34 NPS Dissociatif

Méthoxétamine

Dissociatif de synthèse de la famille des arylcyclohexylamines, analogue de la kétamine.

Psychotrope illégal
Arrêté du 22 février 1990 fixant la liste des substances classées comme stupéfiants · Annexe III

Les effets

La MXE (méthoxétamine) est un dissociatif de synthèse proche de la kétamine par son profil subjectif, mais souvent décrit comme plus lent à monter et plus long à redescendre. L’expérience peut aller d’une ivresse dissociative relativement légère à une déconnexion profonde du corps, de l’environnement et de la mémoire immédiate. Les données humaines restent limitées : il faut traiter les effets listés comme des repères, pas comme une réponse prévisible.

Le risque principal vient du décalage entre la prise et l’installation complète des effets. Un redosage trop précoce peut transformer une montée encore modérée en dissociation massive, confusion, perte de contrôle moteur ou état catatonique.

Quelques conseils pour réduire les risques

Attendre que les effets soient clairement stabilisés avant d’envisager quoi que ce soit : la MXE peut monter lentement, surtout par voie orale. Éviter de consommer seul·e, préparer un environnement calme, limiter les déplacements, et ne pas conduire ni manipuler d’outils ou machines pendant la prise et les effets résiduels.

Les dissociatifs réduisent la douleur, la coordination et l’évaluation du danger. Les chutes, blessures, vomissements mal gérés, expositions au froid ou comportements à risque peuvent devenir plus probables, même si la personne se sent subjectivement « lucide ».

Les dosages

La MXE est active à des doses relativement faibles. Les valeurs ci-dessous sont des repères indicatifs issus de ressources de RdR et de retours communautaires ; elles ne remplacent pas une analyse de produit ni une évaluation médicale. Avec les NPS, la pureté, la coupe et l’identification réelle du produit sont des variables critiques.

Dosages indicatifs

Dosages par voie

Effets Oral Nasal
Légers 5 – 25 mg 5 – 20 mg
Moyens 25 – 45 mg 20 – 35 mg
Forts 45 – 70 mg 35 – 60 mg
Très forts 70+ mg 60+ mg

Valeurs indicatives — commencer bas est particulièrement important avec les dissociatifs et les produits non analysés.

Durée / phases

Phase Oral Nasal
Début 15 – 45 min 5 – 20 min
Montée 45 – 90 min 30 – 75 min
Effets principaux 1.5 – 2.5 h 1 – 2 h
Descente 1 – 1.5 h 1 – 1.5 h
Effets résiduels 6 – 48 h 4 – 48 h

Durées approximatives — le sommeil, la coordination et la mémoire peuvent rester altérés après la fin subjective du plateau.

Calculateurs de dose

La MXE circulant sur le marché non régulé peut être mal dosée ou remplacée par un autre dissociatif. Le calculateur ne sécurise pas l’identification : il sert uniquement à convertir une pureté estimée en quantité de produit brut.

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Dose indicative

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La pharmacologie

La MXE appartient aux arylcyclohexylamines, comme la kétamine, la PCP ou certains dissociatifs de synthèse apparentés. Sa pharmacologie est moins documentée que celle de la kétamine : une partie importante des données provient d’études in vitro, d’études animales et de séries de cas toxicologiques.

Profil pharmacologique

CID 52911279 · non répertorié DrugBank

MXE — structure 2D (CID 52911279)
2-(3-méthoxyphényl)-2-(éthylamino)cyclohexanone

Mode d'action Antagoniste non compétitif des récepteurs NMDA ; inhibition du transporteur de la sérotonine (SERT) décrite in vitro ; effets dopaminergiques indirects possibles.

Formule chimique C₁₅H₂₁NO₂
Poids moléculaire 247.33g/mol
Demi-vie peu documentée
LogP 2.6
H-donneurs 1
H-accepteurs 3
Métabolisation CYP2B6 · CYP3A4 : N-déséthylation → norméthoxétamine ; O-déméthylation et conjugaisons de phase II

Mécanisme d'action

Le mécanisme central de la MXE est l’antagonisme des récepteurs NMDA, un système impliqué dans la transmission glutamatergique, l’intégration sensorielle et la mémoire de travail. En pratique, cela peut produire une coupure progressive entre perception, corps, environnement et narration mentale.

NMDA : dissociation et anesthésie subjective

Cible principale documentée.

La MXE agit comme antagoniste non compétitif au niveau du récepteur NMDA, de manière proche des autres arylcyclohexylamines. La réduction du signal glutamatergique perturbe l’intégration sensorimotrice et peut produire analgésie, ataxie, distorsion du schéma corporel, amnésie et expériences de type « hole ».

