Une overdose est suspectée : que faire ?
Vous n'avez pas besoin d'être certain·e que la personne a consommé un opioïde. Une respiration absente, très lente ou irrégulière chez une personne impossible à réveiller suffit à traiter la situation comme une urgence vitale.
- Essayez de réveiller la personne en l'appelant fort et en la stimulant. Vérifiez si elle respire normalement.
- Appelez immédiatement le 15 ou le 112. Mettez le téléphone en haut-parleur : la régulation vous guidera pour les gestes de secours.
- Administrez la première dose de naloxone avec le dispositif disponible, conformément à sa notice. N'attendez pas l'arrivée des secours.
- Soutenez la respiration. Libérez les voies aériennes et commencez les gestes indiqués par les secours : insufflations si vous savez les faire, ou réanimation cardiopulmonaire si la personne ne respire pas normalement.
- Répétez après 2 à 3 minutes si la respiration ou l'état d'éveil ne s'améliore pas, ou si l'état se dégrade à nouveau. Pour un spray, utilisez un nouveau pulvérisateur et alternez les narines.
- Restez auprès de la personne. Si elle respire normalement, placez-la en position latérale de sécurité et surveillez-la jusqu'à l'arrivée des secours.
Une amélioration n'est pas la fin de l'urgence. La naloxone peut cesser d'agir avant l'opioïde. La dépression respiratoire peut donc revenir, notamment avec la méthadone, le fentanyl, la buprénorphine ou d'autres opioïdes à action prolongée.
Reconnaître une surdose d'opioïdes
Le signe qui compte le plus est la respiration. Un « ronflement » profond, des gargouillements ou de longues pauses respiratoires ne sont pas un sommeil normal.
Respiration
Absente, très lente, superficielle, irrégulière ou bruyante.
Conscience
La personne peut d'abord être très somnolente et avoir du mal à rester éveillée, puis ne plus répondre à la voix ni aux stimulations.
Coloration
Lèvres ou ongles bleutés, grisâtres ou violacés ; teint très pâle ou cendré selon la couleur de peau.
Corps
Corps mou, peau froide ou moite, ralentissement marqué.
Pupilles
Souvent très serrées, mais ce signe peut manquer ou être masqué par d'autres substances.
Doute
Une intoxication mixte est fréquente. La naloxone ne corrige que la part liée aux opioïdes.
Ce que fait réellement la naloxone
La naloxone est un médicament utilisé pour contrer les effets d'une surdose d'opioïdes comme l'héroïne, le fentanyl, la morphine ou la codéine. C'est un antagoniste des récepteurs opioïdes : elle se fixe sur ces récepteurs à la place de l'opioïde et bloque son action pendant une durée limitée.
En France, 80 % des décès par surdose sont dus aux opioïdes. L'administration précoce de naloxone pourrait éviter 4 décès par surdose sur 5. La naloxone, ça sauve des vies !
La naloxone se fixe sur les récepteurs opioïdes, surtout les récepteurs mu, et déplace temporairement les opioïdes qui dépriment la respiration. L'objectif n'est pas de réveiller complètement la personne : l'objectif est de rétablir une respiration suffisante.
En pharmacologie, la biodisponibilité désigne la proportion d'une substance qui atteint la circulation sanguine sous forme inchangée. La voie d'administration (orale, nasale, intramusculaire, intraveineuse, etc.) modifie cette biodisponibilité et donc la concentration du produit dans le sang. La voie intraveineuse est, en théorie, très proche de 100 %.
Une revue pharmacocinétique de 2024 estime la demi-vie d'élimination à environ 60 à 120 minutes. Pour les sprays concentrés, la biodisponibilité nasale tourne autour de 50 % et le pic sanguin moyen survient après 15 à 30 minutes. L'action commence avant ce pic, mais l'absorption varie beaucoup d'une personne à l'autre.
Ces chiffres ne permettent pas de convertir directement un spray en une injection. La dose inscrite sur le dispositif, la voie d'administration, la vitesse d'absorption et la formulation comptent toutes. Dire qu'un spray procure « 50 % de l'effet » d'une injection serait faux.
Si la naloxone est donnée par erreur
Elle n'inverse ni l'alcool, ni les benzodiazépines, ni les stimulants. En l'absence d'opioïde, elle a peu d'effet pharmacologique direct et son administration par erreur n'est pas dangereuse en elle-même ; l'urgence respiratoire doit malgré tout être prise en charge.
Si plusieurs produits ont été pris
La respiration peut s'améliorer sans retour complet de la conscience. Cela ne signifie pas que la naloxone a échoué : les autres dépresseurs continuent d'agir.
La pharmacologie
Profil pharmacologique
CID 5284596 · InChIKey UZHSEJADLWPNLE-GRGSLBFTSA-N
Mode d'actionAntagoniste compétitif des récepteurs opioïdes, surtout μ : elle déplace temporairement les opioïdes et peut restaurer la respiration lors d'une surdose.
Les kits disponibles en France
L'offre française comprend trois kits prêts à l'emploi. Les conditions ci-dessous proviennent de l'ANSM et de la Base de données publique des médicaments, consultées en août 2026.
PRENOXAD — intramusculaire
Seringue préremplie de 2 mL à 0,91 mg/mL. Elle contient cinq doses graduées de 0,4 mL. Une dose est injectée dans la cuisse ou le haut du bras, puis répétée toutes les 2 à 3 minutes si nécessaire. Pour l'adulte, sans ordonnance obligatoire.
