamphétamine est un stimulant puissant du système nerveux central.
Les effets
Descente (comedown)
Les dosages
Dosages indicatifs
Dosages (par voie)
| Effets | Oral | Nasal | Inhalation | Rectal | Intraveineux |
|---|---|---|---|---|---|
| Légers | 5 - 10 mg | 5 - 10 mg | 5 - 10 mg | 5 - 10 mg | 5 - 10 mg |
| Moyens | 10 - 25 mg | 10 - 30 mg | 10 - 20 mg | 10 - 30 mg | 10 - 30 mg |
| Forts | 25 - 50 mg | 30 - 60 mg | 20 - 60 mg | 30 - 40 mg | 30 - 40 mg |
| Très forts | 50 + mg | 60 + mg | 60 + mg | 40 + mg | 40 + mg |
Valeurs indicatives — dépendant de la pureté, tolérance et méthode d'administration.
Durée / Phases
| Phases | Oral | Nasal | Inhalation | Rectal | Intraveineux |
|---|---|---|---|---|---|
| Début | 1 - 3 h | 5 - 10 min | ≈ 20 sec | ≈ 20 min | ≈ 2 min |
| Effets principaux | 3 – 5 h | 1.5 – 3 h | 1 – 3 h | 2 – 4 h | 1 – 3 h |
| Descente | 3 – 4 h | 2 – 4 h | 1 - 3 h | 3 - 5 h | 3 - 4 h |
| Effets résiduels | 12 – 24 h | 6 – 24 h | 2 – 24 h | 12 – 24 h | 12 – 24 h |
Durées approximatives — sujettes à variation suivant la dose, voie et métabolisme individuel.
Calculateurs de dosage
La méthamphétamine est une substance illégale dont la pureté peut varier. Il est important de connaître la puissance de votre produit pour adapter votre consommation.
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La pharmacologie
La méthamphétamine appartient à la famille des amphétamines. Elle se distingue de l'amphétamine par un groupement méthyle supplémentaire qui augmente sa liposolubilité : elle traverse donc plus vite et plus massivement la barrière hémato-encéphalique, ce qui explique sa puissance et son potentiel addictif particulièrement marqués.
Profil pharmacologique
CID 10836 · DB01577
Mode d'action Libération massive de dopamine et de noradrénaline via inversion DAT/NET ; agoniste TAAR1 ; haute pénétration cérébrale.
Mécanisme d'action
La méthamphétamine est avant tout un libérateur de monoamines : plutôt que de simplement bloquer leur recapture, elle force les neurones à déverser leurs réserves de dopamine et de noradrénaline — et, plus faiblement, de sérotonine — dans la fente synaptique. D'après la littérature pharmacologique Courtney, K. E., & Ray, L. A. (2014). Methamphetamine: an update on epidemiology, pharmacology, clinical phenomenology, and treatment literature. Drug and alcohol dependence, 143, 11-21. DOI: 10.1016/j.drugalcdep.2014.08.003, cet effet repose sur plusieurs mécanismes complémentaires :
- redistribution des catécholamines depuis les vésicules synaptiques vers le cytosol (action sur le transporteur vésiculaire VMAT2) ;
- inversion du sens des transporteurs membranaires (DAT, NET), qui se mettent à expulser les neurotransmetteurs au lieu de les recapturer ;
- blocage de la recapture par ces mêmes transporteurs ;
- inhibition de la monoamine oxydase (MAO), l'enzyme qui dégrade normalement les monoamines ;
- agonisme du récepteur TAAR1, qui module l'activité dopaminergique.
Les neurotransmetteurs-clés
C'est le neurotransmetteur dominant de la méthamphétamine. Sa libération massive produit l'euphorie intense, la hausse de motivation et le « rush ». C'est aussi elle qui sous-tend le fort potentiel addictif et le redosage compulsif, particulièrement marqués lorsque le produit est fumé ou injecté.
Euphorie · Motivation · RécompenseLe « mode alerte » de l'organisme. Elle accélère le cœur, augmente la pression artérielle et la température corporelle, et procure l'énergie et l'endurance caractéristiques. C'est aussi la principale source des risques cardiovasculaires.
Énergie · Éveil · Stimulation physiqueLibérée bien plus faiblement que par la MDMA, mais non négligeable à forte dose. Elle module l'humeur et participe à la désinhibition. Son épuisement contribue à la « descente » et à l'irritabilité des jours suivants.