Elle baisse la communication normale entre certaines zones du cerveau. Le résultat peut être une impression de flotter, de ne plus sentir correctement son corps, ou de regarder la réalité à distance.

Sérotonine

Des données in vitro décrivent une inhibition du transporteur de la sérotonine. Cela peut contribuer à certains effets émotionnels ou « chaleureux », mais la MXE ne doit pas être assimilée à la MDMA : son axe dominant reste dissociatif.

Dopamine

Les études précliniques suggèrent une activation du système dopaminergique mésolimbique. Ce point est important pour comprendre le potentiel de renforcement, de redosage et d’usage compulsif.

Métabolites

La MXE est largement métabolisée : norméthoxétamine, O-desméthylméthoxétamine, métabolites hydroxylés et conjugués glucuronidés/sulfatés ont été décrits dans les études analytiques.

Données limitées

Il n’existe pas de cadre clinique standardisé pour la MXE. Les propriétés antidépressives observées chez l’animal ne doivent pas être converties en usage thérapeutique autonome.

L'addictivité

Potentiel addictif

Le potentiel addictif de la MXE est non négligeable. Il combine plusieurs facteurs : effets dissociatifs recherchés, soulagement émotionnel possible, tolérance, redosage compulsif chez certain·es usager·ères et activation dopaminergique indirecte observée dans les modèles précliniques.

La dépendance physique est moins bien caractérisée que pour l’alcool, les opioïdes ou les benzodiazépines, mais une dépendance psychologique peut s’installer, surtout lorsque l’usage sert à anesthésier l’anxiété, la douleur émotionnelle, l’ennui ou l’isolement. Une consommation répétée augmente aussi le risque de troubles urinaires, de confusion persistante, de déréalisation et de retentissement social.

Les données disponibles suggèrent une proximité pharmacologique avec la kétamine et la PCP, mais la MXE a été beaucoup moins étudiée chez l’humain. Il faut donc éviter les conclusions rassurantes du type « alternative plus sûre » : l’absence de données n’est pas une preuve d’innocuité.

Évaluez vos consommations — DUDIT

Le Drug Use Disorder Identification Test Ce questionnaire est réadapté du DUDIT, utilisé par de nombreux professionnels de santé en addictologie. Hildebrand, M. (2015). The psychometric properties of the drug use disorders identification test (DUDIT): a review of recent research. Journal of substance abuse treatment, 53, 52-59. DOI:10.1016/j.jsat.2015.01.008, ou DUDIT, est un test que vous pouvez faire si vous avez un doute sur votre consommation. Seul·e vous pourrez voir le résultat.

Le questionnaire s'affiche une question à la fois. Répondez à la question actuelle pour passer à la suivante.

Les risques sur la santé

Toxicité aiguë

Des cas cliniques confirmés analytiquement décrivent des tableaux combinant état dissociatif/catatonique, tachycardie et hypertension. Les signes d’alerte justifiant une aide médicale sont notamment : confusion sévère, agitation incontrôlable, douleur thoracique, malaise, convulsions, perte de connaissance, hyperthermie, vomissements répétés ou impossibilité de protéger la personne.

Accidents et environnement

La MXE diminue la coordination, la perception de la douleur et l’évaluation du danger. Les situations à haut risque sont les escaliers, plans d’eau, routes, balcons, machines, rapports sexuels non anticipés, environnements inconnus et prises en extérieur par froid ou chaleur. Le risque n’est pas seulement pharmacologique : le contexte peut transformer une intoxication modérée en accident grave.

Vessie, reins et mythe du « bladder safe »

La MXE a été vendue comme une alternative moins agressive pour la vessie que la kétamine. Cette affirmation n’est pas solidement démontrée. Les données disponibles invitent au contraire à la prudence : des travaux précliniques et les comparaisons avec la kétamine suggèrent un risque urinaire/rénal en cas d’usage répété. Douleurs à la miction, envies fréquentes, sang dans les urines, douleurs pelviennes ou lombaires doivent conduire à arrêter et consulter.

Risques psychologiques

Les dissociatifs peuvent déclencher ou aggraver anxiété, paranoïa, déréalisation, dépersonnalisation, épisodes maniaques ou psychotiques, surtout avec les doses élevées, le manque de sommeil, les redosages et les mélanges. Les personnes ayant des antécédents de psychose, bipolarité, épisodes maniaques, anxiété sévère ou dissociation chronique devraient éviter cette substance.

NPS : incertitude, adultération et analyse

La MXE est devenue rare sur de nombreux marchés. Un produit vendu comme « MXE » peut contenir un autre dissociatif, un mélange ou une coupe active. L’analyse de produit est donc centrale. À défaut, utiliser une balance au milligramme fiable, tester une très petite quantité, espacer les prises et éviter les mélanges réduit une partie du risque sans l’annuler.

