3,4-Méthylènedioxy-N-éthylamphétamine
La MDEA, aussi appelée MDE ou « Eve », est un entactogène de la famille des amphétamines méthylènedioxy. Elle est proche de la MDMA, mais son profil est généralement décrit comme plus court, moins stimulant et plus sédatif ou « stoning ».
Les effets
La MDEA partage le socle empathogène des substances MDxx : chaleur émotionnelle, euphorie, intensification tactile et sociabilité. La différence principale avec la MDMA est son versant plus posé : moins de poussée stimulante, moins d'envie de bouger, mais davantage de lourdeur corporelle et de tranquillisation chez une partie des usager·es.
Descente (lendemain)
Les dosages
Dosages indicatifs
Dosages (par voie)
| Effets | Oral |
|---|---|
| Légers | 40 - 120 mg |
| Moyens | 120 - 180 mg |
| Forts | 180 - 225 mg |
| Très forts | 225 + mg |
Valeurs indicatives — dépendant de la pureté, tolérance et méthode d'administration.
Durée / Phases
| Phases | Oral |
|---|---|
| Début | 0.5 - 1.5 h |
| Effets principaux | 1.5 - 2 h |
| Descente | 1 - 2 h |
| Effets résiduels | jusqu'à 2 jours |
Durées approximatives — sujettes à variation suivant la dose, voie et métabolisme individuel.
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La pharmacologie
La MDEA (3,4-méthylènedioxy-N-éthylamphétamine) — aussi appelée MDE ou « Eve » — est l'homologue éthylé de la MDMA : là où la MDMA porte un groupe méthyle (–NHCH₃) sur son azote, la MDEA porte un groupe éthyle (–NHCH₂CH₃). Ce changement apparemment modeste modifie fortement le profil pharmacologique : la MDEA devient nettement plus sélective pour la sérotonine, avec une action très réduite sur la noradrénaline et la dopamine. Les effets sont plus doux, plus courts et moins stimulants que ceux de la MDMA.
Profil pharmacologique
CID 105039 · CAS 82801-81-8
Mode d'action Libération sélective de sérotonine · Libération partielle de dopamine · Faible action sur la noradrénaline.
Mécanisme d'action
La MDEA agit, comme les autres MDxx, en pénétrant dans les terminaisons nerveuses via les transporteurs de monoamines et en inversant leur fonctionnement. Mais le groupe éthyle sur l'azote change radicalement la sélectivité du composé : la MDEA est un agent libérateur très sélectif pour la sérotonine, avec une action fortement réduite sur la noradrénaline et seulement partielle sur la dopamine.
Les valeurs d'EC50 illustrent cette asymétrie : 47 nM pour la sérotonine (plus puissant que la MDMA), 622 nM pour la dopamine (libération partielle, Emax ≈ 61 %), et 2 608 nM pour la noradrénaline (Freudenmann & Spitzer, 2004 ; Oeri, 2021). En termes simples : la MDEA inonde le cerveau de sérotonine, libère un peu de dopamine, mais laisse la noradrénaline largement tranquille — d'où des effets empathogènes présents mais peu de stimulation physique.
Les trois neurotransmetteurs-clés
La sérotonine est le cœur pharmacologique de la MDEA — et c'est sa cible la plus puissante (EC50 = 47 nM, plus puissant que la MDMA sur ce transporteur). La libération massive de 5-HT produit l'empathie, la chaleur émotionnelle et la connexion interpersonnelle. C'est aussi la sérotonine qui explique la « descente » post-consommation et le risque de syndrome sérotoninergique en cas de mélange.
Empathie · Euphorie douce · ConnexionLa MDEA a un effet très faible sur la noradrénaline (EC50 = 2 608 nM — près de 50 fois moins puissant que sur la sérotonine). C'est le trait le plus frappant de son profil : l'absence quasi totale de stimulation noradrénergique. Moins de tachycardie, moins de tension artérielle, moins de bruxisme, moins de mydriase. C'est aussi pourquoi la MDEA a été décrite par Shulgin comme « stoning » (assommante) à haute dose.
Très faible · Peu de stimulation physiqueLa MDEA est un libérateur partiel de dopamine : non seulement l'EC50 est élevé (622 nM), mais l'efficacité maximale n'atteint que 61 % (contre 103 % pour la MDMA). Cela signifie que même à saturation, la MDEA ne provoque jamais autant de libération de dopamine que la MDMA. Conséquence : moins de sensation de « rush », moins de renforcement, et un potentiel addictif probablement plus faible.
Libération partielle · Faible renforcementAu-delà des principaux neurotransmetteurs impliqués
Le profil de la MDEA illustre bien comment une modification chimique minime — un carbone supplémentaire sur l'azote — réorganise l'ensemble de la pharmacologie d'un entactogène.
La MDEA présente un ratio de sélectivité 5-HT/DA d'environ 13:1 et un ratio 5-HT/NE supérieur à 50:1. Pour comparaison, la MDMA a un ratio 5-HT/DA d'environ 1:5 et un ratio 5-HT/NE proche de 1:1. Cette sélectivité extrême fait de la MDEA un entactogène « pur » avec très peu de composante stimulante — plus proche du MDAI que de la MDMA dans son profil fonctionnel, bien que par un mécanisme chimique différent.
