04 Arylcyclohexylamine · Dissociatif

2′-Oxo-PCM (DCK)

Le DCK, ou deschlorokétamine, est un analogue dissociatif de la kétamine. Il est généralement décrit comme plus long et parfois plus puissant que la kétamine, avec un profil dominé par l’antagonisme des récepteurs NMDA, l’analgésie, l’altération du contrôle moteur et la dissociation.

Stupéfiant en France
Décision ANSM du 31/07/2025 modifiant la liste des substances classées comme stupéfiants · Annexe IV de l’arrêté du 22 février 1990

Les effets

Le DCK produit une dissociation dose-dépendante : à faible dose, l’expérience peut rester fonctionnelle avec une analgésie, une impression de flottement et une modification de la pensée ; à dose plus élevée, l’ataxie, l’amnésie, la désorientation, la dépersonnalisation et les hallucinations internes deviennent beaucoup plus probables. La durée peut dépasser celle de la kétamine, ce qui rend le redosage précoce particulièrement risqué.

Les données animales disponibles suggèrent un profil proche de la kétamine : antagonisme NMDA, passage rapide dans le cerveau, perturbation de la synchronisation sensorimotrice et potentiel addictif non négligeable. Ces résultats ne permettent pas d’établir une posologie sûre chez l’humain, mais justifient une prudence élevée.

  • Štefková-Mazochová, K., et al. (2022). Pharmacokinetic, pharmacodynamic, and behavioural studies of deschloroketamine in Wistar rats. British Journal of Pharmacology, 179(1), 65–83. DOI:10.1111/bph.15674

Quelques conseils pour réduire les risques

Ne pas conduire, ne pas nager, ne pas se déplacer seul·e dans un environnement dangereux et éviter toute tâche nécessitant coordination ou jugement. Le DCK peut donner l’impression que le corps est “loin” ou anesthésié : les blessures, chutes, brûlures et prises de risque peuvent passer inaperçues pendant l’effet.

Attendre la montée complète avant d’envisager quoi que ce soit. Par voie orale ou nasale, la montée peut être lente et irrégulière ; redoser trop tôt augmente surtout le risque d’amnésie, de confusion, d’état dissociatif profond et d’accident.

Les dosages

Les dosages ci-dessous sont des repères communautaires, pas des recommandations médicales. Avec un NPS dissociatif, l’incertitude principale vient de la pureté, de l’identification réelle du produit et de la tolérance croisée avec les autres dissociatifs. Une balance au milligramme est indispensable : “à l’œil” est une méthode imprécise et dangereuse.

Dosages indicatifs

Dosages par voie

Effets Oral Nasal
Légers 10 – 20 mg 5 – 15 mg
Moyens 20 – 30 mg 15 – 25 mg
Forts 30 – 50 mg 25 – 40 mg
Très forts 50+ mg 40+ mg

Valeurs indicatives — dépendantes de la pureté, de la tolérance, de la voie d’administration et du contexte. Ne pas extrapoler à partir de la kétamine : le DCK peut durer plus longtemps.

Durée / Phases

Phase Oral Nasal
Début 45 – 90 min 30 – 75 min
Effets principaux 1.5 – 2.5 h 1.5 – 2.5 h
Descente 1 – 2 h 1 – 2 h
Effets résiduels 3 – 24 h 3 – 24 h

Durées approximatives — les effets résiduels peuvent altérer la conduite, le sommeil et la mémoire.

Calculateurs de dose

Ces calculateurs servent uniquement à objectiver une quantité de produit brut en fonction d’une pureté supposée. Ils ne rendent pas une prise sûre. Sans analyse de produit, la pureté et l’identité restent incertaines.

Y'a combien dans l'pochon ?

Calculez la quantité approximative de DCK contenue dans votre produit.

%
mg
Cliquez sur « Calculer » pour afficher le résultat.

Dose indicative ajustée

Estimation du poids brut selon l’effet souhaité et la voie.

%
Cliquez sur « Calculer » pour afficher le résultat.

La pharmacologie

Le DCK appartient aux arylcyclohexylamines, comme la kétamine, le PCP, le MXE ou l’O-PCE. Les données humaines restent limitées : l’essentiel des informations solides porte sur l’identification analytique, quelques données in vitro et des modèles animaux. Il faut donc éviter de présenter le DCK comme une “kétamine améliorée” ou “plus sûre”.

Profil pharmacologique

CID 437168 · CAS 7063-30-1

DCK — structure 2D (CID 437168)
2-méthylamino-2-phénylcyclohexanone

Mode d'action Antagonisme des récepteurs NMDA, avec un profil dissociatif proche de la kétamine.