VENTIZOLVE — intranasal
1,26 mg par pulvérisateur unidose ; deux pulvérisateurs par boîte. Une dose dans une narine, puis la seconde 2 à 3 minutes plus tard si nécessaire. Indiqué chez l'adulte, sans ordonnance obligatoire.
NYXOID — intranasal
1,8 mg par pulvérisateur unidose ; deux pulvérisateurs par boîte. Indiqué à partir de 14 ans. Délivré sur ordonnance et remboursable selon les conditions de l'Assurance maladie.
Pour chaque produit, la notice du kit reste la référence. Un pulvérisateur nasal ne sert qu'une fois : ne le testez pas avant utilisation.
Fentanyl : faut-il forcément une dose plus forte ?
Les données sont moins tranchées que le laisse entendre la formule « fentanyl = dose massive ». La revue pharmacologique de Saari et al. conclut que le fentanyl peut nécessiter davantage de naloxone que l'héroïne, mais qu'aucun essai contrôlé n'a encore établi la dose initiale optimale dans des surdoses aux opioïdes de synthèse.
Une autre revue estime que la grande majorité des surdoses présumées au fentanyl peuvent être renversées avec des doses standard répétées. Elle ne trouve pas de preuve rigoureuse qu'une formulation très fortement dosée fasse mieux que plusieurs doses standard. Cette revue est narrative, et certaines données de terrain qu'elle mobilise ne sont pas publiques : elle apporte un contrepoint utile, pas un verdict définitif.
Ce qui est solide
Disposer d'au moins deux doses, administrer la suivante après 2 à 3 minutes si nécessaire, soutenir la respiration et appeler immédiatement les secours.
Ce qui reste incertain
La meilleure dose initiale pour chaque fentanyloïde, la supériorité clinique des sprays très fortement dosés et la fréquence réelle des besoins en doses multiples.
En pratique, ne retardez jamais une dose disponible au motif qu'elle serait « trop faible ». Administrez-la, assurez la ventilation, puis répétez selon l'état de la personne et les consignes des secours.
Sevrage précipité et effets indésirables
Chez une personne physiquement dépendante aux opioïdes, la naloxone peut déclencher brutalement un manque : agitation, douleur, nausées, vomissements, diarrhée, sueurs, accélération du cœur ou hausse de la tension. Le risque et l'intensité augmentent avec la quantité de naloxone et le niveau de dépendance.
C'est très désagréable, parfois violent, mais ce risque ne justifie pas de laisser une personne sans respiration suffisante. Les recommandations cliniques cherchent à restaurer la respiration avec des doses successives plutôt qu'à provoquer un réveil brutal. Avec un kit grand public, suivez les doses prévues par la notice et répétez-les si la respiration reste insuffisante.
Des complications pulmonaires ou cardiovasculaires rares ont été rapportées après administration de naloxone. Leur attribution est difficile, car l'overdose, le manque d'oxygène et les co-consommations peuvent produire les mêmes complications. La balance bénéfice-risque reste très nettement favorable dans une surdose suspectée.
Où trouver de la naloxone ?
Vous pouvez demander un kit en pharmacie, en CSAPA, en CAARUD ou auprès d'un service d'addictologie hospitalier. VENTIZOLVE et PRENOXAD sont accessibles sans ordonnance ; NYXOID nécessite une prescription. La remise gratuite en CSAPA ou CAARUD dépend des produits disponibles dans la structure.
Depuis 2018 en France, la distribution de naloxone injectable ou en spray nasal est autorisée. Les CAARUD et les CSAPA peuvent notamment en assurer la distribution dans le cadre de la réduction des risques.
Le dispositif de réduction des risques à distance de SAFE peut aussi envoyer du matériel et orienter. SAFE propose une formation en ligne consacrée aux surdoses et à la naloxone.
Distribuer un kit ne suffit pas toujours
Une revue exploratoire a recensé douze programmes de distribution sans ordonnance dans des services d'urgence américains. Selon les programmes, environ 30 % à 70 % des patient·es ciblé·es recevaient effectivement de la naloxone. Le repérage, la remise directe, l'éducation, l'intervention de pair·es et l'association à la buprénorphine variaient fortement.
Une enquête en ligne américaine apporte une autre information : la plupart des personnes qui déclaraient porter de la naloxone ne l'avaient pas achetée. Les ventes en pharmacie sous-estiment donc la circulation réelle des kits. L'enquête reste américaine, transversale et auto-déclarée ; son suréchantillon de personnes déclarant une dépendance aux opioïdes n'est pas représentatif.
Deux idées reçues
« Donner de la naloxone encourage à consommer davantage »
Une revue systématique de sept études et 2 578 participant·es n'a trouvé aucune augmentation de l'usage d'héroïne, d'autres substances ou de la fréquence des overdoses après mise à disposition de naloxone.
« Le Suboxone contient déjà l'antidote »
Le Suboxone associe buprénorphine et naloxone pour décourager l'injection du médicament. Pris sous la langue comme prévu, la naloxone est très peu absorbée. Ce traitement ne remplace pas un kit de secours et ne protège pas automatiquement d'une surdose.
Les programmes associant éducation aux overdoses et distribution de naloxone améliorent durablement les connaissances et la capacité à intervenir. Une umbrella review de 2021 suggère aussi une réduction de la mortalité liée aux opioïdes, tout en soulignant le besoin d'études de meilleure qualité pour comparer les modalités de programme.