Kétamine
La kétamine est un anesthésique dissociatif utilisé à la fois en médecine humaine et vétérinaire. Elle est connue pour ses effets hallucinogènes et dissociatifs à des doses récréatives. La kétamine est souvent consommée par voie intranasale, orale ou intraveineuse, et peut provoquer des expériences hors du corps, des altérations de la perception et des effets sédatifs.
Les effets
Les dosages
Dosages indicatifs
Dosages (par voie)
| Effets | Oral | Nasal |
|---|---|---|
| Légers | 50 - 100 mg | 10 - 30 mg |
| Moyens | 100 - 300 mg | 30 - 75 mg |
| Forts | 300 - 450 mg | 75 - 150 mg |
| Très forts | 450 + mg | 150 + mg |
Valeurs indicatives — dépendant de la pureté, tolérance et méthode d'administration.
Durée / Phases
| Phases | Oral | Nasal |
|---|---|---|
| Début | 15 - 50 min | 15 - 30 min |
| Effets principaux | 45 - 90 min | 15 - 45 min |
| Descente | 3 - 6 h | 0.5 - 1 h |
| Effets résiduels | 4 - 8 h | 2 - 12 h |
Durées approximatives — sujettes à variation suivant la dose, voie et métabolisme individuel.
La kétamine est une substance contrôlée dont la pureté peut varier lorsqu'elle provient du marché noir. Il est important de connaître la puissance de votre produit pour adapter votre consommation.
Calculateurs de dose et dosage recommandé.
Y'a combien dans l'pochon ?
Calculez la quantité réelle de kétamine contenue dans votre produit.
Cliquez sur "Calculer" pour afficher le résultat ici.
Calculer la dose recommandée
Dose indicative pour obtenir l'effet souhaité.
Cliquez sur "Calculer" pour afficher le résultat ici.
Recommandations
Aux doses récréatives modérées (60–250 mg en intranasal, 200–300 mg en oral, d'après Marongiu et al. 2025Marongiu, S., et al.
(2025). Rising incidence of recreational ketamine use: Clinical cases and management in
emergency settings. Toxicology Reports, 14, 101940.
DOI:10.1016/j.toxrep.2025.101940), on observe
hallucinations, troubles moteurs, altération de la perception de la douleur, dissociation et euphorie.
Au-delà, le risque de basculer dans le K-hole augmente fortement, avec immobilité, dissociation
profonde et expériences proches de la mort imminente. Les cas fatals sont rares mais surviennent
à très fortes doses (autour d'1 g IV en mono-prise) ou lors de mélanges avec dépresseurs.
La pharmacologie
Profil pharmacologique
CID 3821 · DB01221
Mode d'action Antagoniste non compétitif des récepteurs NMDA du glutamate ; activité aux récepteurs opioïdes et monoaminergiques.
Mécanisme d'action
La kétamine est un antagoniste non compétitif et non sélectif des récepteurs NMDALes récepteurs NMDA (N-méthyl-D-aspartate) sont des récepteurs ionotropiques activés par le glutamate, principal neurotransmetteur excitateur du système nerveux central. Ils jouent un rôle clé dans la plasticité synaptique, l'apprentissage et la mémoire., principal récepteur du glutamate dans le système nerveux central. En bloquant l'entrée des ions calcium au niveau du canal NMDA, elle interrompt la transmission excitatrice glutamatergique sur certaines populations de neurones. Aux doses anesthésiques, cela produit une perte de conscience ; aux doses sub-anesthésiques, cela provoque l'état dissociatif caractéristique. La kétamine partage cette cible avec ses cousines plus anciennes — phencyclidine (PCP), eskétamine — et plus récentes (DCK, MXE, MXiPr, O-PCE, 3-HO-PCP).
Au niveau moléculaire, la kétamine se fixe à l'intérieur du canal ionique NMDA lorsque celui-ci est ouvert (blocage « use-dependent »). Le blocage simultané des récepteurs NMDA situés sur les interneurones GABAergiques provoque paradoxalement une désinhibition des neurones glutamatergiques pyramidaux du cortex préfrontal, avec une libération accrue de glutamate. Ce sursaut glutamatergique active à son tour les récepteurs AMPA et déclenche en aval des cascades de signalisation impliquant BDNF, mTOR et la synaptogenèse — hypothèse principale aujourd'hui pour expliquer l'effet antidépresseur rapide observé à dose sub-anesthésique.
