05Cannabinoïde synthétique · SCRA

5F-PB-22

Le 5F-PB-22, aussi appelé 5F-QUPIC, est un cannabinoïde de synthèse de type SCRA : il active fortement les récepteurs cannabinoïdes CB1 et CB2. Son profil est beaucoup moins documenté que celui du cannabis et il a été associé à des intoxications sévères, des troubles psychiatriques aigus et des décès.

Psychotrope illégal
Arrêté du 22 février 1990 fixant la liste des substances classées comme stupéfiants · Annexe III

Les effets

Le 5F-PB-22 produit des effets de type cannabinoïde : sédation, modification de la perception corporelle, altération du temps, euphorie ou anxiolyse chez certain·es, mais aussi confusion, anxiété, paranoïa, perte de contrôle moteur ou malaise. Contrairement au cannabis, plusieurs cannabinoïdes de synthèse sont des agonistes beaucoup plus puissants des récepteurs CB1 : la frontière entre effet recherché et intoxication peut être très étroite.

Les effets rapportés sont particulièrement variables parce que les produits circulent souvent sous forme de mélanges végétaux pulvérisés : deux fragments du même sachet peuvent contenir des concentrations différentes. La prudence doit donc être plus élevée qu’avec le cannabis.

Réduire les risques pendant les effets

Évitez de conduire, de manipuler des outils, de nager ou de rester seul·e si les effets montent brutalement. Les cannabinoïdes de synthèse peuvent provoquer des trous de mémoire, des automatismes, une forte désorientation ou des épisodes psychotiques courts. En cas de douleur thoracique, convulsion, perte de connaissance, agitation incontrôlable, confusion sévère ou difficulté à respirer, il faut appeler les secours.

Ne cherchez pas à compenser une montée trop forte avec alcool, benzodiazépines ou opioïdes sans encadrement médical : cela peut aggraver la sédation, les chutes, les pertes de connaissance et les vomissements.

Les dosages

Les dosages du 5F-PB-22 doivent être traités comme des ordres de grandeur issus de retours d’usage et non comme des recommandations. Il n’existe pas de fenêtre de sécurité bien établie chez l’humain. Avec les cannabinoïdes de synthèse, l’incertitude porte à la fois sur la molécule réelle, la pureté, la concentration et l’homogénéité du support.

Dosages indicatifs — données non cliniques

Dosages rapportés par voie

Effets Oral Inhalation
Légers1 – 3 mg1 – 3 mg
Moyens3 – 5 mg3 – 5 mg
Forts5 – 8 mg5 – 8 mg
Très forts8+ mg8+ mg

Prudence : ces valeurs ne sont pas validées cliniquement. Une balance au milligramme n’est pas suffisamment précise pour travailler sereinement à cette échelle ; un écart invisible peut multiplier l’intensité.

Durée / Phases

Phase Oral Inhalation
Début~30 minQuelques secondes à minutes
Effets principaux~1.5 h~30 min
Descente~1 h~1 h
Effets résiduels~30 min ou plus~15 min ou plus

Les durées peuvent changer selon la voie, la dose, la tolérance, le support, les mélanges et le métabolisme individuel.

Calculateurs de prudence

Ces outils servent uniquement à visualiser les ordres de grandeur. Ils ne garantissent pas la composition réelle du produit et ne remplacent pas une analyse de substance. Pour un cannabinoïde de synthèse, un résultat chiffré ne doit jamais être interprété comme une autorisation de consommer.

Y'a combien dans l'pochon ?

Estimez la quantité théorique de 5F-PB-22 contenue dans un produit, si la pureté est connue.

%
mg

Cliquez sur « Calculer » pour afficher le résultat.

Convertir une plage indicative

Convertit une plage théorique en quantité de produit brut selon une pureté estimée.

%

Cliquez sur « Convertir » pour afficher le résultat.

La pharmacologie

Le 5F-PB-22 appartient aux agonistes synthétiques des récepteurs cannabinoïdes. Les données disponibles indiquent une activation très puissante des récepteurs CB1 et CB2, avec des effets de type Δ9-THC mais un profil de risque souvent moins prévisible.

Profil pharmacologique

CID 72710774 · CAS 1400742-41-7 / 1411742-41-7 · InChIKey MBOCMBFDYVSGLJ-UHFFFAOYSA-N

5F-PB-22 — structure 2D (CID 72710774)

Mode d'action Agoniste puissant des récepteurs cannabinoïdes CB1 et CB2. Plusieurs essais in vitro décrivent une activité de plein agoniste selon le modèle expérimental.

