02Stimulant

(S)-3-(1-méthyl-2-pyrrolidinyl)pyridine

La nicotine est un alcaloïde toxique issu principalement de la plante de tabac Nicotiana tabacum, utilisé comme stimulant, particulièrement lors de l'inhalation de la fumée du tabac. C'est la drogue la plus consommée au monde et la plus addictive de tous les psychotropes connus.

Les effets

Les dosages

Dosages indicatifs

Dosages par voie

Effets Inhalation Buccal
Légers 0.2 – 0.8 mg 0.5 – 2 mg
Moyens 0.8 – 1.5 mg 2 – 4 mg
Forts 1.5 – 3.5 mg 4 – 6 mg
Très forts 3.5+ mg 6+ mg

Valeurs indicatives — dépendant de la pureté, tolérance et méthode d'administration.

Durée / Phases

Phase Inhalation Buccal
Début 20 – 30 sec 30 min
Effets principaux 2 – 5 min 5 – 20 min
Descente 1 – 2 h 1 – 2 h
Effets résiduels 1 – 3 h 2 – 6 h

Durées approximatives — sujettes à variation selon la dose, voie et métabolisme individuel.

La pharmacologie

Profil pharmacologique

Nicotine — structure moléculaire 2D
(S)-3-(1-méthyl-2-pyrrolidinyl)pyridine

CID 89594 · DB00184

Mode d'action Agoniste des récepteurs nicotiniques de l'acétylcholine (nAChR).

Formule chimique C₁₀H₁₄N₂
Poids moléculaire 162.23g/mol
Demi-vie ~2h
LogP 1.17
H-donneurs 0
H-accepteurs 2
Métabolisation CYP2A6 · CYP2B6

Nicotine et acétylcholine

La nicotine agit comme agonisteUn agoniste est une substance qui active un récepteur spécifique en se liant à celui-ci, mimant ainsi l'action d'un ligand naturel. des récepteurs nicotiniques de l'acétylcholine ou nAChR, qui sont des récepteurs pentamères activés par un ligand, situés dans tout le système nerveux central et périphérique.

Mécanisme d'action Explication simplifiée
La nicotine est une drogue stimulante qui agit comme un agoniste des récepteurs nicotiniques de l'acétylcholine. Il s'agit de récepteurs ionotropiques composés de cinq sous-unités homomériques ou hétéromériques. La configuration des récepteurs nicotiniques se compose de 5 sous-unités qui peuvent être soit α, soit β. Les différences dans la liaison de la nicotine permettent de classer les récepteurs en nAChR à haute affinité et à faible affinité, qui ont des effets différents sur l'apprentissage et la mémoire. Dans le cerveau, la nicotine se lie aux récepteurs nicotiniques de l'acétylcholine sur les neurones dopaminergiques dans les voies cortico-limbiques. Cela provoque l'ouverture du canal et permet la conduction de plusieurs cations, notamment le sodium, le calcium et le potassium. Cela conduit à une dépolarisation, qui active les canaux calciques voltage-dépendants et permet à davantage de calcium d'entrer dans le terminal axonal. Le calcium stimule le trafic vésiculaire vers la membrane plasmique et la libération de dopamine dans la synapse. La liaison de la dopamine à ses récepteurs est responsable des propriétés euphorisantes et addictives de la nicotine. La nicotine se lie également aux récepteurs nicotiniques de l'acétylcholine sur les cellules chromaffines de la médullosurrénale. La liaison ouvre le canal ionique, permettant l'afflux de sodium, ce qui provoque la dépolarisation de la cellule et active les canaux calciques voltage-dépendants. Le calcium déclenche la libération d'épinéphrine par les vésicules intracellulaires dans la circulation sanguine, ce qui provoque une vasoconstriction, une augmentation de la pression artérielle, une accélération du rythme cardiaque et une augmentation du taux de sucre dans le sang.
La nicotine imite un messager chimique naturel du cerveau, l'acétylcholine. Elle se fixe sur des « portes » spéciales (récepteurs nicotiniques) qui sont normalement activées par ce messager. Quand la nicotine s'y fixe, elle ouvre ces portes et laisse entrer des ions positifs dans le neurone. Cet afflux déclenche une réaction en chaîne : le neurone s'active, libère de la dopamine — le neurotransmetteur du plaisir — et c'est cette dopamine qui est responsable de la sensation de bien-être et de l'addiction. En parallèle, la nicotine agit aussi sur les glandes surrénales (au-dessus des reins), déclenchant la libération d'adrénaline. C'est cette adrénaline qui provoque l'accélération du cœur, la hausse de la pression artérielle et la sensation de « boost » physique.