La kétamine bloque les « portes » par lesquelles passe normalement le glutamate, le principal messager excitateur du cerveau. En coupant cette transmission sur certains circuits, elle produit l'état dissociatif. Mais en bloquant aussi les freins du système (les interneurones inhibiteurs), elle provoque paradoxalement un sursaut d'activité dans d'autres zones — notamment le cortex préfrontal — qui semble lié à son effet antidépresseur rapide.
Voies d'administration et biodisponibilité
Une revue de référence sur la pharmacologie de la kétamine et de ses métabolites (Zanos et al. 2018)Zanos, P., Moaddel, R.,
Morris, P. J., et al. (2018). Ketamine and ketamine metabolite pharmacology:
insights into therapeutic mechanisms. Pharmacological Reviews, 70(3),
621-660.
DOI:10.1124/pr.117.015198 récapitule les
biodisponibilités selon la voie : intraveineuse (référence, 100 %),
intramusculaire (~93 % chez l'adulte, environ 41 % chez l'enfant),
intranasale (45–50 %), intrarectale (25–30 %), orale
(16–29 %, en raison d'un fort effet de premier passage hépatique). La (S)-kétamine pure a une
biodisponibilité orale encore plus faible (8–11 %), ce qui explique partiellement pourquoi
Spravato est administré en spray nasal et non en comprimé.
Concentrations plasmatiques maximales : ~5 minutes en IM, 20–120 minutes en oral. Demi-vie de distribution rapide (7–11 min), demi-vie plasmatique de 2 à 4 h, demi-vie terminale de 7 à 12 h.
Métabolisme
La kétamine est métabolisée principalement par le cytochrome CYP3A4 hépatique en
norkétamine, son métabolite actif majeur (potentiel pharmacologique réduit), puis
en déshydronorkétamine et en métabolites hydroxylés conjugués à l'acide glucuronique.
D'après Dinis-Oliveira (2017)Dinis-Oliveira, R. J. (2017).
Metabolism and metabolomics of ketamine: a toxicological approach. Forensic
Sciences Research, 2(1), 2-10.
DOI:10.1080/20961790.2017.1285219,
seuls 2 % de la dose sont excrétés sous forme inchangée dans les urines, 2 % sous forme de
norkétamine, 16 % en déshydronorkétamine et environ 80 % sous forme de métabolites hydroxylés
conjugués. À noter : des doses fréquemment répétées prolongent le temps d'élimination jusqu'à
11 jours chez certains individus, et la norkétamine a été détectée dans les urines jusqu'à
14 jours après une dose unique IV chez des enfants.
Énantiomères : (R)- et (S)-kétamine
La kétamine commerciale est un mélange racémique 50/50 de deux énantiomères. La (S)-kétamine
(eskétamine) a une affinité 2 à 4 fois supérieure pour le récepteur NMDA et constitue la forme
approuvée par la FDA et l'EMA en 2019 pour la dépression résistante. Mais des données précliniques
et cliniques suggèrent que la (R)-kétamine pourrait avoir un effet antidépresseur
plus puissant et plus durable, avec moins d'effets psychotomimétiques et un potentiel d'abus
moindre — un point soulevé notamment par Van Amsterdam & Van Den Brink (2022)Van Amsterdam, J.,
& Van Den Brink, W. (2022). Harm related to recreational ketamine use and
its relevance for the clinical use of ketamine. Expert Opinion on Drug Safety, 21(1),
83-94.
DOI:10.1080/14740338.2021.1949454. Plusieurs
essais cliniques sur la (R)-kétamine sont en cours.