Les deux énantiomères de la MDEA ont des demi-vies très différentes : la (R)-MDEA s'élimine en 7,5 ± 2,4 heures, tandis que la (S)-MDEA ne dure que 4,2 ± 1,4 heures. Comme pour les autres MDxx, les deux formes contribuent différemment aux effets, ce qui explique en partie l'évolution temporelle de l'expérience — un pic d'effets empathogènes suivi d'une phase plus contemplative.
La MDEA est métabolisée par le CYP2D6 et le CYP3A4 au niveau hépatique. Comme la MDMA, elle subit une O-déméthylénation et une N-déalkylation. Cette dernière produit de la MDA comme métabolite actif — la même voie que la MDMA. La MDA formée in vivo peut alors contribuer aux effets, y compris une composante légèrement psychédélique à forte dose via l'agonisme 5-HT2A de la MDA.
La MDEA a été introduite aux États-Unis en 1985 comme substitut légal à la MDMA, fraîchement classée en Schedule I. Surnommée « Eve » (par opposition à « Adam » pour la MDMA), elle a circulé brièvement avant d'être elle-même classée en octobre 1987. Shulgin l'a documentée dans PiHKAL avec une gamme de doses de 100 à 200 mg. Elle reste occasionnellement détectée comme adultérant dans les comprimés d'ecstasy (environ 4 % des comprimés analysés dans les études des années 1990).
L'addictivité
Potentiel addictif
Le potentiel addictif de la MDEA semble inférieur à celui des stimulants dopaminergiques classiques, car son profil est beaucoup plus sérotoninergique que dopaminergique. Cela ne veut pas dire que le risque est nul : le renforcement peut venir de l'euphorie, du contexte festif, de la recherche de connexion sociale ou du redosage pour prolonger l'expérience.
La tolérance aux effets empathogènes peut apparaître rapidement après des usages rapprochés. En pratique, répéter les prises sur des week-ends successifs augmente la probabilité de descentes plus marquées, de sommeil perturbé, d'irritabilité, de baisse d'humeur et de perte de l'effet recherché.
Évaluez vos consommations — DUDIT
Le Drug Use Disorder Identification Test Ce questionnaire est réadapté du DUDIT, utilisé par de nombreux professionnels de santé en addictologie. Hildebrand, M. (2015). The psychometric properties of the drug use disorders identification test (DUDIT): a review of recent research. Journal of Substance Abuse Treatment, 53, 52-59. DOI:10.1016/j.jsat.2015.01.008, ou DUDIT, est un test que vous pouvez faire si vous avez un doute sur votre consommation. Seul·e vous pourrez voir le résultat.
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Les risques sur la santé
Quelle différence avec les effets immédiats ?
Les effets immédiats décrivent ce que la personne peut ressentir pendant la prise. Les risques sanitaires désignent plutôt ce qui peut déraper pendant l'expérience, dans les heures qui suivent, ou avec des usages répétés : hyperthermie, malaise cardiovasculaire, syndrome sérotoninergique, hyponatrémie, descente anxio-dépressive, troubles du sommeil et toxicité cumulative.
Hyperthermie, déshydratation et hyponatrémie
Comme les autres empathogènes sérotoninergiques, la MDEA peut perturber la thermorégulation. Le risque augmente en club, en festival, dans une pièce chaude, en dansant longtemps ou en cumulant fatigue, alcool et stimulants. Boire de l'eau est utile, mais boire trop d'eau sans apport de sels peut provoquer une hyponatrémie. Le bon réflexe est de boire régulièrement par petites quantités, faire des pauses, se refroidir et ne pas ignorer les signes d'alerte.
Syndrome sérotoninergique
Le syndrome sérotoninergique est une urgence médicale liée à un excès de sérotonine. Le risque augmente fortement avec les IMAO, certains antidépresseurs, le tramadol, le DXM, le 5-HTP, d'autres libérateurs de sérotonine et les redosages rapprochés. Signes d'alerte : agitation inhabituelle, confusion, tremblements, rigidité musculaire, diarrhée, fièvre, sueurs importantes, accélération cardiaque, convulsions. En cas de doute, il faut appeler les secours.
Risques cardiovasculaires
La MDEA est en moyenne moins noradrénergique et moins stimulante que la MDMA, mais elle peut tout de même augmenter la fréquence cardiaque, la pression artérielle et la température corporelle. Les risques montent avec les fortes doses, les mélanges stimulants, la chaleur, la déshydratation, les antécédents cardiaques, l'hypertension ou certains traitements.
Risques psychologiques et descente
La descente peut se traduire par fatigue cognitive, anxiété, irritabilité, sommeil perturbé, baisse de motivation et humeur dépressive. Le risque est majoré par les fortes doses, le manque de sommeil, l'usage rapproché, la prise en contexte émotionnel fragile et les mélanges. Une baisse d'humeur intense ou des idées suicidaires après consommation doivent être prises au sérieux et justifient de demander de l'aide rapidement.