L'addictivité

Potentiel addictif

La nicotine est très addictive, plus que n'importe quel autre psychotrope. Son utilisation répétée a de fortes chances d'entraîner une dépendance physique et psychologique, avec des symptômes de sevrage notables lors de l'arrêt de la consommation. Les estimations sont que 33 à 50 % des consommateurs quotidiens développeront une dépendance. Sur une vie entière, la probabilité de développer une dépendance est de 67.5 %.

Faire le point sur sa dépendance ? Le test de Fagerström — auto-évaluation nicotine en mesure l'intensité en quelques questions, de façon anonyme : utile notamment pour calibrer un sevrage.

Voici les principaux facteurs contribuant à son potentiel addictif :

Facteurs génétiques

L'addiction à la nicotine est hautement héritable, les estimations indiquent qu'environ 50 % (Boardman, 2010) de la variance de la dépendance peut être attribuée à des facteurs génétiques.

Facteurs neurobiologiques

La dépendance à la nicotine implique le système dopaminergique mésolimbique, qui contribue aux stimuli sensoriels gratifiants et aux processus d'apprentissage associatif dans les premiers stades de la dépendance. La nicotine se lie aux récepteurs neuronaux nicotiniques de l'acétylcholine (nAChR), qui se déclinent en une série de sous-types.

Facteurs développementaux

Lorsqu'ils consomment de la nicotine, les adolescents tendent à en consommer de plus grandes doses que les adultes. Ce comportement associé au développement du cerveau durant l'adolescence augmente le risque de développer une dépendance.

Facteurs environnementaux

Que ce soit au travers de la « pause clope », pour afficher une certaine maturité quand on est jeune, ou encore qu'on veuille simplement « faire comme les autres », il existe une forte pression sociale poussant à la consommation de nicotine.

Facteurs comportementaux

Consommer de la nicotine, notamment sous forme de tabac et de e-cigarette (ou même de snus aujourd'hui), cela peut être une stratégie pour sociabiliser ou lutter contre l'anxiété.

Facteurs liés à la drogue

La nicotine est principalement consommée sous forme de tabac ou de cigarette électronique. Le fait de fumer ou de vapoter régulièrement peut entraîner une dépendance physique et psychologique du fait de la circulation très rapide de la nicotine dans le cerveau. Plus une drogue entre et sort vite, plus le potentiel addictif est élevé.

Évaluez votre dépendance à la cigarette

Cette échelle de dépendance à la cigaretteL'échelle de dépendance à la cigarette utilisée sur cette page est adaptée du Cigarette Dependence Scale, un outil validé pour mesurer la dépendance au tabac. (Rohsenow, 2013) est un outil simple pour évaluer votre niveau de dépendance au tabac. Répondez honnêtement aux questions pour obtenir une estimation.

Le questionnaire s'affiche une question à la fois. Répondez à la question actuelle pour passer à la suivante.

Les risques sur la santé

Le tabac, c'est tabou !

France Info a publié un article sur la loi Evin pour ses 30 ans : retour sur la politique de lutte contre le tabac en France en quatre actes. Il permet d'avoir une idée de l'évolution du regard porté sur le tabac par la société et nous montre que l'on vient de loin sur cette affaire. On ne peut qu'imaginer les dégâts que cela aurait causé de ne pas restreindre la publicité et la consommation dans l'espace publique, ne serait-ce qu'au niveau du tabagisme passif.

Le tabac est la drogue qui provoque le plus de décès parmi les consommateurs de psychotropes. La dernière grosse étude, en 2015, nous montre que plus de 75 000 décès sont attribués à la consommation de tabac.

Évolution des nombres de décès attribuables au tabagisme chez les hommes et les femmes de 2000 à 2015, France métropolitaine.
Bulletin épidémiologique 2019.

"Le tabagisme est un déterminant majeur de la morbidité et de la mortalité évitables dans le monde. Plus d'un milliard de personnes fument, et si l'on n'augmente pas considérablement le nombre d'abandons, au moins la moitié d'entre elles mourront prématurément de complications liées au tabac. En outre, les personnes qui fument voient leur qualité de vie considérablement réduite. Les découvertes neurobiologiques ont permis d'identifier les mécanismes par lesquels la nicotine contenue dans le tabac affecte le système de récompense du cerveau et provoque la dépendance."

La cigarette électronique, un bon substitut à la cigarette traditionnelle ?

Depuis quelques années, nous voyons émerger toutes sortes de cigarettes électroniques, parfois d'une absurdité déconcertante sur le plan écologique. Mais ont-elles globalement un intérêt, au moins d'un point de vue sanitaire ? Les données cliniques et épidémiologiques de qualité sur les effets du vapotage sur la santé sont encore limitées. Il n'existe pas de données sur les effets à long terme sur la santé, ce qui reflète la relative nouveauté du vapotage et l'évolution rapide des produits de vapotage. Il est difficile de déterminer les effets sur la santé, même à court terme, chez les adultes, car la plupart des vapoteurs adultes sont d'anciens ou d'actuels fumeurs.