L'addictivité
Potentiel addictif : un risque modulé par le contexte
La kétamine occupe une position particulière sur le spectre des potentiels addictifs. Aux
États-Unis, elle est classée Schedule III (potentiel d'abus modéré-faible), contrairement au PCP
qui reste en Schedule II. En contexte clinique, sous supervision et à doses faibles à
intermédiaires, aucune dépendance n'a été rapportée dans les essais menés à ce
jour (Van Amsterdam & Van Den Brink, 2022)Van Amsterdam, J.,
& Van Den Brink, W. (2022). Harm related to recreational ketamine use and
its relevance for the clinical use of ketamine. A systematic review and comparison study.
Expert Opinion on Drug Safety, 21(1), 83-94.
DOI:10.1080/14740338.2021.1949454. À
l'inverse, en usage récréatif quotidien et à fortes doses, la dépendance s'installe : dans une
enquête sur 1 285 consommateurs récréatifs, 17 % répondaient aux critères de dépendance. Cette
différence majeure tient à la dose cumulée : les gros consommateurs récréatifs
sont exposés à environ 90 fois la dose cumulée d'un patient traité cliniquement.
Facteurs génétiques
...
Facteurs neurobiologiques
...
Facteurs développementaux
...
Facteurs environnementaux
...
Facteurs comportementaux
...
Facteurs liés à la drogue
...
Évaluez vos consos avec le DUDIT !
Le
Drug Use Disorder Identification Test
Le questionnaire que vous pouvez
utiliser sur cette page est réadapté du questionnaire DUDIT, utilisé par de nombreux
professionnels de santé en addictologie.
Hildebrand, M. (2015).
The psychometric properties of the drug use
disorders identification test (DUDIT): a review of recent research. Journal of
substance abuse treatment, 53, 52-59.
DOI:10.1016/j.jsat.2015.01.008,
ou DUDIT, est un test que vous pouvez faire si vous avez un doute sur votre consommation. Seul.e
vous pourrez voir le résultat.
Le questionnaire s'affiche une question à la fois. Répondez à la question actuelle pour passer à la suivante.
Les risques sur la santé
Cystite ulcéreuse et atteinte urologique
C'est le risque physique signature de la consommation chronique de kétamine. Décrite pour la première fois en 2007 par Shahani sur une série de neuf consommateurs quotidiens, la cystite à kétamine — ou « K-bladder » — est une inflammation et une fibrose de la paroi vésicale qui peut évoluer vers une réduction sévère de la capacité vésicale, une hématurie, des douleurs pelviennes intenses, et dans les cas les plus avancés une atteinte des voies urinaires hautes (hydronéphrose, sténose urétérale, insuffisance rénale chronique).
« Outre les effets psychologiques, la kétamine a démontré, chez les consommateurs au long cours, des conséquences néfastes sur les voies urinaires. La toxicité ne se limitait pas à la vessie : une atteinte des voies urinaires supérieures était possible. L'hydronéphrose, présente chez plusieurs consommateurs, est liée à la contraction de la vessie, à une sténose urétérale, à un reflux vésico-urétéral ou à une altération de la fonction péristaltique. L'insuffisance rénale chronique peut être la conséquence finale de l'uropathie induite par la kétamine. »
Les usagers en quête de soins urologiques pour des troubles liés à la kétamine présentent aussi fréquemment des « K-cramps » — des douleurs abdominales hautes (épigastriques) parfois sévères, accompagnées de vomissements récurrents et de saignements digestifs. Ces symptômes gastro-intestinaux précèdent souvent l'apparition des symptômes urinaires et sont associés à une plus longue durée de consommation. Bonne nouvelle : un soulagement spontané est observé chez 85 % des anciens usagers, contre seulement 21 % des usagers actifs — l'arrêt reste le geste thérapeutique le plus efficace.
Cognition, mémoire et altérations cérébrales
Les seize études contrôlées analysées par Van Amsterdam et Van Den Brink (2022) montrent toutes de manière convergente que la consommation chronique récréative (durée moyenne 3 à 9 ans) entraîne des déficits cognitifs : mémoire verbale immédiate et différée, mémoire visuelle, mémoire de travail, attention soutenue, fonctions exécutives, fluence verbale. Les tailles d'effet sont substantielles, souvent supérieures à 1 (effet « grand » au sens statistique).