Formule chimique C₁₃H₁₇NO
Poids moléculaire 203.28g/mol
Demi-vie humaine non établie
XLogP ≈ 2.3
H-donneurs 1
H-accepteurs 2
Métabolisation données humaines insuffisantes ; prudence avec foie, reins et polyconsommations

Mécanisme d'action

Le mécanisme principal attendu est l’antagonisme des récepteurs NMDA, une famille de récepteurs du glutamate impliquée dans la transmission excitatrice, la perception corporelle, la mémoire et la synchronisation sensorimotrice. Quand ces récepteurs sont bloqués, l’intégration des signaux devient moins cohérente : c’est une partie de ce qui produit la dissociation, l’analgésie, l’altération de l’espace corporel et les états de type “trou dissociatif”.

NMDA / glutamatecible principale

Responsable du noyau dissociatif : anesthésie partielle, déconnexion corporelle, distorsion perceptive, amnésie et hallucinations internes à dose élevée.

Dissociation · Analgésie · Mémoire
Système dopaminergiqueindirect

Les modèles animaux rapportent une stimulation locomotrice et une préférence de place conditionnée, ce qui suggère un potentiel de renforcement et d’usage répété.

Renforcement · Redosage · Motivation
Systèmes autonomesvariable

Les intoxications par dérivés de kétamine peuvent inclure agitation, tachycardie, hypertension, mouvements anormaux ou convulsions. Le contexte et les mélanges pèsent beaucoup.

Conscience · Cœur · Motricité

L'addictivité

Potentiel addictif

Le DCK ne doit pas être considéré comme “peu addictif” parce qu’il est dissociatif. Les antagonistes NMDA peuvent entraîner tolérance, craving, redosage compulsif et dépendance psychologique chez certaines personnes. Les données animales disponibles décrivent un profil comportemental et addictif proche de la kétamine, et PsychonautWiki signale une tolérance avec tolérance croisée aux autres dissociatifs.

Le risque augmente lorsque l’usage devient hebdomadaire ou plus fréquent, lorsque le DCK sert à gérer l’anxiété, l’ennui ou la douleur psychique, et lorsque les doses montent pour retrouver un effet devenu moins net. La durée plus longue peut aussi favoriser des sessions étalées, avec pertes de mémoire et difficulté à comptabiliser les redosages.

Signaux d'alerte à surveiller

Augmentation rapide des doses, achat “au cas où”, consommation seul·e, usage pour dormir ou fuir un état émotionnel, difficulté à espacer, douleurs urinaires ignorées, trous de mémoire répétés, ou poursuite malgré des conséquences sociales, psychologiques ou physiques. Ce sont des signaux de perte de contrôle, même sans syndrome de sevrage spectaculaire.

Évaluez vos consommations — DUDIT

Le Drug Use Disorder Identification Test Ce questionnaire est réadapté du DUDIT, utilisé par de nombreux professionnels de santé en addictologie. Hildebrand, M. (2015). The psychometric properties of the drug use disorders identification test (DUDIT): a review of recent research. Journal of Substance Abuse Treatment, 53, 52–59. DOI:10.1016/j.jsat.2015.01.008, ou DUDIT, est un test indicatif si vous avez un doute sur votre consommation. Seul·e vous pouvez voir le résultat.

Le questionnaire s'affiche une question à la fois. Répondez à la question actuelle pour passer à la suivante.

Les risques sur la santé

Risques aigus

Les risques immédiats principaux sont les accidents et les intoxications : perte de coordination, chutes, vomissements, confusion, agitation, hallucinations, délires de persécution, mouvements anormaux, convulsions, perte de connaissance et comportements imprévisibles. La dissociation peut masquer la douleur et diminuer la perception du danger.

En cas de malaise, trouble de la conscience, convulsion, agitation extrême, délire de persécution ou comportement inhabituel après consommation : appeler le 15, le 18 ou le 112.

Risque urinaire, rénal et hépatique

Par analogie avec la kétamine et ses dérivés, l’usage répété de fortes doses expose à des complications urinaires : douleurs vésicales, envies urgentes d’uriner, fréquence urinaire élevée, sang dans les urines, incontinence et, dans les cas graves, atteintes rénales. L’ANSM signale aussi des complications hépatiques avec les dérivés de la kétamine en usage répété ou associé à d’autres substances.

