01Substance

Diacétylmorphine

L'héroïne est un opioïde puissant dérivé de la morphine, utilisé principalement pour ses effets analgésiques et euphorisants.

Psychotrope illégal
Arrêté du 22 février 1990 fixant la liste des substances classées comme stupéfiants · Annexe III

Les effets

Les dosages

Dosages indicatifs

Dosages (par voie)

Effets Inhalation Nasal Injection
Légers 5 - 15 mg 7.5 - 20 mg 1 - 5 mg
Moyens 15 - 25 mg 20 - 35 mg 5 - 8 mg
Forts 25 - 50 mg 35 - 50 mg 8 - 15 mg
Très forts 50 + mg 50 + mg 15 + mg

Valeurs indicatives — dépendant de la pureté, tolérance et méthode d'administration.

Durée / Phases

Phases Inhalation Nasal Injection
Début 10 - 20 scd ≈ 2 min ≈ 10 scd
Effets principaux 15 - 30 min ≈ 1.5 h 1 - 4 h
Descente 15 - 30 min 1 - 3 h 0.5 - 1 h
Effets résiduels 10 - 30 min 1.5 - 3 h ???

Durées approximatives — sujettes à variation suivant la dose, voie et métabolisme individuel.

Sous sa forme pure, l’héroïne est active à des doses de 5 mg et plus ; cependant, la substance se trouve le plus souvent dans une préparation contenant d’importantes impuretés. Ces impuretés peuvent résulter de défauts de traitement lors de la synthèse, de l’ajout d’agents de coupe nocifs ou inoffensifs, ou de la substitution de substances analogues beaucoup plus puissantes et dangereuses, telles que le fentanyl, falsifiées dans le produit final avant sa distribution.

Calculateurs de dose et dosage recommandé.

L'héroïne est une substance illégale dont la pureté peut varier considérablement. Il est important de connaître la puissance de votre produit pour adapter votre consommation.

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mg

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Dose indicative pour obtenir l'effet souhaité.

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Réduction des risques
Avant et pendant la consommation
  • Analysez votre produit — Faites tester votre substance (CAARUD, SpecTRUM) ; la pureté et la composition peuvent varier considérablement d'un lot à l'autre.
  • Commencez très bas — Dose test minimale, surtout sans analyse préalable. La puissance varie fortement suivant les lots.
  • Ne jamais consommer seul·e — La dépression respiratoire peut survenir rapidement et sans avertissement.
  • Naloxone à portée — Assurez-vous que votre entourage sait l'administrer (Nalscue® nasal ou injectable).
  • Évitez toute association — Alcool, benzodiazépines et autres opioïdes augmentent massivement le risque létal.
  • Ne redosez pas prématurément — L'effet peut être retardé jusqu'à 60 min par voie orale. Attendre avant d'évaluer.
En cas de surdose
  • Naloxone immédiatement — Administrer sans attendre ; répéter toutes les 2–3 min si nécessaire. La réponse peut être incomplète.
  • Position latérale de sécurité (PLS) — Si la personne est inconsciente mais respire.
  • Appeler le 15 ou le 112 — Même si la naloxone a rétabli la respiration (durée d'action courte ; risque de réapparition).
  • Ne jamais laisser seul·e — Rester présent·e jusqu'à l'arrivée des secours.
  • Signaler la dose consommée — C'est important pour le suivi médical et la prévention des complications.

Important : La naloxone ne couvre pas les effets liés aux récepteurs sigma. Un monitoring médical est indispensable même après retour de conscience.

La pharmacologie

Profil pharmacologique

CID 5462328 · DB01452

Mode d'action Agoniste des récepteurs opioïdes μ, κ et δ ; prodrogue rapidement hydrolysée en 6-MAM puis en morphine.

Formule chimique C₂₁H₂₃NO₅
Poids moléculaire 369.41g/mol
Demi-vie ~3min
LogP 1.6
H-donneurs 0
H-accepteurs 6
Métabolisation Estérases plasmatiques & hépatiques · UGT2B7

Mécanisme d'action

L’héroïne elle-même est une drogue inactive, mais elle est métabolisée en morphine lorsqu’elle est introduite dans le corps. Lorsqu’elle est prise par voie orale, l’héroïne subit un important métabolisme de premier passage par désacétylation, ce qui en fait une prodrogue pour l’administration systémique de la morphine. Toutefois, lorsque la drogue est injectée, elle évite cet effet de premier passage et traverse très rapidement la barrière hémato-encéphalique en raison de la présence de groupes acétyles qui la rendent beaucoup plus liposoluble, et donc plus puissante, que la morphine elle-même.