Une étude de référence menée à Hong Kong a comparé 165 usagers chroniques à des contrôles non
consommateurs, après une période d'abstinence. Les usagers présentaient des déficits significatifs
de la mémoire verbale (immédiate, différée et de reconnaissance), de la mémoire visuelle, et de
l'attention auditive soutenue (Ke et al. 2018)Ke, X., Ding, Y., Xu, K., et al.
(2018). The profile of cognitive impairments in chronic ketamine users.
Psychiatry Research, 266, 124-131.
DOI:10.1016/j.psychres.2018.05.050. Plusieurs
études ont aussi documenté, par IRM, une réduction de l'épaisseur corticale dans
le cortex préfrontal et des anomalies de la substance blanche frontale chez les usagers chroniques,
avec une corrélation négative entre la consommation cumulée à vie et l'intégrité du faisceau
frontal — autant d'indices d'une atteinte structurelle, et pas seulement fonctionnelle.
Un point important : une grande partie de ces déficits sont réversibles après l'arrêt. Tang et al. (2019) ont suivi 114 usagers chroniques et observé une amélioration statistiquement significative de la mémoire verbale et visuelle après 12 semaines d'abstinence. Plusieurs autres études retrouvent que les anciens usagers ne se distinguent plus des contrôles sur les tâches cognitives. Les déficits semblent donc liés à l'exposition active plutôt qu'à des lésions définitives.
Neurotoxicité : ce que disent les études animales
Depuis la publication d'Olney et al. en 1989Olney, J. W., Labruyere, J., & Price, M. T.
(1989). Pathological changes induced in cerebrocortical neurons by phencyclidine and
related drugs. Science, 244(4910), 1360-1362.
DOI:10.1126/science.2660263, on sait que
les antagonistes NMDA (PCP, kétamine, MK-801) induisent chez le rat adulte la formation de
vacuoles intra-neuronales dans les cortex cingulaire et rétrosplénial après une
dose unique. Sur des expositions plus longues, des études chez le singe cynomolgus adolescent
ont rapporté une mort neuronale apoptotique dans le cortex préfrontal après
6 mois d'administration quotidienne (Sun et al. 2014, Addiction Biology), ainsi que la
présence de tau hyperphosphorylée — biomarqueur retrouvé dans la maladie
d'Alzheimer — dans le cortex préfrontal et entorhinal après 3 à 6 mois (Yeung et al. 2010,
Toxicology Letters).
Ces résultats restent à interpréter avec prudence : les doses, les voies et les durées d'administration utilisées chez l'animal ne sont pas directement transposables à l'usage humain. Mais ils convergent suffisamment, avec les données d'imagerie chez l'humain, pour justifier une vigilance accrue sur les usages quotidiens à fortes doses au long cours.
Kétamine et dépression : ce que disent vraiment les essais
Depuis la publication séminale de Berman et al. en 2000 sur 7 patient·es à Yale, la kétamine est explorée comme antidépresseur d'action rapide chez les personnes ne répondant pas aux traitements classiques. En 2019, l'eskétamine a été approuvée par la FDA et l'EMA sous le nom commercial Spravato, en spray nasal, pour la dépression résistante. C'est une rupture historique — un dissociatif qu'on connaissait surtout comme anesthésique et drogue récréative devient officiellement un médicament psychiatrique. Forcément, ça mérite qu'on regarde les données de près.
La revue multidisciplinaire de Moore et al. (2022)Moore, T. J., Alami, A., Alexander, G. C.,
& Mattison, D. R. (2022). Safety and effectiveness of NMDA receptor
antagonists for depression: A multidisciplinary review. Pharmacotherapy, 42(7),
567-579.
DOI:10.1002/phar.2707 synthétise 60 ans
de littérature et soulève trois constats qui contrastent avec le récit médiatique dominant :
1. Les essais de phase 3 sur l'eskétamine sont nettement plus modestes que les premiers essais sur kétamine racémique. Sur les trois essais pivots TRANSFORM-1, -2 et -3, un seul a atteint son critère principal d'efficacité statistique (TRANSFORM-2), avec une différence de score MADRS de 4 points sur une échelle de 0 à 60 — significative mais cliniquement modeste, du même ordre que les antidépresseurs standards. TRANSFORM-1 (doses fixes) et TRANSFORM-3 (personnes de plus de 65 ans) n'ont pas montré de différence significative.