Humeur · DésinhibitionAu-delà des principaux neurotransmetteurs
La méthamphétamine ne se limite pas à ces trois systèmes : d'autres cibles colorent l'expérience et expliquent certains effets à long terme.
Le transporteur vésiculaire des monoamines. En le détournant, la méthamphétamine vide les vésicules de stockage et inonde le cytoplasme de neurotransmetteurs, prêts à être expulsés dans la synapse.
Le récepteur associé aux amines traces. Son activation module la libération de dopamine et l'activité des transporteurs — une cible aujourd'hui très étudiée dans la recherche sur l'addiction aux stimulants.
En inhibant la monoamine oxydase, la méthamphétamine empêche la dégradation des monoamines déjà libérées, ce qui prolonge et amplifie leur action — d'où une durée d'effet bien plus longue que celle de la cocaïne.
L'usage répété de fortes doses est associé à une baisse durable de la densité des transporteurs de dopamine Yang, X., et al. (2018). The main molecular mechanisms underlying methamphetamine-induced neurotoxicity and implications for pharmacological treatment. Frontiers in molecular neuroscience, 11, 186. DOI: 10.3389/fnmol.2018.00186 et à un stress oxydatif, pouvant contribuer à des troubles cognitifs et psychiatriques persistants.
L'addictivité
Évaluez vos consos avec le DUDIT !
Le
Drug Use Disorder Identification Test
Le questionnaire que vous pouvez
utiliser sur cette page est réadapté du questionnaire DUDIT, utilisé par de nombreux
professionnels de santé en addictologie.
Hildebrand, M. (2015).
The psychometric properties of the drug use
disorders identification test (DUDIT): a review of recent research. Journal of
substance abuse treatment, 53, 52-59.
DOI:10.1016/j.jsat.2015.01.008,
ou DUDIT, est un test que vous pouvez faire si vous avez un doute sur votre consommation. Seul.e
vous pourrez voir le résultat.
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Les risques sur la santé
Quelle différence avec les effets immédiats ?
Certains effets sont directement liés à la prise. D'autres surviennent avec le temps, à force d'usages répétés, ou à la faveur d'un contexte particulier. La méthamphétamine est un stimulant puissant : ses risques tiennent autant à son action aiguë sur le cœur qu'aux conséquences d'un usage prolongé.
Risques cardiovasculaires
Par ses propriétés sympathomimétiques, la méthamphétamine augmente la fréquence cardiaque, la pression artérielle et la fréquence respiratoire pendant plusieurs heures. Une revue de la littérature Schwarzbach, V., Lenk, K., & Laufs, U. (2020). Methamphetamine-related cardiovascular diseases. ESC Heart Failure, 7(2), 407-414. DOI: 10.1002/ehf2.12572 recense hypertension, troubles du rythme, cardiomyopathies, maladie coronarienne, infarctus et accidents vasculaires cérébraux. Ces risques dépendent fortement de la dose et de la fréquence, et augmentent nettement avec d'autres stimulants. Les pathologies sont médiées par l'excès de catécholamines : c'est l'action noradrénergique qui sollicite le cœur.
Risques psychiques et psychose
L'usage régulier de fortes doses peut induire anxiété, paranoïa, délires, désorganisation de la pensée et, dans certains cas, une psychose. Une revue systématique Arunogiri, S., Foulds, J. A., McKetin, R., & Lubman, D. I. (2018). A systematic review of risk factors for methamphetamine-associated psychosis. Australian & New Zealand Journal of Psychiatry, 52(6), 514-529. DOI: 10.1177/0004867417748750 identifie la fréquence d'usage et la sévérité de la dépendance comme les facteurs de risque les plus constants ; une vulnérabilité génétique, des antécédents familiaux psychotiques ou des traumatismes jouent aussi un rôle. Le risque se concentre chez les personnes ayant consommé au moins chaque semaine.