Les effets récréatifs de ce composé, notamment l’euphorie cognitive et l’euphorie physique, sont dus au fait que les opioïdes imitent structurellement les endorphines endogènes qui sont naturellement produites dans le corps et sont également actives sur les récepteurs μ-opioïdes situés dans le cerveau. La manière dont les opioïdes synthétiques tels que l’héroïne imitent structurellement ces endorphines naturelles est à l’origine de leurs effets euphorisants, analgésiques et anxiolytiques. En effet, les endorphines naturelles sont responsables de la réduction de la douleur, de la somnolence et des sensations de plaisir. Les endorphines peuvent être libérées en réponse à la douleur, à un exercice physique intense, à l’orgasme ou à l’excitation générale.

L'addictivité

Potentiel addictif

Voici les principaux facteurs contribuant à son potentiel addictif :

Facteurs génétiques

Les études sur jumeaux estiment que la composante héréditaire de l’addiction aux opioïdes est de l’ordre de 40 à 60 %Rivera, O. J. S., et al. (2018). Risk of heroin dependence in newly incident heroin users. JAMA Psychiatry, 75(8).
DOI:10.1001/jamapsychiatry.2018.1214
Wang, S.-C., et al. (2019). Opioid Addiction, Genetic Susceptibility, and Medical Treatments. IJMS, 20(17).
DOI:10.3390/ijms20174294
. Des variantes du gène OPRM1 (codant pour le récepteur μ-opioïde), notamment l’allèle A118G (Asp40)Crist, R. C., Reiner, B. C., & Berrettini, W. H. (2018). A review of opioid addiction genetics. Current Opinion in Psychology, 27, 31–35.
DOI:10.1016/j.copsyc.2018.07.014
Wang, S.-C., et al. (2019). Opioid Addiction, Genetic Susceptibility, and Medical Treatments. IJMS, 20(17).
DOI:10.3390/ijms20174294
, modifient la sensibilité aux opioïdes endogènes et exogènes. Des polymorphismes dans les gènes DRD2 et DAT1 — impliqués dans la transmission dopaminergique — influencent également la vulnérabilité individuelle à l’addiction.

Facteurs neurobiologiques

L’héroïne détourne le circuit mésolimbique de la récompenseMilella, M. S., et al. (2023). Heroin and its metabolites: relevance to heroin use disorder. Translational Psychiatry, 13(1), 120.
DOI:10.1038/s41398-023-02406-5
en levant l’inhibition GABAergique sur les neurones dopaminergiques de l’aire tegmentale ventrale, provoquant une libération massive de dopamine dans le noyau accumbens. Avec la répétition, le cerveau s’adapte par une tolérance (réduction des récepteurs disponibles) et une sensibilisation aux indices contextuels (lieux, rituels). Le craving est médié par des modifications durables de la plasticité synaptique dans le noyau accumbens.

Facteurs développementaux

Une première expérimentation précoce — à l’adolescence — multiplie significativement le risque de dépendance ultérieure, car le cerveau adolescent n’a pas encore achevé sa maturation frontale (contrôle des impulsions). Les traumatismes de l’enfance (maltraitance, négligence, violences) sont fortement associés au développement d’une addiction à l’âge adulte via une hyperactivation chronique des systèmes de stress et une vulnérabilité accrue aux effets analgésiques des opioïdes.

Facteurs environnementaux

La précarité socio-économique, le chômage, l’exposition à des pairs consommateurs et des conditions de logement instables augmentent le risque de consommation problématique et de rechute. Le stress chronique — douleur persistante, insécurité, discrimination — active les mêmes circuits neurobiologiques que la drogue, renforçant la vulnérabilité à l’addiction. L’accès à des services de soins et de réduction des risques constitue un facteur protecteur majeur souvent inégalement réparti selon les territoires.

Facteurs comportementaux

La voie d’administration est déterminante : l’injection intraveineuseDinis-Oliveira, R. J. (2019). Metabolism and metabolomics of opiates: a long way of forensic implications to unravel. J Forensic Legal Med, 61, 128–140.
DOI:10.1016/j.jflm.2018.12.005
produit un pic plasmatique quasi instantané et une euphorie intense, favorisant un conditionnement opérant très puissant. Les rituels de préparation et les contextes associés à la prise deviennent eux-mêmes des déclencheurs conditionnés du craving, indépendamment de toute consommation réelle — ce qui explique la fréquence élevée des rechutes, même après de longues périodes d’abstinence.