2. L'argument du « rapid onset » ne tient pas en phase 3. Aucun des trois essais n'a atteint le critère secondaire de réduction de 50 % du score MADRS dès J2. Et fait notable : dans le bras placebo, où les patient·es étaient aussi mis sous nouvel antidépresseur, on observe une baisse rapide parallèle. Moore et al. en tirent une hypothèse dérangeante : une partie significative du bénéfice observé viendrait moins de l'effet pharmacologique de l'eskétamine que du changement de modalité de soin — consultations dédiées, environnement médicalisé, supervision de deux heures, sentiment d'être pris en charge.
3. L'effet anti-suicidaire n'a pas été démontré. Trois essais (PERSEVERE, ASPIRE-1, ASPIRE-2) ont testé l'eskétamine chez des personnes en idéation suicidaire active. Aucun n'a montré de réduction significative de la suicidalité comparée aux soins habituels, quelle que soit l'échelle utilisée. La FDA a quand même accordé une extension d'indication en 2020, avec une mention pour le moins paradoxale dans la notice : « L'efficacité de Spravato dans la prévention du suicide ou la réduction des idées ou comportements suicidaires n'a pas été démontrée. »
Ce n'est pas pour dire que la kétamine ne marche jamais : elle aide manifestement certaines personnes en dépression résistante. C'est pour dire que l'effet moyen est plus modeste que le récit médiatique, que la communauté scientifique reste divisée sur la solidité du dossier d'AMM, et que les données sur la sécurité au long cours restent lacunaires. Si tu envisages un protocole kétamine ou eskétamine pour une dépression, pose des questions précises à ton médecin — bénéfices attendus, durée, suivi — et garde en tête qu'il s'agit d'un traitement jeune dont on ne connaît pas encore tous les effets sur la durée.
Urgences hospitalières : profils d'intoxications
L'augmentation rapide de la prévalence récréative en Europe se traduit par une hausse des
consultations en urgence. Une série de cas récente publiée par Marongiu et al. (2025)Marongiu, S.,
van Eijk, M., Gresnigt, F. M. J., Croes, E. A., & Franssen, E. J. F. (2025).
Rising incidence of recreational ketamine use: Clinical cases and management in
emergency settings. Toxicology Reports, 14, 101940.
DOI:10.1016/j.toxrep.2025.101940 à
l'hôpital OLVG d'Amsterdam illustre les trois grands tableaux observés :
- Sédation profonde lors d'un mélange avec dépresseurs (alcool, oxazépam) : perte de conscience, apnées, vomissements, instabilité posturale. Le mélange kétamine + dépresseurs du SNC potentialise le risque de dépression respiratoire — c'est le scénario le plus directement dangereux à court terme.
- Rétention urinaire aiguë liée à un usage chronique non identifié, parfois révélé en urgence après une consommation festive (ex : 655 mL de rétention chez un patient de 24 ans, nécessitant un sondage). Dans ces cas, des symptômes urologiques persistent souvent à distance, signant une cystite à kétamine installée.
- Polyconsommation avec MDMA, cocaïne, alcool, benzodiazépines : la kétamine est rarement consommée seule en festif. Aux Pays-Bas, sur les 6 411 incidents drogue rapportés en 2022, 6 % impliquaient la kétamine — presque toujours en mélange.
Important pour la RdR : la kétamine n'est pas incluse dans les panels standards de dépistage urinaire en urgence. Sa présence est souvent déduite du récit du patient ou de ses proches plutôt que confirmée — ce qui peut compliquer l'évaluation des intoxications mixtes.