Adultération et confusion avec la MDMA
La MDEA est rarement vendue comme telle et peut apparaître dans des comprimés présentés comme de la MDMA ou de l'ecstasy. L'analyse de produit est donc centrale : l'apparence d'un comprimé ne permet pas de connaître la molécule, la dose, les adultérants ni la présence d'autres substances plus dangereuses.
Les mélanges
Interactions dangereuses
Le point critique avec la MDEA est double : elle augmente fortement la signalisation sérotoninergique et elle dépend en partie du métabolisme hépatique, notamment CYP2D6 et CYP3A4. Les substances qui augmentent la sérotonine, abaissent le seuil convulsif, stimulent le système cardiovasculaire ou ralentissent son métabolisme peuvent donc rendre l'expérience beaucoup plus risquée.
Mélanges à éviter en priorité
- IMAO : risque majeur de syndrome sérotoninergique, crise hypertensive, hyperthermie et décès. Inclut certains antidépresseurs IMAO et des plantes ou préparations à activité IMAO.
- ISRS / IRSN / antidépresseurs sérotoninergiques : effets souvent diminués ou imprévisibles, mais risque accru si les niveaux de sérotonine s'accumulent ou si plusieurs substances sont combinées.
- DXM, tramadol, 5-HTP, MDMA, MDA, 6-APB, 5-MAPB, cathinones sérotoninergiques : cumul sérotoninergique et risque de convulsions ou d'hyperthermie.
- Cocaïne, amphétamines, alpha-PVP, NEP, méthamphétamine : augmentation de la pression artérielle, de la fréquence cardiaque, de l'anxiété et de la charge thermique.
- Alcool : déshydratation, désinhibition, sous-estimation de l'intoxication, décisions sexuelles ou routières plus risquées et descente souvent aggravée.
Culture, histoire & récits
Une cousine de la MDMA surnommée « Eve »
La MDEA appartient à la famille des MDxx. Son surnom « Eve » s'est construit par contraste avec « Adam », un surnom parfois donné à la MDMA. Elle a surtout circulé comme substitut ou adultérant dans l'écstasy plutôt que comme substance recherchée pour elle-même.
Shulgin, PiHKAL et la description subjective
Alexander Shulgin documente la MDEA dans PiHKAL sous l'entrée MDE. Les descriptions historiques insistent sur une chronologie proche de la MDMA mais avec une qualité plus intoxiquante, plus contemplative et moins portée sur la communication. Cette différence explique en partie pourquoi la MDEA n'a jamais pris la même place culturelle que la MDMA.
Bibliographie
Sources principales
- Freudenmann, R. W., & Spitzer, M. (2004). The Neuropsychopharmacology and Toxicology of 3,4-methylenedioxy-N-ethyl-amphetamine (MDEA). CNS Drug Reviews, 10(2), 89–116.
DOI:10.1111/j.1527-3458.2004.tb00007.x - Shulgin, A., & Shulgin, A. (1991). PiHKAL: A Chemical Love Story — #106 MDE.
Entrée Erowid / PiHKAL #106 - Braun, U., Shulgin, A. T., & Braun, G. (1980). Centrally active N-substituted analogs of 3,4-methylenedioxyphenylisopropylamine. Journal of Pharmaceutical Sciences, 69(2), 192–195.
DOI:10.1002/jps.2600690220 - Meyer, M. R., Peters, F. T., & Maurer, H. H. (2009). The role of human hepatic cytochrome P450 isozymes in the metabolism of racemic 3,4-methylenedioxyethylamphetamine and its single enantiomers. Drug Metabolism and Disposition, 37(6), 1152–1156.
DOI:10.1124/dmd.108.026203 - Oeri, H. E. (2021). Beyond ecstasy: Alternative entactogens to 3,4-methylenedioxymethamphetamine with potential applications in psychotherapy. Journal of Psychopharmacology, 35(5), 512–536.
DOI:10.1177/0269881120920420 - PsychonautWiki contributors. MDEA. Données communautaires utiles pour les dosages, durées et effets subjectifs, à lire comme source secondaire non clinique.
PsychonautWiki — MDEA - République française. Arrêté du 22 février 1990 modifié fixant la liste des substances classées comme stupéfiants.
Légifrance
Sources de réduction des risques
- Mixtures.info. Base d'information sur les interactions entre substances psychoactives.
mixtures.info/fr - Hildebrand, M. (2015). The psychometric properties of the Drug Use Disorders Identification Test (DUDIT): A review of recent research. Journal of Substance Abuse Treatment, 53, 52–59.
DOI:10.1016/j.jsat.2015.01.008
Vidéos pour aller plus loin
Vidéos connexes — empathogènes et réduction des risques
Il n'y a pas encore de vidéo DRUGZ dédiée uniquement à la MDEA. En attendant, les contenus sur la MDMA, les empathogènes et les mélanges restent les plus pertinents pour comprendre les risques communs aux substances MDxx.
Série — aller plus loin