Nom IUPACquinolin-8-yl 1-(5-fluoropentyl)-1H-indole-3-carboxylate
Formule chimiqueC₂₃H₂₁FN₂O₂
Poids moléculaire376.42g/mol
ClasseSCRA
RécepteursCB₁ · CB₂
MétabolisationMétabolites décrits via hydrolyse de l’ester, hydroxylation et oxydation ; données humaines limitées.

Mécanisme d'action

Le système endocannabinoïde module l’humeur, la mémoire, la douleur, l’appétit, le sommeil, la perception corporelle et plusieurs fonctions autonomes. Le 5F-PB-22 mime en partie les cannabinoïdes naturels ou le THC, mais il peut activer les récepteurs CB1 de manière plus forte et plus complète selon les modèles expérimentaux. Cette différence explique pourquoi certains effets peuvent sembler « cannabis-like » tout en basculant plus facilement vers la confusion, l’anxiété intense, la psychose, les convulsions ou la perte de connaissance.

CB1SNC

Récepteur très présent dans le cerveau. Son activation module mémoire, coordination, anxiété, perception et état de conscience. Une activation trop forte peut provoquer confusion, panique, délire ou perte de contrôle moteur.

Perception · Mémoire · Coordination
CB2Immunité

Récepteur davantage associé aux tissus périphériques et immunitaires, mais aussi présent dans certaines cellules du système nerveux. Son rôle exact dans l’expérience subjective reste moins clair que celui du CB1.

Inflammation · Douleur · Périphérie
DopamineNAc

Des données précliniques rapportent une augmentation modérée de dopamine extracellulaire dans le noyau accumbens. Cela peut contribuer au renforcement et au redosage, sans suffire à prédire le potentiel addictif chez l’humain.

Renforcement · Redosage · Récompense

L'addictivité

Potentiel addictif

Les cannabinoïdes de synthèse peuvent entraîner un redosage fréquent, une tolérance rapide et des symptômes de sevrage marqués. Pour le 5F-PB-22, les données spécifiques restent limitées, mais des entretiens menés chez des usager·es de mélanges végétaux contenant du 5F-AKB48 et du 5F-PB-22 décrivent des envies intenses, des routines de consommation rapidement installées et une difficulté à réduire ou arrêter.

Le sevrage peut inclure anxiété, irritabilité, agitation, insomnie, sueurs, nausées, baisse d’appétit, craving, humeur dépressive et idées suicidaires chez certaines personnes. Ce risque doit être pris au sérieux, surtout en cas d’usage quotidien ou de redosage compulsif.

Diminuer ou arrêter : points de vigilance

En cas d’usage régulier, éviter l’arrêt brutal en isolement si des symptômes psychiatriques sont déjà présents. La réduction progressive, l’accompagnement par un·e professionnel·le et la mise à distance du produit peuvent limiter les rechutes et les conduites à risque. Une consultation médicale est particulièrement indiquée en cas d’insomnie sévère, agitation persistante, idées suicidaires, symptômes psychotiques ou antécédents de convulsions.

Évaluez vos consommations — DUDIT

Le Drug Use Disorder Identification TestCe questionnaire est réadapté du DUDIT, utilisé par de nombreux professionnel·les de santé en addictologie.Hildebrand, M. (2015). The psychometric properties of the drug use disorders identification test (DUDIT): a review of recent research. Journal of Substance Abuse Treatment, 53, 52-59. DOI:10.1016/j.jsat.2015.01.008, ou DUDIT, est un test que vous pouvez faire si vous avez un doute sur votre consommation. Seul·e vous pourrez voir le résultat.

Le questionnaire s'affiche une question à la fois. Répondez à la question actuelle pour passer à la suivante.

Les risques sur la santé

Pourquoi les cannabinoïdes de synthèse sont particuliers

Les risques ne viennent pas seulement de la « famille cannabinoïde ». Ils viennent surtout de la puissance pharmacologique, du manque de données humaines, des produits mal identifiés et de l’irrégularité des supports. Les mélanges vendus comme « cannabis synthétique », « spice », « herbal incense » ou sous d’autres noms commerciaux peuvent contenir plusieurs molécules, parfois sans rapport avec l’étiquette.

Risques neurologiques et psychiatriques

Des intoxications impliquant des cannabinoïdes de synthèse rapportent agitation, anxiété, paranoïa, hallucinations, confusion, délire, catatonie, perte de connaissance et convulsions. Le risque est plus élevé chez les personnes ayant des antécédents de troubles psychotiques, anxieux, bipolaires, de crises convulsives ou de consommation répétée à forte fréquence.

Risques cardiovasculaires et somatiques

Des épisodes de tachycardie, hypertension, douleur thoracique, malaise, vomissements et atteintes rénales aiguës ont été décrits avec les cannabinoïdes de synthèse. Ces effets sont imprévisibles : une personne peut avoir une expérience relativement banale une fois puis une intoxication sévère avec un autre lot, ou même avec une autre zone du même produit imprégné.