Contre-indications
- Troubles cardiovasculaires
- Antécédents psychiatriques
- Pathologies urologiques
- Grossesse & allaitement
- Insuffisance hépatique
Les mélanges
Interactions dangereuses
Les mélanges les plus risqués impliquent d'autres dépresseurs du système nerveux central. L'association kétamine + alcool, kétamine + GHB/GBL, kétamine + opioïdes, kétamine + benzodiazépines potentialise la sédation et la dépression respiratoire. C'est dans ces configurations que surviennent la majorité des intoxications graves rapportées en urgence : perte de conscience, apnées, fausses routes, vomissements pendant la sédation. Le risque est cumulatif et non additif — deux dépresseurs ensemble font plus que la somme de leurs effets séparés.
Les mélanges avec stimulants (MDMA, cocaïne, amphétamines) modifient qualitativement l'expérience mais exposent à d'autres risques : tachycardie, hypertension, hyperthermie, et masquage de la fatigue qui peut conduire à des doses dangereuses. Le mélange kétamine + MDMA majore aussi le risque de rétention urinaire aiguë (la MDMA stimule les récepteurs alpha du sphincter urétral, la kétamine altère déjà la fonction vésicale — l'addition peut bloquer complètement la miction).
Vérifiez vos mixtures !
Utilisez notre simulateur pour vérifier les interactions potentielles entre la kétamine et d'autres substances. Un lien vers Mixtures.info vous est proposé à chaque simulation pour aller plus loin.
Kétamine mélangée avec :
Les informations proviennent du travail de l'équipe de Mixtures.info.
Histoire et culture
De la phencyclidine à la kétamine : naissance d'un anesthésique
La kétamine a été synthétisée en 1962 par Calvin Stevens, chimiste chez Parke-Davis, dans une recherche explicite d'un dérivé de la phencyclidine (PCP, commercialisée à l'époque sous le nom de Sernyl) qui aurait moins d'effets hallucinogènes et une durée d'action plus courte. Le PCP, lui, avait été retiré de l'usage anesthésique humain à cause de psychoses prolongées chez les patients en phase de réveil. Premiers essais cliniques en 1964 chez des prisonniers volontaires — pratique qui ne passerait évidemment plus aujourd'hui — puis approbation par la FDA en 1970.
Edward Domino, l'un des principaux chercheurs ayant développé la molécule, a baptisé l'état induit « dissociative anesthesia » à la suggestion de sa femme — terme qui décrit l'impression d'être déconnecté de son propre corps tout en restant éveillé. La kétamine devient rapidement l'anesthésique de choix sur le terrain pendant la guerre du Vietnam, grâce à son énorme avantage de ne pas provoquer de dépression respiratoire ni d'hypotension significative aux doses anesthésiques. Elle reste aujourd'hui sur la liste des médicaments essentiels de l'OMS, notamment pour les contextes où l'oxygène et le monitoring respiratoire ne sont pas disponibles.
L'usage récréatif : du laboratoire à la dancefloor
L'usage récréatif émerge dès les années 1965 — quasi simultanément à l'introduction médicale. Détournement de stocks vétérinaires, fuites depuis les hôpitaux, bouche-à-oreille dans les contre-cultures californiennes. Le philosophe et neuroscientifique John C. Lilly en fait un usage personnel intensif et publie sur ses expériences. Marcia Moore, psychiatre, publie Journeys into the Bright World (1978), récit visionnaire de ses voyages kétaminés — elle disparaîtra peu après, retrouvée morte plusieurs mois plus tard.
L'usage festif explose au Royaume-Uni dans la décennie 2000-2010 sur les scènes dance et rave, avec une prévalence atteignant 16 % d'usage actuel chez certains publics de clubs. La tendance gagne ensuite continentale, et plus récemment Hong Kong, la Chine continentale et l'Asie du Sud-Est où la kétamine devient l'une des drogues illicites les plus consommées. Aux Pays-Bas, l'usage chez les jeunes adultes en milieu festif est passé de 0,6 % en 2018 à 1,2 % en 2023, et atteint 25 % de prévalence annuelle parmi les fréquentant·es de clubs et festivals — un quart d'entre elles et eux en consomment au moins une fois par mois.