Méthamphétamine et violence : prudence avec les raccourcis
On associe souvent méthamphétamine et comportements violents. La réalité est plus nuancée : la consommation et la violence sont fréquemment liées à des facteurs communs — adversité dans l'enfance, abus, négligence, incarcération parentale, troubles de santé mentale. Une étude de cohorte longitudinale Foulds, J. A., Boden, J. M., McKetin, R., & Newton-Howes, G. (2020). Methamphetamine use and violence: Findings from a longitudinal birth cohort. Drug and alcohol dependence, 207, 107826. DOI: 10.1016/j.drugalcdep.2019.107826 souligne qu'il est difficile d'isoler un lien causal direct tant ces phénomènes partagent des racines communes. Attribuer mécaniquement la violence au produit, c'est passer à côté du contexte de vie des personnes.
Les mélanges
Interactions à surveiller
De manière générale, méfiez-vous des mélanges exigeants pour le cœur. Associer un stimulant à un dépresseur masque les signaux d'alerte de chacun et impose au système cardiovasculaire un effort considérable. Cumuler deux stimulants (méthamphétamine + cocaïne, amphétamine, MDMA…) multiplie les risques cardiaques et la neurotoxicité.
La méthamphétamine étant métabolisée par les enzymes du cytochrome P450 Dostalek, M., et al. (2007). Effect of methamphetamine on cytochrome P450 activity. Xenobiotica, 37(12), 1355-1366. DOI: 10.1080/00498250701652877 (notamment le CYP2D6), toute autre substance agissant sur ces enzymes peut modifier son élimination — et donc l'intensité ou la durée de ses effets.
Histoire et culture
Origines
L'amphétamine est synthétisée pour la première fois en Allemagne en 1887 par le chimiste roumain Lazăr Edeleanu. La méthamphétamine, elle, est obtenue à partir de l'éphédrine en 1893 par le chimiste japonais Nagai Nagayoshi, puis cristallisée en 1919 par Akira Ogata — la forme « ice » que l'on connaît aujourd'hui. Pendant des décennies, ces molécules circulent comme médicaments avant que leur potentiel addictif ne conduise les États à en restreindre strictement la vente.
Bibliographie
Sources et références
-
Courtney, K. E., & Ray, L. A. (2014). Methamphetamine: an update on epidemiology, pharmacology, clinical phenomenology, and treatment literature. Drug and Alcohol Dependence, 143, 11-21.
DOI: 10.1016/j.drugalcdep.2014.08.003 -
Yang, X., Wang, Y., Li, Q., Zhong, Y., Chen, L., Du, Y., ... & Chen, J. (2018). The main molecular mechanisms underlying methamphetamine-induced neurotoxicity and implications for pharmacological treatment. Frontiers in Molecular Neuroscience, 11, 186.
DOI: 10.3389/fnmol.2018.00186 -
Schwarzbach, V., Lenk, K., & Laufs, U. (2020). Methamphetamine-related cardiovascular diseases. ESC Heart Failure, 7(2), 407-414.
DOI: 10.1002/ehf2.12572 -
Arunogiri, S., Foulds, J. A., McKetin, R., & Lubman, D. I. (2018). A systematic review of risk factors for methamphetamine-associated psychosis. Australian & New Zealand Journal of Psychiatry, 52(6), 514-529.
DOI: 10.1177/0004867417748750 -
Foulds, J. A., Boden, J. M., McKetin, R., & Newton-Howes, G. (2020). Methamphetamine use and violence: Findings from a longitudinal birth cohort. Drug and Alcohol Dependence, 207, 107826.
DOI: 10.1016/j.drugalcdep.2019.107826 -
May, A. C., Aupperle, R. L., & Stewart, J. L. (2020). Dark times: the role of negative reinforcement in methamphetamine addiction. Frontiers in Psychiatry, 11, 114.
DOI: 10.3389/fpsyt.2020.00114 -
Dostalek, M., Jurica, J., Pistovcakova, J., Hanesova, M., Tomandl, J., Linhart, I., & Sulcova, A. (2007). Effect of methamphetamine on cytochrome P450 activity. Xenobiotica, 37(12), 1355-1366.
DOI: 10.1080/00498250701652877 -
Yasaei, R., & Saadabadi, A. (2024). Methamphetamine. StatPearls Publishing. NCBI Bookshelf.
NBK535356 -
Hildebrand, M. (2015). The psychometric properties of the drug use disorders identification test (DUDIT): a review of recent research. Journal of Substance Abuse Treatment, 53, 52-59.
DOI: 10.1016/j.jsat.2015.01.008