Protoxyde d'azote
Le protoxyde d'azote (N₂O), aussi appelé gaz hilarant, est un gaz dissociatif utilisé en médecine comme anesthésique et analgésique. Détourné de son usage médical, il est consommé par inhalation pour ses effets euphorisants et dissociatifs de courte durée.
Les effets
Neurotoxicité à long terme
L'usage répété à long terme de protoxyde d'azote peut entraîner des carences en vitamine B12La vitamine B12, également appelée cobalamine, est une vitamine hydrosoluble essentielle au fonctionnement normal du cerveau (elle participe à la synthèse des neurotransmetteurs), du système nerveux (elle est indispensable au maintien de l'intégrité du système nerveux et tout particulièrement de la gaine de myéline qui protège les nerfs et optimise leur fonctionnement) et à la formation du sang. C'est l'une des huit vitamines B. Elle est normalement impliquée comme cofacteur dans le métabolisme de chacune des cellules du corps humain, plus particulièrement dans la synthèse de l'ADN et sa régulation ainsi que dans la synthèse des acides gras et dans la production d'énergie., ce qui peut causer des dommages neurologiques importants et difficile à réparer. Neuropathie, myélopathie, maladies démyélinisantes, troubles cognitifs et psychiatriques sont autant de risques associés à une consommation chronique.
Les dosages
Dosages indicatifs
Dosages (par voie)
| Effets | Inhalation |
|---|---|
| Légers | 4 - 8 g |
| Moyens | 8 - 16 g |
| Forts | 16 - 40 g |
| Très forts | 40 + g |
Valeurs indicatives — dépendant de la pureté, tolérance et méthode d'administration.
Durée / Phases
| Phases | Inhalation |
|---|---|
| Début | 10 - 20 sec |
| Effets principaux | 15 - 30 sec |
| Descente | 1 - 5 min |
| Effets résiduels | 15 - 30 min |
Durées approximatives — sujettes à variation suivant la dose, voie et métabolisme individuel.
La pharmacologie
Profil pharmacologique
CID 948 · DB06690
Mode d'action Antagoniste non compétitif des récepteurs NMDA ; libération d'opioïdes endogènes.
Plein de molécules pour plein d'effets !
Bien que le protoxyde d’azote affecte un grand nombre de récepteurs, ses effets anesthésiques, hallucinogènes et euphorisants sont probablement dus principalement ou entièrement à ses effets en tant qu’antagoniste des récepteurs NMDA. aux signaux électriques de passer entre les neurones du cerveau et de la colonne vertébrale ; pour que les signaux passent, le récepteur doit être ouvert. Les dissociatifs ferment les récepteurs NMDA en les bloquant. Cette déconnexion des neurones entraîne une perte de sensibilité, des difficultés à se mouvoir et, finalement, le fameux "hole".
L'addictivité
Potentiel addictif.
Le risque d’abus et de dépendance à l’égard du N2O est un sujet actuellement sous-exposé et peu étudié. Le N2O est souvent utilisé de manière répétitive au cours d’une séance, principalement en raison de sa courte demi-vie d’environ 5 minutes. Cependant, des sessions très fréquentes d’utilisation de N2O avec une durée plus longue (plusieurs heures à toute la journée avec 150-700 ballons de 10 ml utilisées quotidiennement) pendant plusieurs jours ont également été décrites, suggérant que le N2O pourrait avoir un potentiel de dépendance.
Voici les principaux facteurs contribuant à son potentiel addictif :
Facteurs génétiques
Nous manquons cruellement de données sur l'aspect génétique du risque de dépendance au protoxyde d'azote.
Facteurs neurobiologiques
Des recherches récentes montrent que l'effet addictif du N2O est associé à une régulation à la hausse de la voie de récompense dopaminergique VTA-NAc via la médiation du récepteur D1 et de la signalisation BDNF/TrkB-ERK-CREB. Les récepteurs NMDA sont aussi vraisemblablement impliqués dans l'addictivité du protoxyde d'azote, similairement à la kétamine.
Facteurs développementaux
Curieusement, provenir d'une famille où une forte consommation d'alcool est présente (voire de l'alcoolisme) semble influencer le risque de dépendance au protoxyde d'azote.
Facteurs environnementaux
Il est évident que les facteurs psychosociaux jouent un rôle important dans le développement de l’usage excessif, de l’abus et de la dépendance au protoxyde d’azote. Par exemple, chez les jeunes immigrés musulmans non occidentaux aux Pays-Bas, la marginalisation, l’ennui, le chômage, la détérioration des interactions sociales, l’isolement social, le comportement machiste, la honte et la méfiance à l’égard du système médical néerlandais semblent être des facteurs importants de l’abus de N2O.