Le tournant antidépresseur (2000–2019)
En 2000, l'équipe de Robert Berman et Dennis Charney à Yale publie dans Biological Psychiatry les résultats d'un essai pilote sur 7 patient·es en dépression majeure : une perfusion unique de 0,5 mg/kg de kétamine produit une chute de 42 % du score Hamilton à 72 h. C'est le coup d'envoi de quinze ans de recherche académique sur la kétamine comme antidépresseur d'action rapide. L'argument de la rapidité — quelques heures contre plusieurs semaines pour les ISRS — séduit la communauté psychiatrique.
En 2013, Janssen Pharmaceuticals dépose un brevet sur l'eskétamine en spray nasal et engage un programme de phase 3 négocié avec la FDA. En mars 2019, malgré deux essais pivots sur trois qui n'atteignent pas leur critère principal, la FDA approuve Spravato pour la dépression résistante. L'EMA suit en décembre. C'est la première nouvelle classe d'antidépresseurs approuvée depuis des décennies — et c'est aussi un des cas les plus discutés dans la littérature pharmaco-épidémiologique récente, plusieurs commentaires critiques pointant la solidité limitée du dossier (voir la section Risques sur la santé).
En parallèle, des centaines de « ketamine clinics » ouvrent aux États-Unis, proposant la kétamine racémique en perfusion off-label pour la dépression, le SSPT, les douleurs chroniques, le TOC. Aucune de ces structures n'est soumise au programme REMS strict encadrant Spravato. En France, les pratiques restent plus encadrées : la kétamine est utilisée essentiellement à l'hôpital en algologie et, depuis quelques années, dans certains protocoles psychiatriques hospitaliers.
Démystifier : non, la kétamine n'est pas un « produit pour chevaux »
Le mythe le plus tenace : « la kétamine, c'est pour endormir les chevaux ». C'est faux historiquement et faux dans l'usage actuel. La kétamine a été développée pour l'anesthésie humaine, spécifiquement pour remplacer le PCP chez l'humain. Elle est utilisée en pédiatrie, en médecine d'urgence, en zone de guerre, dans les pays à faibles ressources — précisément parce que c'est l'un des anesthésiques les plus sûrs disponibles. Son usage vétérinaire (chez les chevaux et d'autres espèces) existe et exploite les mêmes propriétés, mais il est venu après son usage humain, pas avant.
Autre mythe à déconstruire : l'idée que la kétamine se « recristalliserait » dans la vessie et que ce phénomène serait à l'origine de la cystite. Aucune donnée ne soutient cette affirmation. Le mécanisme exact de la cystite à kétamine reste partiellement compris, mais il implique vraisemblablement une toxicité directe de la kétamine et de ses métabolites sur l'urothélium, avec une réponse inflammatoire chronique et une fibrose secondaire — pas une précipitation cristalline.
Bibliographie
- Olney, J. W., Labruyere, J., & Price, M. T. (1989).
Pathological changes induced in cerebrocortical neurons by phencyclidine and related
drugs. Science, 244(4910), 1360-1362.
DOI:10.1126/science.2660263 - Berman, R. M., Cappiello, A., Anand, A., et al. (2000).
Antidepressant effects of ketamine in depressed patients. Biological Psychiatry,
47(4), 351-354.
DOI:10.1016/S0006-3223(99)00230-9 - Domino, E. F., & Warner, D. S. (2010). Taming
the ketamine tiger. Anesthesiology, 113(3), 678-684.
DOI:10.1097/ALN.0b013e3181ed09a2 - Yeung, L. Y., Wai, M. S. M., Fan, M., et al. (2010).
Hyperphosphorylated tau in the brains of mice and monkeys with long-term administration
of ketamine. Toxicology Letters, 193(2), 189-193.
DOI:10.1016/j.toxlet.2010.01.008 - Morgan, C. J. A., Curran, H. V., & Independent Scientific
Committee on Drugs. (2012). Ketamine use: a review. Addiction, 107(1),
27-38.
DOI:10.1111/j.1360-0443.2011.03576.x - Sun, L., Li, Q., Li, Q., et al. (2014). Chronic
ketamine exposure induces permanent impairment of brain functions in adolescent cynomolgus
monkeys. Addiction Biology, 19(2), 185-194.
