Prégabaline
La prégabaline, très connue sous le nom de Lyrica, est un dépresseur du système nerveux central utilisé principalement pour traiter les douleurs neuropathiques et l'épilepsie.
Les effets
Les dosages
Dosages indicatifs
Dosages (par voie)
| Effets | Oral | Rectal |
|---|---|---|
| Légers | 50 - 225 mg | 40 - 200 mg |
| Moyens | 225 - 600 mg | 200 - 450 mg |
| Forts | 600 - 900 mg | 450 - 600 mg |
| Très forts | 900 + mg | 600 + mg |
Valeurs indicatives — dépendant de la pureté, tolérance et méthode d'administration.
Durée / Phases
| Phases | Oral | Rectal |
|---|---|---|
| Début | 2 - 3 h | 1 - 2 h |
| Effets principaux | 4 - 6 h | 2 - 3 h |
| Descente | 4 - 8 h | 3 - 5 h |
| Effets résiduels | 4 - 10 h | 6 - 12 h |
Durées approximatives — sujettes à variation suivant la dose, voie et métabolisme individuel.
La pharmacologie
Profil pharmacologique
CID 5486971 · DB00230
Mode d'action Liaison à la sous-unité α2δ-1 des canaux calciques voltage-dépendants ; affinité ~6× supérieure à celle de la gabapentine.
Mécanisme d'action
Malgré son nom — la prégabaline est aussi appelée 3-isobutyl-GABA — et sa parenté structurale avec le GABA L'acide γ-aminobutyrique est le principal neurotransmetteur inhibiteur du système nerveux central. C'est sur lui qu'agissent l'alcool ou les benzodiazépines., la prégabaline ne semble pas agir directement sur le GABA : elle ne se lie ni à ses récepteurs, ni à ses transporteurs, ni à ses enzymes de synthèse ou de dégradation. Son effet provient d'une cible toute différente.
Les neurotransmetteurs excitateurs modulés
La prégabaline ne « libère » aucun neurotransmetteur : au contraire, en limitant l'entrée de calcium, elle réduit la libération de plusieurs messagers excitateurs. Les barres ci-dessous indiquent l'importance relative de chaque système dans son mécanisme, et non une quantité mesurée précisément.
Principal neurotransmetteur excitateur du cerveau. En réduisant sa libération, la prégabaline calme l'hyperexcitabilité neuronale impliquée dans la douleur neuropathique et les crises d'épilepsie.
Excitabilité · Douleur · ConvulsionsMessager-clé de la transmission du signal douloureux dans la moelle épinière. Sa libération réduite participe à l'effet antalgique recherché dans les douleurs neuropathiques.
Nociception · AntalgieImpliquée dans l'éveil, le stress et la modulation de la douleur. Sa libération atténuée contribue à l'effet anxiolytique et à la sédation parfois ressentie.
Éveil · Anxiété · ModulationAu-delà du site α2δ-1
Le mécanisme de la prégabaline ne se limite pas à un neurotransmetteur unique : c'est son action sur un seul site moléculaire qui retentit en cascade sur tout un réseau.
C'est la cible centrale et quasi unique de la prégabaline. Cette sous-unité régule l'ouverture des canaux calciques. En s'y fixant, la prégabaline diminue l'afflux de calcium présynaptique, étape indispensable à la libération des neurotransmetteurs.
D'autres messagers excitateurs voient leur libération réduite, dont l'acétylcholine et le peptide CGRP. Ce spectre large explique l'éventail des indications de la molécule (douleur, anxiété, épilepsie).
La prégabaline est rapidement absorbée à jeun : pic plasmatique en 1 à 1,5 h, biodisponibilité orale estimée ≥ 90 %. Prise avec de la nourriture, le pic est retardé (~3 h) et abaissé de 25 à 30 %.
Particularité notable : la prégabaline n'est pas métabolisée. Elle est éliminée pratiquement inchangée par le rein. Sa demi-vie d'environ 6 h impose donc une vigilance accrue en cas d'insuffisance rénale.
L'addictivité
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Le
Drug Use Disorder Identification Test
Le questionnaire que vous pouvez
utiliser sur cette page est réadapté du questionnaire DUDIT, utilisé par de nombreux
professionnels de santé en addictologie.
Hildebrand, M. (2015).
The psychometric properties of the drug use
disorders identification test (DUDIT): a review of recent research. Journal of
substance abuse treatment, 53, 52-59.
DOI:10.1016/j.jsat.2015.01.008,
ou DUDIT, est un test que vous pouvez faire si vous avez un doute sur votre consommation. Seul.e
vous pourrez voir le résultat.
Le questionnaire s'affiche une question à la fois. Répondez à la question actuelle pour passer à la suivante.