Décès et intoxications sévères

Le 5F-PB-22 apparaît dans plusieurs rapports médico-légaux. Les concentrations retrouvées dans les décès ne permettent pas toujours d’établir une dose mortelle simple, car il existe une tolérance, une redistribution post-mortem et souvent des polyconsommations. Cela ne diminue pas le signal de danger : cela signifie surtout qu’il est difficile de prédire le risque à partir d’un chiffre isolé.

Signaux d'urgence

Appelez les secours en cas de convulsion, perte de connaissance, respiration anormale, douleur thoracique, agitation incontrôlable, confusion sévère, hallucinations menaçantes, idées suicidaires, vomissements répétés, hyperthermie ou comportement dangereux. Mentionner honnêtement la substance suspectée aide les soignant·es ; l’objectif immédiat est la prise en charge, pas le jugement.

Les mélanges

Interactions dangereuses

Les mélanges avec alcool, benzodiazépines, opioïdes, GHB/GBL ou autres dépresseurs augmentent le risque de chute, vomissement, perte de connaissance et comportement désinhibé. Les mélanges avec stimulants peuvent majorer anxiété, tachycardie, hypertension, agitation et confusion. Les mélanges avec psychédéliques ou dissociatifs peuvent rendre l’expérience beaucoup plus imprévisible, notamment sur la paranoïa, la désorientation et les comportements à risque.

Les cannabinoïdes de synthèse circulent souvent dans des produits déjà adultérés. Une interaction peut donc venir d’une molécule non annoncée.

Culture, histoire & récits

Arrivée sur le marché des NPS

Le 5F-PB-22 a été détecté au début des années 2010 dans le contexte des nouveaux produits de synthèse. Il a circulé comme « research chemical » et comme ingrédient actif de mélanges végétaux fumables. Ce mode de diffusion a contribué à une forte incertitude pour les usager·es : le produit acheté n’était pas toujours identifié, la concentration n’était pas stable et la molécule pouvait changer d’un lot à l’autre.

Le problème des mélanges végétaux imprégnés

Une partie du marché des cannabinoïdes de synthèse repose sur l’ajout de molécules puissantes à de la matière végétale. Le résultat peut être très hétérogène : certaines zones sont presque non actives, d’autres beaucoup trop concentrées. C’est l’une des raisons pour lesquelles les retours d’expérience, même nombreux, restent difficiles à transformer en repères fiables.

Bibliographie

Sources principales

  • UNODC Laboratory and Scientific Service. Substance Details: 5F-PB-22.
    UNODC LSS — fiche substance
  • World Health Organization, Expert Committee on Drug Dependence. (2017). 5F-PB-22 Critical Review Report. 39th ECDD, Agenda item 4.12.
    WHO ECDD — critical review report
  • Behonick, G., Shanks, K. G., Firchau, D. J., Mathur, G., Lynch, C. F., Nashelsky, M., Jaskierny, D. J., & Meroueh, C. (2014). Four postmortem case reports with quantitative detection of the synthetic cannabinoid, 5F-PB-22. Journal of Analytical Toxicology, 38(8), 559–562.
    DOI:10.1093/jat/bku048
  • Van Hout, M. C., & Hearne, E. (2017). User experiences of development of dependence on the synthetic cannabinoids, 5F-AKB48 and 5F-PB-22, and subsequent withdrawal syndromes. International Journal of Mental Health and Addiction, 15, 565–579.
    DOI:10.1007/s11469-016-9650-x

Études pour aller plus loin

  • Banister, S. D., et al. (2015). Effects of bioisosteric fluorine in synthetic cannabinoid designer drugs JWH-018, AM-2201, UR-144, XLR-11, PB-22, 5F-PB-22, APICA, and STS-135. ACS Chemical Neuroscience, 6(8), 1445–1458.
    DOI:10.1021/acschemneuro.5b00107
  • Wohlfarth, A., Gandhi, A. S., Pang, S., Zhu, M., Scheidweiler, K. B., & Huestis, M. A. (2014). Metabolism of synthetic cannabinoids PB-22 and its 5-fluoro analog, 5F-PB-22, by human hepatocyte incubation and high-resolution mass spectrometry. Analytical and Bioanalytical Chemistry, 406, 1763–1780.
    DOI:10.1007/s00216-014-7668-0
  • Angerer, V., Jacobi, S., Franz, F., Auwärter, V., & Pietsch, J. (2017). Three fatalities associated with the synthetic cannabinoids 5F-ADB, 5F-PB-22, and AB-CHMINACA. Forensic Science International, 281, e9–e15.
    DOI:10.1016/j.forsciint.2017.10.042