Facteurs liés à la drogue

La demi-vie très courte de l'héroïne (environ 3 minutes)Milella, M. S., et al. (2023). Heroin and its metabolites: relevance to heroin use disorder. Translational Psychiatry, 13(1), 120.
DOI:10.1038/s41398-023-02406-5
Dinis-Oliveira, R. J. (2019). Metabolism and metabolomics of opiates: a long way of forensic implications to unravel. J Forensic Legal Med, 61, 128–140.
DOI:10.1016/j.jflm.2018.12.005
et sa conversion rapide en 6-MAM puis morphine imposent des redosages fréquents pour maintenir l'effet, amplifiant le conditionnement. Le syndrome de sevrage physique intense — apparaissant dès 6 à 12 h après la dernière prise — constitue un puissant renforcement négatif : l'usager·e continue de consommer non plus pour rechercher le plaisir, mais pour éviter la souffrance du manque, rendant l'arrêt particulièrement difficile sans accompagnement médicalisé.

Évaluez vos consos avec le DUDIT !

Le Drug Use Disorder Identification Test Le questionnaire que vous pouvez utiliser sur cette page est réadapté du questionnaire DUDIT, utilisé par de nombreux professionnels de santé en addictologie. Hildebrand, M. (2015). The psychometric properties of the drug use disorders identification test (DUDIT): a review of recent research. Journal of substance abuse treatment, 53, 52-59.
DOI:10.1016/j.jsat.2015.01.008
, ou DUDIT, est un test que vous pouvez faire si vous avez un doute sur votre consommation. Seul.e vous pourrez voir le résultat.

Le questionnaire s'affiche une question à la fois. Répondez à la question actuelle pour passer à la suivante.

Tolérance et dépendance

L’héroïne présente un risque important d’addiction, surtout lorsqu’elle est consommée par voie injectable. Elle produit des effets importants même avec un petit volume, ce qui favorise son abus et les consommations compulsives.

"Lorsqu’on les observe dans un délai d’environ 1 à 12 mois après le début de la consommation d’héroïne, on estime que 23 % à 38 % des nouveaux consommateurs d’héroïne sont devenus dépendants de l’héroïne. La corrélation de rang et les analyses exploratoires post hoc permettent d’émettre l’hypothèse d’une augmentation récente des chances de devenir dépendant de l’héroïne."

Les risques sur la santé

Risques immédiats

Le danger immédiat le plus grave est la surdose, qui peut survenir même chez des consommateur·ices expérimenté·es. L'héroïne de rue présente une pureté extrêmement variable, et peut être coupée avec des analogues bien plus puissants — fentanyl, carfentanyl — sans que l'usager·e en soit informé·e. Une dose identique à celle d'un lot précédent peut ainsi devenir mortelle si la concentration est plus élevée. Le mécanisme principal du décès par surdose est la dépression respiratoire : les récepteurs opioïdes μ du tronc cérébral inhibent les centres de contrôle de la respiration, entraînant une hypoxie progressive, puis l'arrêt respiratoire en l'absence d'intervention rapide.

La voie injectable introduit des risques infectieux majeurs. Le partage de seringues ou de matériel de préparation expose à la contamination par le VIH, les hépatites B et C (dont la transmission par matériel partagé est particulièrement efficace), ainsi qu'à des infections bactériennes graves. Les abcès cutanés aux points d'injection sont fréquents, et peuvent évoluer vers des septicémies ou une endocardite infectieuse — infection des valves cardiaques pouvant engager le pronostic vital. La nécrose locale des tissus, observée parfois avec la « brown sugar » (héroïne peu purifiée coupée à la caféine ou à d'autres adjuvants), aggrave ces complications.

À retenir : En cas de surdose suspectée — respiration lente ou absente, lèvres bleutées, inconscience — administrer la naloxone sans attendre et appeler le 15. Même après récupération apparente, une surveillance médicale reste indispensable : la durée d'action de la naloxone est souvent inférieure à celle de l'opioïde en cause.

Risques à long terme

La consommation prolongée d'héroïne entraîne des modifications neurobiologiques durables. La dépendance physique s'installe rapidement — parfois en quelques jours de consommation quotidienne — et génère un syndrome de sevrage intense (douleurs musculaires, insomnies, sueurs, vomissements, diarrhées, anxiété sévère, craving) qui apparaît 6 à 24 heures après la dernière prise. Sur le plan cérébral, les études d'imagerie montrent une altération durable du cortex préfrontal — siège du contrôle des impulsions et de la prise de décision — ainsi qu'une dysrégulation persistante du système dopaminergique mésolimbique : le cerveau devient structurellement moins capable de ressentir du plaisir sans la substance (anhedonie).