Les risques sur la santé
Une molécule peu toxique en elle-même
Prise seule et à dose thérapeutique, la prégabaline est peu toxique et généralement bien tolérée. Les effets indésirables les plus fréquents (signalés par plus d'un patient sur dix) sont les vertiges et la somnolence ; cette dernière est la première cause d'arrêt du traitement (environ 4 % des patients). Une prise de poids dose-dépendante est également rapportée. À l'inverse de l'alcool ou des opioïdes, la prégabaline seule ne provoque pas, aux doses courantes, de dépression respiratoire majeure.
Dépendance physique et sevrage
Avec un usage prolongé, surtout à doses élevées, une dépendance physique peut s'installer. L'arrêt brutal expose alors à un syndrome de sevrage (anxiété, insomnie, sueurs, nausées, irritabilité, voire convulsions dans les cas sévères). Comme pour les benzodiazépines, un arrêt progressif et encadré est fortement préférable à un arrêt sec.
Idées suicidaires : un signal à connaître
Comme l'ensemble des antiépileptiques, la prégabaline fait l'objet d'une mise en garde concernant un risque accru d'idées et de comportements suicidaires, qui peuvent apparaître dès les premières semaines. Ce risque justifie une vigilance particulière chez les personnes ayant des antécédents de troubles de l'humeur. Si tu ressens un mal-être qui s'aggrave, parles-en à un·e professionnel·le de santé ou à un proche : tu trouveras aussi des ressources d'écoute sur notre page Trouver du soutien.
Les mélanges
Le vrai danger : l'association à d'autres dépresseurs
Si la prégabaline est peu toxique seule, le risque change radicalement en mélange avec d'autres dépresseurs du système nerveux central — opioïdes, benzodiazépines, alcool. Les effets dépresseurs s'additionnent et peuvent conduire à une dépression respiratoire, mécanisme à l'origine de nombreux décès par surdose impliquant des gabapentinoïdes. C'est le mélange le plus impliqué dans la dangerosité réelle de la prégabaline.
Une revue systématique rapporte que certains usagers décrivent la prégabaline comme renforçant et prolongeant les effets des opioïdes, parfois jusqu'à réduire la dose d'opioïde nécessaire — ce qui en fait une association particulièrement traîtresse.
Histoire et culture
De l'épilepsie au blockbuster
La prégabaline a été conçue à la fin des années 1980 par le chimiste Richard B. Silverman, à la Northwestern University, dans des recherches portant au départ sur le traitement de l'épilepsie. Synthétisée vers 1989, la molécule est ensuite licenciée à Parke-Davis (Warner-Lambert), groupe racheté par Pfizer. Approuvée par la FDA fin 2004, elle est commercialisée sous le nom de Lyrica et devient l'un des médicaments les plus vendus au monde, avec un pic de chiffre d'affaires de l'ordre de 5 milliards de dollars par an.
Un médicament aux usages multiples
De prescription courante, la prégabaline est aujourd'hui utilisée pour traiter les douleurs neuropathiques, le trouble anxieux généralisé (en Europe), le syndrome des jambes sans repos, la fibromyalgie et la névralgie post-herpétique, ainsi qu'en traitement d'appoint de certaines crises d'épilepsie. Les indications approuvées varient selon les pays : aux États-Unis, elle n'est pas approuvée pour l'anxiété mais l'est pour la fibromyalgie.
Bibliographie
Sources et références
-
Frampton, J. E. (2014). Pregabalin: a review of its use in
adults with generalized anxiety disorder. CNS Drugs, 28(9), 835–854.
DOI: 10.1007/s40263-014-0192-0 -
Schjerning, O., Rosenzweig, M., Pottegård, A., Damkier, P., & Nielsen,
J. (2016). Abuse potential of pregabalin: a systematic review.
CNS Drugs, 30(1), 9–25.
DOI: 10.1007/s40263-015-0303-6 -
Evoy, K. E., Sadrameli, S., Contreras, J., Covvey, J. R., Peckham, A. M.,
& Morrison, M. D. (2021). Abuse and misuse of pregabalin and
gabapentin: a systematic review update. Drugs, 81(1), 125–156.
DOI: 10.1007/s40265-020-01432-7 -
Hildebrand, M. (2015). The psychometric properties of the drug
use disorders identification test (DUDIT): a review of recent research.
Journal of Substance Abuse Treatment, 53, 52–59.
DOI: 10.1016/j.jsat.2015.01.008
Pour aller plus loin
- PsychonautWiki. Pregabalin. psychonautwiki.org/wiki/Pregabalin
- DrugBank. Pregabalin (DB00230). go.drugbank.com/drugs/DB00230