DOI:10.1111/adb.12004 - Lodge, D., & Mercier, M. S. (2015). Ketamine
and phencyclidine: the good, the bad and the unexpected. British Journal of
Pharmacology, 172(17), 4254-4276.
DOI:10.1111/bph.13222 - Dinis-Oliveira, R. J. (2017). Metabolism and
metabolomics of ketamine: a toxicological approach. Forensic Sciences Research, 2(1),
2-10.
DOI:10.1080/20961790.2017.1285219 - Short, B., Fong, J., Galvez, V., Shelker, W., & Loo, C. K.
(2018). Side-effects associated with ketamine use in depression: a systematic review.
The Lancet Psychiatry, 5(1), 65-78.
DOI:10.1016/S2215-0366(17)30272-9 - Zanos, P., Moaddel, R., Morris, P. J., et al. (2018).
Ketamine and ketamine metabolite pharmacology: insights into therapeutic mechanisms.
Pharmacological Reviews, 70(3), 621-660.
DOI:10.1124/pr.117.015198 - Ke, X., Ding, Y., Xu, K., et al. (2018). The profile
of cognitive impairments in chronic ketamine users. Psychiatry Research, 266,
124-131.
DOI:10.1016/j.psychres.2018.05.050 - Nowacka, A., & Borczyk, M. (2019). Ketamine
applications beyond anesthesia – A literature review. European Journal of Pharmacology,
860, 172547.
DOI:10.1016/j.ejphar.2019.172547 - Popova, V., Daly, E. J., Trivedi, M., et al. (2019).
Efficacy and safety of flexibly dosed esketamine nasal spray combined with a newly
initiated oral antidepressant in treatment-resistant depression: a randomized double-blind
active-controlled study. American Journal of Psychiatry, 176(6), 428-438.
DOI:10.1176/appi.ajp.2019.19020172 - Acevedo-Diaz, E. E., Cavanaugh, G. W., Greenstein, D., et al.
(2020). Comprehensive assessment of side effects associated with a single dose of
ketamine in treatment-resistant depression. Journal of Affective Disorders, 263,
568-575.
DOI:10.1016/j.jad.2019.11.028 - Castellani, D., Pirola, G. M., Gubbiotti, M., et al.
(2020). What urologists need to know about ketamine-induced uropathy: a systematic
review. Neurourology and Urodynamics, 39(4), 1049-1062.
DOI:10.1002/nau.24341 - Zhong, J., Wu, H., Wu, F., et al. (2021). Cortical
thickness changes in chronic ketamine users. Frontiers in Psychiatry, 12,
645471.
DOI:10.3389/fpsyt.2021.645471 - Van Amsterdam, J., & Van Den Brink, W. (2022).
Harm related to recreational ketamine use and its relevance for the clinical use of
ketamine. A systematic review and comparison study. Expert Opinion on Drug Safety,
21(1), 83-94.
DOI:10.1080/14740338.2021.1949454 - Moore, T. J., Alami, A., Alexander, G. C., & Mattison, D. R.
(2022). Safety and effectiveness of NMDA receptor antagonists for depression: A
multidisciplinary review. Pharmacotherapy, 42(7), 567-579.
DOI:10.1002/phar.2707 - Strous, J. F. M., Weeland, C. J., van der Draai, F. A., et al.
(2022). Brain changes associated with long-term ketamine abuse, a systematic review.
Frontiers in Neuroanatomy, 16, 795231.
DOI:10.3389/fnana.2022.795231 - Marongiu, S., van Eijk, M., Gresnigt, F. M. J., Croes, E. A.,
& Franssen, E. J. F. (2025). Rising incidence of recreational ketamine
use: Clinical cases and management in emergency settings. Toxicology Reports, 14,
101940.
DOI:10.1016/j.toxrep.2025.101940
Rapports et ressources
- WHO Expert Committee on Drug Dependence. (2015). Ketamine (INN) — Update Review Report. 37th Meeting, Geneva. Lien
- European Union Drugs Agency (EUDA). European Drug Report 2024
- FDA. Spravato (esketamine) Prescribing Information & REMS Program. Document FDA
- European Medicines Agency (EMA). Spravato — EPAR
- PsychonautWiki. Ketamine