Les complications somatiques sont nombreuses. L'hépatite C chronique non traitée — fréquente chez les usager·es par voie IV — peut évoluer en cirrhose ou carcinome hépatocellulaire. Les infections cardiovasculaires liées à l'injection (endocardite bactérienne, thrombophlébite) s'accompagnent parfois d'accidents emboliques graves. On observe également des lésions rénales (glomérulosclérose focale segmentaire en lien avec l'héroïne ou ses coupes), des pneumopathies (pneumonie par aspiration lors d'une surdose, embolies septiques), une dénutrition chronique et, sur le plan hormonal, une hypogonadisme, une aménorrhée et une diminution marquée de la libido. La dégradation dentaire et osseuse est également rapportée.

La dépendance comporte enfin une dimension psychiatrique et sociale lourde : dépression majeure, troubles anxieux, syndrome de stress post-traumatique (souvent antérieur à la dépendance ou aggravé par elle), isolement social, rupture professionnelle et expose à des situations de grande vulnérabilité (précarité, violences, conditions d'hygiène dégradées). Ces facteurs renforcent mutuellement le cycle de dépendance et compliquent l'accès aux soins.

Les mélanges

Interactions dangereuses

L'héroïne est particulièrement dangereuse associée à d'autres dépresseurs du système nerveux central. Ces combinaisons potentialisent la dépression respiratoire de façon synergique, souvent sans signe avant-coureur, et sont responsables d'une part importante des décès par surdose.

Combinaisons à risque de décès
Risque extrême — Association à éviter absolument
  • Benzodiazépines (diazépam, alprazolam, flunitrazépam…) — Potentialisation synergique et imprévisible de la dépression respiratoire. Combinaison impliquée dans une très grande part des overdoses mortelles en Europe. La naloxone ne reverse pas les effets des benzodiazépines.
  • Alcool — Dépresseur du SNC qui amplifie massivement le risque d'arrêt respiratoire. Même à dose modérée, l'alcool combiné à l'héroïne peut être fatal. La sédation peut masquer les signes précoces de surdose.
  • Autres opioïdes (méthadone, fentanyl, oxycodone…) — L'addition de deux agonistes μ multiplie le risque de surdose. La méthadone, à demi-vie longue (24–36 h), peut maintenir une dépression respiratoire bien après la dissipation des effets de l'héroïne.
  • GHB / GBL — Deux dépresseurs du SNC avec des mécanismes d'action distincts et une fenêtre thérapeutique très étroite. La combinaison induit une sédation profonde dont la gestion médicale est complexe, aucun antidote spécifique au GHB n'étant disponible en routine.
Risque élevé — Danger sérieux
  • Cocaïne / amphétamines (« speedball ») — Le stimulant masque les signes d'alerte de la surdose aux opioïdes. Lorsque l'effet stimulant s'estompe, la dépression respiratoire peut survenir brutalement. Risque cardiovasculaire élevé (arythmies, ischémie myocardique) dû à des sollicitations opposées du système nerveux autonome.
  • Antihistaminiques sédatifs / neuroleptiques — Potentialisent la sédation et le risque respiratoire, en particulier la prométhazine (Phénergan), parfois utilisée pour « booster » l'héroïne.
  • Kétamine / dissociatifs — La dépression respiratoire est exacerbée ; la perte de conscience et la désorientation compliquent la gestion d'une surdose.

Vérifiez vos mixtures !

Utilisez notre simulateur pour vérifier les interactions potentielles entre les opioïdes et d'autres substances. Un lien vers Mixtures.info vous est proposé à chaque simulation pour aller plus loin.

Opioïdes mélangés avec :

Les informations proviennent du travail de l'équipe de Mixtures.info.