Certaines études (Polosa, 2019) montrent que le vapotage peut aggraver l'asthme, la bronchite et la toux, y compris chez les jeunes non-fumeurs. En revanche, d'autres études (Polosa, 2014) montrent que les fumeurs souffrant d'asthme ou de maladies pulmonaires obstructives chroniques voient leurs symptômes s'améliorer après être passés à l'e-cigarette. Des essais randomisés (Campagna, 2016) de passage de la cigarette à l'e-cigarette montrent une amélioration des symptômes respiratoires.

Il existe peu de preuves que les e-cigarettes présentent un risque significatif de cancer. Cependant, certaines études (Canistro, 2017) soulèvent des inquiétudes qui justifient un suivi à long terme des vapoteurs. Ainsi, de nombreux scientifiques ont conclu que le vapotage est probablement beaucoup moins dangereux que le tabagisme pour les raisons suivantes :

  • Le nombre de substances chimiques présentes dans la fumée de cigarette, plus de 7000, dépasse de 2 ordres de grandeur celui de l'aérosol de l'e-cigarette. Parmi les substances potentiellement toxiques communes aux deux produits, la fumée de cigarette contient généralement des quantités nettement plus importantes que l'aérosol d'e-cigarette — plusieurs études (Margham, 2016 ; Goniewicz, 2014) l'indiquent assez clairement. Toutefois, l'aérosol d'e-cigarette contient certaines substances que l'on ne trouve pas dans la fumée de cigarette.
  • Les biomarqueurs Un biomarqueur est une caractéristique biologique mesurable (molécule, gène, cellule, image) qui indique un processus physiologique normal, une maladie, son évolution, ou la réponse à un traitement, servant d'indicateur clé pour la médecine personnalisée, comme le taux de sucre pour le diabète ou l'APS pour le cancer de la prostate. reflétant l'exposition à des substances toxiques sont présents à des niveaux beaucoup plus élevés chez les fumeurs exclusifs de cigarettes que chez les vapoteurs exclusifs, et les études sur les fumeurs qui passent à l'e-cigarette constatent une diminution (Cravo, 2016) de l'exposition aux substances toxiques. Des données montrent que l'usage de la cigarette électronique semble moins exposer (Shahab, 2017) aux risques de cancer et aux composés organiques volatils.
  • Les tests de la fonction pulmonaire et vasculaire indiquent une amélioration chez les fumeurs de cigarettes qui passent à l'e-cigarette. Les utilisateurs exclusifs d'e-cigarettes (la plupart étant d'anciens fumeurs) signalent moins de symptômes respiratoires que les fumeurs de cigarettes et les double-utilisateurs.

Les mélanges

Vérifiez vos mixtures

Utilisez notre simulateur pour vérifier les interactions potentielles entre la nicotine et d'autres substances. Un lien vers Mixtures.info vous est proposé à chaque simulation pour aller plus loin.

Nicotine mélangée avec :

Les informations proviennent du travail de l'équipe de Mixtures.info.

Culture, histoire & récits

L'appropriation culturelle à des fins commerciales

Le tabac est une plante psychotrope consommée depuis des milliers d'années, on peut estimer le début de sa culture par des sociétés humaines à 2 000 à 3 000 ans. Il n'aura pas fallu longtemps après l'industrialisation de nombreux biens de consommation, comme le tabac, d'être l'objet d'un marketing intensif et jouant sur des codes culturels, notamment liés au système colonialiste. On appelle ça de l'appropriation culturelle, et de nombreuses marques de cigarettes n'ont pas hésité une seconde à se servir de l'image des amérindiens pour rendre leur produit plus attrayant.

Calumet de la paix
Harry Behn dans une cérémonie du « calumet de la paix » avec la tribu des Black Foot.

Cette exploitation de l'image amérindienne dans le marketing du tabac soulève des questions éthiques importantes, mais bien évidemment l'industrie s'en fout complètement.

"L'industrie du tabac a utilisé des images et des symboles amérindiens dans son image de marque, a véhiculé des stéréotypes nuisibles dans ses publicités et a exploité les relations avec le tabac sacré, détournant ainsi la tradition et la culture. L'industrie du tabac s'est approprié des traditions culturelles qui font partie intégrante de la vie de nombreux Amérindiens, à l'instar des tactiques utilisées dans d'autres communautés raciales/ethniques minoritaires, mais dans ce cas précis, en s'attaquant au cœur même des valeurs et des croyances amérindiennes."

Bibliographie

Le PDF local de Polosa et al. (2020), sur le suivi à cinq ans de personnes atteintes de BPCO, est indisponible. Le DOI de la publication reste accessible dans sa notice.