Risques psychologiques

Le DCK peut déclencher ou aggraver anxiété, déréalisation, dépersonnalisation, états confusionnels, épisodes maniaques ou psychotiques, surtout à forte dose, en contexte de manque de sommeil ou avec d’autres drogues. Les expériences dissociatives profondes peuvent être vécues comme neutres, euphorisantes ou traumatiques selon le contexte et l’état psychique.

Données limitées et toxicité cellulaire

Les données toxicologiques restent incomplètes. Une étude in vitro a évalué la cytotoxicité de la deschlorokétamine et de ses énantiomères sur plusieurs lignées cellulaires ; ces résultats ne se traduisent pas directement en seuils de risque chez l’humain, mais ils rappellent que “NPS” ne signifie pas “substance documentée” ni “substance sûre”.

Réduction des risques spécifique au DCK

Faire analyser le produit si possible, commencer très bas en l’absence de tolérance, éviter les prises répétées dans une même soirée, préparer un environnement sûr, rester assis·e ou allongé·e pendant la montée si elle est forte, et espacer largement les consommations. Ne pas consommer en cas de douleur urinaire, de sang dans les urines, d’antécédents psychotiques, de traitement sédatif lourd ou d’isolement complet.

Les mélanges

Interactions dangereuses

Les mélanges augmentent fortement l’imprévisibilité du DCK. Les dépresseurs du système nerveux central (alcool, benzodiazépines, GHB/GBL, opioïdes) majorent la perte de conscience, les vomissements, les accidents et la dépression respiratoire indirecte par obstruction ou aspiration. Les stimulants peuvent masquer la sédation et augmenter les risques cardiovasculaires, d’agitation ou de redosage.

Le mélange avec d’autres dissociatifs augmente la tolérance croisée, l’amnésie, la confusion et le risque de comportements dangereux. Le cannabis peut potentialiser la déréalisation, l’anxiété et les boucles de pensée chez certaines personnes.

Culture, histoire & récits

Un analogue de kétamine devenu NPS

Le DCK est connu sous plusieurs noms : deschlorokétamine, 2′-Oxo-PCM, O-PCM ou DXE. Il s’inscrit dans la famille des arylcyclohexylamines, où de nombreuses molécules ont circulé comme “research chemicals” après la kétamine, le MXE ou différents analogues PCP/PCE. Son image de “kétamine longue” est réductrice : la durée, la tolérance et les risques urinaires ou confusionnels en font une substance à gérer avec prudence.

Recherche, rumeurs et prudence

Des discussions anciennes ont attribué au DCK des propriétés antibactériennes ou immunomodulatrices. Ces éléments ne constituent pas une indication thérapeutique validée pour l’usage humain. Pour une page RDR, il est plus rigoureux de présenter le DCK comme un NPS dissociatif insuffisamment documenté, plutôt que comme une molécule au potentiel médical établi.

Bibliographie

Sources et références

  • ANSM. (2025). Dérivés de la kétamine : l’ANSM classe de nouvelles substances sur la liste des stupéfiants.
    ANSM — 05/08/2025
  • ANSM. (2025). Décision du 31/07/2025 portant modification de la liste des substances classées comme stupéfiants.
    Décision ANSM — 31/07/2025
  • Štefková-Mazochová, K., et al. (2022). Pharmacokinetic, pharmacodynamic, and behavioural studies of deschloroketamine in Wistar rats. British Journal of Pharmacology, 179(1), 65–83.
    DOI:10.1111/bph.15674
  • Frison, G., et al. (2016). Characterization of the designer drug deschloroketamine (2-methylamino-2-phenylcyclohexanone). Drug Testing and Analysis, 8(1), 125–131.
    DOI:10.1002/dta.1790
  • Jurásek, B., et al. (2018). Synthesis, absolute configuration and in vitro cytotoxicity of deschloroketamine enantiomers. New Journal of Chemistry, 42, 19233–19239.
    DOI:10.1039/C8NJ03107J
  • PubChem. Deschloroketamine — Compound Summary, CID 437168.
    PubChem CID 437168
  • IUPHAR/BPS Guide to Pharmacology. S-deschloroketamine — ligand ID 11720.
    GtoPdb Ligand ID 11720
  • Hildebrand, M. (2015). The psychometric properties of the drug use disorders identification test (DUDIT): a review of recent research. Journal of Substance Abuse Treatment, 53, 52–59.
    DOI:10.1016/j.jsat.2015.01.008
  • PsychonautWiki. Deschloroketamine. Données communautaires à utiliser avec prudence pour les dosages, durées et effets subjectifs.
    PsychonautWiki — Deschloroketamine