Histoire et culture

Provenance de l'héroïne

L'Afghanistan a longtemps été le principal producteur mondial d'opium, la matière première dont est extraite l'héroïne. Avant 2022, le pays représentait entre 80 et 90 % de l'offre mondiale d'héroïne illicite, avec des superficies dédiées à la culture du pavot atteignant plus de 232 000 hectaresDobrowolski, W. (2024). Determinants and Prospects for the Development of the Opiate Economy in Afghanistan. Humanities and Social Sciences Quarterly, 31(1), 49–63.
DOI:10.7862/rz.2024.hss.03
Azizi, M., Hasam, S., & Qarizada, D. (2022). Production of Poppy Seed in Afghanistan and its Composition Effects: A Review. Asian J Chemical Sciences, 12(1).
DOI:10.9734/AJOCS/2022/v12i119135
. Cette hégémonie s'est construite sur plusieurs décennies de conflits armés, pendant lesquels différents acteurs — dont les talibans eux-mêmes — ont utilisé les revenus du trafic d'opium pour financer leurs opérations militaires. Dans le district de Bakwa, situé dans le désert du Helmand, des dizaines de milliers de personnes avaient afflué pour cultiver le pavot, faisant de cette zone reculée un véritable laboratoire économique du trafic international, générant des millions de dollars de revenus chaque mois.

En avril 2022, peu après leur retour au pouvoir, les talibans ont promulgué un décret d'interdiction stricte de la culture du pavot, signé par l'émir suprême Haibatullah Akhundzada. Ce que les États-Unis et leurs alliés n'avaient pas réussi à accomplir en vingt ans de guerre, le régime taliban l'a réalisé en deux ans de paix : fin 2025, l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC)Azizi, M. Q., et al. (2025). Revisiting Afghanistan's Drug Policy: A Policy Analysis of Eradication, Harm Reduction, and Economic Dependencies. Health Science Reports, 8(7), e71008.
DOI:10.1002/hsr2.71008
Dobrowolski, W. (2024). Determinants and Prospects for the Development of the Opiate Economy in Afghanistan. Humanities and Social Sciences Quarterly, 31(1).
DOI:10.7862/rz.2024.hss.03
confirmait que la superficie consacrée au pavot ne représentait plus que 4 % des 232 000 hectares cultivés avant 2022. Le district de Bakwa, autrefois bouillonnant d'activité, se retrouve dans une situation de quasi-effondrement économique. En éradiquant la culture qui leur avait servi à financer leur propre guerre, les mollahs ont fait d'une interdiction religieuse l'un des symboles de leur « pureté doctrinale ».

Les conséquences socio-économiques de cette éradication sont néanmoins profondes. Des millions de paysans afghans, qui tiraient leurs revenus principalement de la culture du pavot — bien plus rémunératrice que toute autre culture — se retrouvent aujourd'hui sans ressources alternatives crédibles. Selon l'ONU, les autorités islamistes craignent désormais de s'aliéner le soutien d'une partie de la population rurale, mécontente d'avoir perdu ses moyens de subsistance sans qu'aucune politique de substitution viable ne soit proposée. Sur les marchés mondiaux de l'héroïne, la contraction brutale de l'offre afghane s'est traduite par une forte hausse des prix et une réorientation progressive des flux vers d'autres pays producteurs — notamment le MyanmarNafeh, F., Werb, D., & Karamouzian, M. (2023). The ups and downs of harm reduction in Afghanistan. Lancet Regional Health – Southeast Asia, 13, 100186.
DOI:10.1016/j.lansea.2023.100186
Masomy, M. J. (2025). Why Opium Cultivation Has Not Ended in Afghanistan and What Is the Solution? Journal of World Affairs, 1(2), 159–164.
DOI:10.1177/29769442251350944
, dont la production de pavot a enregistré une expansion record depuis 2021, et l'Iran, devenu une plaque tournante du transit.

Usage et criminalisation

Les consommateur·ices d'héroïne sont souvent stigmatisé·es et criminalisé·es, ce qui complique l'accès aux soins et aux traitements adaptés. Pourtant, c'est bien un accès durable et sécurisé au produit qui permet aux personnes de vivre sereinement et de se concentrer sur des aspects essentiels de leur vie, comme le logement, la santé ou encore l'emploi.

"Dans les débats sur la mise en œuvre du traitement assisté à l’héroïne, il est communément admis que les avantages de ce traitement sont supérieurs aux coûts. Bien que le traitement à l’héroïne soit plus coûteux que la méthadone orale, plusieurs études concluent que le traitement à l’héroïne présente un meilleur rapport coût-bénéfice, principalement parce que le traitement à l’héroïne réduit de manière plus fiable et plus substantielle le niveau d’activité criminelle des participants."

  • Smart, R., & Reuter, P. (2022). Does heroin‐assisted treatment reduce crime? A review of randomized‐controlled trials. Addiction, 117(3), 518-531.
    DOI:10.1111/add.15601
  • Bibliographie