Facteurs comportementaux
Comme pour d'autres drogues utilisées de manière récréative, l'addictivité peut être favorisée par l'association de la consommation avec certaines pratiques à risque. On a pu entendre parler, par exemple, de conduite de trotinettes électriques après avoir inhalé des ballons. Rouler vite et de manière imprudente, tout en ayant consommé, procure beaucoup de plaisir à certaines personnes.
Facteurs liés à la drogue
L'action très courte du N2O favorise les cravings et donc les reconsommations rapides.
Évaluez vos consos avec le DUDIT !
Le Drug Use Disorder Identification TestLe questionnaire que vous pouvez utiliser sur cette page est réadapté du questionnaire DUDIT, utilisé par de nombreux professionnels de santé en addictologie. (Hildebrand, 2015), ou DUDIT, est un test que vous pouvez faire si vous avez un doute sur votre consommation. Seul.e vous pourrez voir le résultat.
Le questionnaire s'affiche une question à la fois. Répondez à la question actuelle pour passer à la suivante.
Les risques sur la santé
Décès liés à l'usage de N2O
Très peu de décès sont recensés par les autorités de santé. La demi-vie très courte du protoxyde d'azote laisse cependant penser qu'il est parfois possible de passer à côté de cette molécule pouvant être impliquée dans des décès, notamment liés à des accidents de la route ou lors de polyconsommations.
Guerlais et ses collègues soulignent que les décès sont peu notifiés et que l’élimination rapide du gaz complique sa détection. La surveillance rapporte des décès directs ou indirects et des polyconsommations ; elle ne mesure pas la mortalité de tous les usagers.
Et en ce qui concerne les causes de décès, on est loin de pouvoir affirmer que le seul fait de consommer du N2O suffit à tuer quelqu'un. Les données de l'EMCDDA nous montrent que les décès signalés associés à l’utilisation du protoxyde d’azote semblent être dus à des effets secondaires, notamment l’asphyxie, et non à un effet toxique direct du gaz. Les consommateurs relient parfois un réservoir de protoxyde d’azote à un masque facial ou à un sac en plastique qu’ils se mettent sur la tête pour tenter de prolonger les effets, obtenant ainsi un flux continu de protoxyde d’azote qui peut provoquer une hypoxie sévère. L’atténuation de la réponse hypoxique et la sédation empêchent la victime de retirer le masque ou le sac, ce qui conduit finalement à l’asphyxie. Un certain nombre de décès survenus sont liés à l’utilisation de protoxyde d’azote dans un espace clos.
Les risques principaux
D'après les données de l'Addictovigilance en 2023, les principaux effets liés étaient des troubles de la consommation de substances et/ou des critères associés (82,5 % des cas), des troubles neurologiques (75,4 %), des symptômes psychiatriques (15,4 %) et des événements cardiovasculaires (8,6 %).
Bien entendu, l'usage répété étant le point de départ des problèmes associés à l'usage, la prévalence de troubles de l'usage est très élevée chez les personnes finissant aux urgences et hospitalisées. L'addiction au protoxyde d'azote dans la population générale de consommateurs de N2O reste a priori faible.
Les mélanges
Le protoxyde d'azote est un dépresseur du système nerveux central. Le mélanger avec d'autres dépresseurs (alcool, GBL/GHB, opiacés, kétamine...) augmente fortement les risques de perte de connaissance, de vomissements et d'étouffement.
Tous les mélanges ne présentent pas les mêmes risques et le même degré de danger. Voyez plus en détail comment dans le bloc qui suit.
Vérifiez vos mixtures !
Utilisez notre simulateur pour vérifier les interactions potentielles entre le protoxyde d'azote et d'autres substances. Un lien vers Mixtures.info vous est proposé à chaque simulation pour aller plus loin.
Protoxyde d'azote mélangé avec :
Les informations proviennent du travail de l'équipe de Mixtures.info.
Histoire et culture
Protoxyde d'azote et étudiants
Depuis bien avant qu'on ne commence à entendre parler des jeunes en trotinettes défoncés au proto, les étudiants en médecine sont associés à l'usage récréatif du protoxyde d'azote lors de soirées étudiantes, entre deux bizutages. Des associations existent pour sensibiliser aux risques de certaines pratiques, mais aussi à des notions fondamentales comme le consentement et le respect d'autrui.
Bibliographie
Liens externes.
La synthèse des connaissances de l’OFDT figure dans la bibliographie centrale.
Fiche info Psychonaut
Pour plus d'infos et d'interactions, allez voir la fiche info de Psychonaut !
Fiche Psychonaut
Page Drug Bank
Pour plus d'infos chimiques, allez voir la page Drug Bank !
Page Drug Bank
Psychonaut Wiki
Pour plus d'infos généralistes, allez voir la page Psychonaut Wiki !
Page Psychonaut Wiki