Les mélanges

Interactions dangereuses

Les mélanges avec la MXE sont mal documentés. Par défaut, il faut les considérer comme imprévisibles. Les combinaisons les plus préoccupantes sont celles qui augmentent la sédation, la confusion, la pression cardiovasculaire ou le risque psychotique.

  • Alcool, GHB/GBL, benzodiazépines, opioïdes : majoration de la confusion, des chutes, des vomissements mal gérés, de l’amnésie et de la perte de vigilance. Le risque d’accident augmente fortement.
  • Stimulants : augmentation possible de la tachycardie, de l’hypertension, de l’agitation, de la paranoïa et des états maniaques.
  • Psychédéliques : potentialisation de la désorientation, des boucles de pensée, de l’anxiété et de la perte de repères.
  • Antidépresseurs / substances sérotoninergiques : les données sont limitées, mais la prudence est nécessaire compte tenu de l’activité décrite sur le transporteur de la sérotonine.

Culture, histoire & récits

Origines et diffusion

La MXE apparaît dans le paysage des nouveaux produits de synthèse au tournant des années 2010. Elle s’inscrit dans une génération de dissociatifs vendus en ligne comme « research chemicals », souvent présentés comme des alternatives à la kétamine. Sa réputation initiale a été construite autour d’une durée plus longue, d’une puissance massique plus élevée et d’un discours commercial la décrivant comme moins toxique pour la vessie.

Cette dernière idée doit être explicitement déconstruite : le marketing « bladder friendly » n’a jamais constitué une preuve de sécurité. Les alertes européennes et britanniques ont rapidement porté sur la toxicité aiguë, l’incertitude de composition, le potentiel d’abus et les risques urinaires/rénaux par analogie avec la kétamine.

Pourquoi elle a presque disparu ?

Après les signalements sanitaires, les contrôles nationaux puis internationaux ont réduit la disponibilité de la MXE. Beaucoup de produits vendus aujourd’hui sous ce nom sont susceptibles d’être d’autres arylcyclohexylamines. Pour une page RdR, cette rareté est importante : elle augmente l’intérêt de l’analyse et diminue la confiance que l’on peut accorder au nom annoncé par le vendeur.

Bibliographie

Sources et références

  • European Monitoring Centre for Drugs and Drug Addiction — EMCDDA/EUDA. (2014). Report on the risk assessment of 2-(3-methoxyphenyl)-2-(ethylamino)cyclohexanone (methoxetamine).
    EUDA: Risk assessment of methoxetamine
  • Wood, D. M., Davies, S., Puchnarewicz, M., Johnston, A., & Dargan, P. I. (2012). Acute toxicity associated with the recreational use of the ketamine derivative methoxetamine. European Journal of Clinical Pharmacology, 68(5), 853–856.
    DOI:10.1007/s00228-011-1199-9
  • Botanas, C. J., et al. (2019). Methoxetamine: A foe or friend? Neurochemistry International, 122, 85–98.
    DOI:10.1016/j.neuint.2018.10.020
  • Menzies, E. L., Hudson, S. C., Dargan, P. I., Parkin, M. C., Wood, D. M., & Kicman, A. T. (2014). Characterizing metabolites and potential metabolic pathways for the novel psychoactive substance methoxetamine. Drug Testing and Analysis, 6(5), 506–515.
    DOI:10.1002/dta.1541
  • Horsley, R. R., et al. (2016). Detailed pharmacological evaluation of methoxetamine (MXE), a novel psychoactive ketamine analogue — behavioural, pharmacokinetic and metabolic studies in the Wistar rat. Brain Research Bulletin, 126, 102–110.
    DOI:10.1016/j.brainresbull.2016.05.002
  • Botanas, C. J., et al. (2017). Methoxetamine produces rapid and sustained antidepressant effects probably via glutamatergic and serotonergic mechanisms. Neuropharmacology, 126, 121–127.
    DOI:10.1016/j.neuropharm.2017.08.038
  • Légifrance. Arrêté du 22 février 1990 fixant la liste des substances classées comme stupéfiants — Annexe III.
    Légifrance: liste des stupéfiants
  • Alcohol and Drug Foundation. (2025). Methoxetamine.
    ADF: Methoxetamine
  • PsychonautWiki. Methoxetamine/Summary. Source communautaire utilisée uniquement comme repère de dosage/durée, à interpréter avec prudence.
    PsychonautWiki: Methoxetamine/Summary
  • Hildebrand, M. (2015). The psychometric properties of the drug use disorders identification test (DUDIT): a review of recent research. Journal of Substance Abuse Treatment, 53, 52–59.
    DOI:10.1016/j.jsat.2015.01.008